Grand Paris Express Aubervilliers : les futures gares
1,087 milliard d'euros : c'est le montant du marché de conception-réalisation attribué au groupement IRIS, conduit par Bouygues Travaux Publics, pour construire les deux futures gares du Grand Paris Express à Aubervilliers. Un chiffre qui donne le vertige, et qui traduit l'ampleur de ce qui se prépare sous les pieds des habitants de cette ville de Seine-Saint-Denis. D'ici 2031, la ligne 15 Est va faire surgir deux nouvelles stations, Mairie d'Aubervilliers et Fort d'Aubervilliers, qui redessineront en profondeur les quartiers concernés. Pas de simples bouches de métro : des projets urbains complets, pensés pour transformer durablement la vie quotidienne dans ce territoire.
Un milliard d'euros et trois ans de dialogue pour bâtir les gares d'Aubervilliers
Avant même le premier coup de pioche, près de trois ans de dialogue compétitif ont été nécessaires pour désigner le lauréat de ce marché exclusif. Ce processus, piloté par la Société des grands projets (SGP), a permis d'évaluer les candidats sur des critères multiples : solidité technique, mais aussi qualité architecturale des projets proposés pour chacune des deux gares. Le groupement IRIS l'a emporté, intégrant dans ses rangs des cabinets d'architectes dont les esquisses ont séduit les jurés.
Ce qui est remarquable ici, c'est la méthode. Tout au long du dialogue compétitif, les propositions ont été soumises à la municipalité d'Aubervilliers, dirigée par Karine Franclet. Les équipes de la ville ont pu formuler des observations, ajuster certains partis pris, et ce avant même de connaître le nom du futur titulaire. Résultat : les premières esquisses dévoilées par IRIS sont déjà très proches du rendu final attendu. Marine Dondel, cheffe de projet du secteur Aubervilliers au sein de la direction de projet de la ligne 15 Est, tempère par contre : « Il reste malgré tout une marge d'évolution sur les aspects architecturaux des gares dans la phase d'avant-projet. » De quoi rassurer ceux qui craignaient que les dés soient définitivement jetés.
Pour comprendre ce que représente un tel chantier souterrain, il faut aussi s'intéresser aux tunneliers qui creusent les galeries du Grand Paris Express, ces machines colossales qui progressent sous les villes avant même que les gares ne sortent de terre.
| Gare | Ligne | Livraison prévue | Maître d'ouvrage principal |
|---|---|---|---|
| Mairie d'Aubervilliers | 15 Est | 2031 | SGP / Groupement IRIS |
| Fort d'Aubervilliers | 15 Est | 2031 | SGP / Groupement IRIS |
La gare Mairie d'Aubervilliers : compacte en surface, ambitieuse en profondeur
À plus de 30 mètres sous le bitume, les futurs quais de la gare Mairie d'Aubervilliers accueilleront voyageurs et services. Guichets, lignes de contrôle, espaces d'attente : tout ce qui fait le quotidien d'une station sera logé en souterrain. En surface, la gare sera volontairement discrète, avec deux accès pensés pour s'insérer dans le tissu urbain existant sans l'écraser.
L'entrée majeure s'implantera à l'angle des rues Ferragus et de la Commune-de-Paris, à l'emplacement d'une ancienne agence bancaire. Une seconde entrée, secondaire, ouvrira dans la même rue. Un hall largement vitré jouera le rôle de sas entre la ville et le réseau souterrain. Au-dessus de cette infrastructure, un immeuble de quatre étages comprendra 67 logements avec balcons et des commerces en rez-de-chaussée. Cette superposition, logement sur gare, n'est pas un hasard de géométrie : c'est une innovation majeure du projet.
Pour la première fois sur le Vaste Paris Express, les programmes immobiliers sont intégrés directement dans l'appel d'offres global de la gare. Concrètement, les logements et commerces seront livrés en même temps que la station elle-même. Marine Dondel souligne l'intérêt de cette approche : « Sur la ligne 15 Sud par exemple, les projets immobiliers n'auront pas démarré au moment de la livraison des gares. À l'inverse, au centre-ville d'Aubervilliers, le projet immobilier va permettre d'accompagner simultanément la redynamisation du quartier induite par l'arrivée de la gare. » Pour les familles qui vivent dans ce secteur depuis des années, c'est une promesse concrète de transformation rapide.
- Profondeur des quais : plus de 30 mètres
- Deux accès depuis la rue
- 67 logements avec balcons en superstructure
- Commerces en rez-de-chaussée
- Livraison immobilière simultanée à l'ouverture de la gare

Fort d'Aubervilliers et les interconnexions : ce que le chantier change déjà
À Fort d'Aubervilliers, la logique diffère légèrement. Les projets immobiliers associés à cette gare suivront une procédure distincte, portée par des acteurs locaux, sans être intégrés au marché principal confié à IRIS. Le calendrier de livraison reste identique, 2031, mais la coordination sera plus complexe. C'est typiquement le genre de différence que les habitants ne verront pas sur les rendus 3D, mais qui pèsera lourd dans les délais effectifs.
Autre dossier sensible : les interconnexions avec les lignes de métro existantes, notamment les lignes 7 et 12. Ces travaux relèvent de la maîtrise d'ouvrage déléguée de la RATP, qui pilote par exemple la création de nouveaux couloirs de correspondance. L'actuelle sortie de la ligne 12 sur le square du Docteur-Pesqué a d'ailleurs disparu fin 2024 pour libérer l'emprise du chantier. Un signe visible, pour les habitants du quartier, que le projet avance bien.
Ces transformations s'inscrivent dans une dynamique métropolitaine plus large. Les projets d'aménagement du Grand Paris visant à améliorer la qualité de vie métropolitaine montrent que les gares ne sont que la partie visible d'un programme urbanistique bien plus vaste.
Pour les familles installées à Aubervilliers depuis longtemps, ces gares représentent davantage qu'un gain de temps dans les transports. Elles signifient une revalorisation concrète de leur cadre de vie, une meilleure connexion au reste de la métropole et, peut-être, la fin d'un sentiment d'enclavement qui dure depuis trop longtemps. Reste à tenir le cap jusqu'en 2031.
Harry est rédacteur en chef du média Grand Paris Metropole, où il supervise la ligne éditoriale et coordonne les équipes rédactionnelles. Journaliste expérimenté, il couvre les enjeux urbains, politiques et sociétaux du Grand Paris avec rigueur et curiosité.
Quarantenaire et papa de deux ados, il apporte un regard humain et ancré sur les sujets de famille, mobilité et vie locale, tout en veillant à l'impact concret des publications. Il vise à informer et à engager les lecteurs autour des transformations métropolitaines.