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Grand Paris : le tunnelier Rita s'élance sous terre
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Grand Paris : le tunnelier Rita s'élance sous terre

Par Harry · · 6 min de lecture

À 30 mètres sous la banlieue nord-est de Paris, une machine de 95 mètres de long attend le signal du départ. Lundi soir, le tunnelier a reçu son prénom : Rita. Un baptême en bonne et due forme, comme le veut la tradition des chantiers miniers, en hommage à Sainte-Barbe, patronne des mineurs. Ce prénom est celui d'une ingénieure du groupement de travaux Corea, mené par Eiffage. Symbolique, certes — mais l'essentiel est ailleurs, sous nos pieds.

Rita, 35e tunnelier d'un chantier hors normes

Construit sur mesure en Allemagne par le groupe Herrenknecht, livré en pièces détachées sur le site « Normandie-Niémen », entre Drancy et Bobigny, en décembre dernier, Rita a été assemblé au fond même du puits de lancement. D'abord sa roue foreuse — une sorte de vis plate géante de 10 mètres de diamètre — puis l'intégralité de son train arrière. Un puzzle titanesque réalisé dans des conditions que peu de chantiers en France peuvent égaler.

Il s'agit du 35e tunnelier mis en service depuis le lancement du Grand Paris Express, vers 2015. Au total, 42 de ces engins creuseront les 180 km de tunnel sur les 200 km de parcours des quatre nouvelles lignes (15, 16, 17 et 18), dont les travaux doivent s'achever en 2031. Presque tous sont allemands — deux exceptions chinoises mises à part. Une filière qui dit beaucoup sur l'état du génie civil européen.

Rita partira fin mai 2026, selon la Société des grands projets, maître d'ouvrage du projet. Sa mission : relier Bobigny à Bondy sur 5,2 km, pour le compte de la future ligne 15 Est. Le tunnelier progressera à une cadence de 12 mètres par jour et devrait atteindre Bondy en octobre 2028 — soit deux ans et demi de forage continu, sans week-end ni jours fériés.

Voici les principales caractéristiques techniques de Rita :

  • Longueur totale : 95 mètres
  • Diamètre de la roue foreuse — 10 mètres
  • Profondeur de forage : environ 30 mètres
  • Vitesse d'avancement — 12 mètres par jour
  • Équipe mobilisée : 25 ouvriers en continu, organisés en équipes de 3/8
  • Distance à parcourir : 5,2 km entre Bobigny et Bondy

Sous terre, la vie s'organise. Les 25 ouvriers qui accompagneront Rita 24 heures sur 24 disposeront de voiturettes pour rejoindre leur base de départ, mais aussi de sanitaires et d'une cafétéria remorquée par la machine elle-même. Un village souterrain mobile, en quelque sorte. Pour ceux qui s'interrogent sur le bruit ou les vibrations en surface : Gaëtan Chelles, directeur de projet pour Corea, le confirme — à cette profondeur, un piéton ne ressentira strictement rien. Loin des 3 ou 4 mètres auxquels circule parfois le métro parisien classique.

La ligne 15 et la transformation de Seine-Saint-Denis

Le tronçon que Rita va creuser s'intègre dans un projet bien plus vaste. La ligne 15 formera, une fois achevée, une grande boucle autour de Paris, reliant des territoires aujourd'hui enclavés à des pôles économiques et culturels majeurs. Le tronçon sud est déjà creusé et sera mis en service dès avril 2027. Les tronçons est et ouest, eux, n'ouvriront qu'en 2031.

Tronçon ligne 15 Itinéraire Mise en service
Sud Pont de Sèvres – Noisy-Champs Avril 2027
Est Saint-Denis-Pleyel – Champigny-sur-Marne 2031
Ouest Pont de Sèvres – Saint-Denis-Pleyel 2031

Pour Bobigny, les enjeux sont concrets. La ville accueillera trois gares de la ligne 15, dont celle de Bobigny-Picasso, connectée à la ligne 5 du métro parisien. Le maire Abdel Sadi n'a pas caché sa satisfaction lors de la cérémonie de baptême : « La ligne 15 va métamorphoser notre territoire. » Une déclaration qui résonne différemment quand on sait qu'il a fallu, selon Stéphane Troussel, président du département de Seine-Saint-Denis, « batailler longtemps pour s'assurer du tracé et des gares ». Les grandes infrastructures ne tombent pas du ciel — elles se négocient.

Au total, la Seine-Saint-Denis accueillera 22 gares du Immense Paris Metropole. Pour des familles qui enchaînent aujourd'hui deux ou trois correspondances pour rejoindre leur lieu de travail, les chiffres avancés par Troussel parlent d'eux-mêmes : Bobigny à Pleyel en 8 minutes, Bobigny à la mairie d'Aubervilliers en 8 minutes. Ce sont des trajets qui se font aujourd'hui en 25 à 40 minutes. Le gain de temps, ramené à l'échelle d'une vie professionnelle, est considérable.

Passagers circulant dans une station de métro moderne

Quand le souterrain redessine le quotidien de surface

Le site de « Normandie-Niémen » ne s'arrêtera pas à Rita. En 2027, un second tunnelier — baptisé Marine, du nom d'une collaboratrice de la Société des grands projets — viendra y arriver après deux ans de forage depuis Aubervilliers. Deux machines, deux trajectoires, un même objectif — reconfigurer les mobilités d'une métropole de 12 millions d'habitants.

Ce qui se joue ici dépasse largement la prouesse technique. L'accès à l'emploi, au logement, aux équipements culturels — tout cela se recalcule dès lors que les distances-temps s'effondrent. Pour les marchés du Grand Paris, comme pour les acteurs économiques locaux, chaque nouvelle gare représente un bassin de chalandise élargi et de nouvelles dynamiques d'attractivité territoriale.

Rita creusera dans l'obscurité pendant deux ans et demi. En surface, les habitants de Bobigny, Drancy ou Bondy ne verront rien — sinon, progressivement, la transformation de leur propre quotidien. C'est peut-être ça, la vraie mesure d'un chantier réussi : qu'on finisse par oublier qu'il a eu lieu.

Harry

Harry

Harry est rédacteur en chef du média Grand Paris Metropole, où il supervise la ligne éditoriale et coordonne les équipes rédactionnelles. Journaliste expérimenté, il couvre les enjeux urbains, politiques et sociétaux du Grand Paris avec rigueur et curiosité.

Quarantenaire et papa de deux ados, il apporte un regard humain et ancré sur les sujets de famille, mobilité et vie locale, tout en veillant à l'impact concret des publications. Il vise à informer et à engager les lecteurs autour des transformations métropolitaines.