La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 a marqué les esprits avec un tableau intitulé « Sororité » mettant en lumière dix femmes de l'histoire française. Ces statues monumentales, apparues sur la Seine le 26 juillet 2024, ont d'abord été exposées à l'Assemblée nationale à l'automne 2024, avant d'être installées de façon définitive rue de la Chapelle, dans le 18e arrondissement, où elles ont été inaugurées le 26 juillet 2025, un an jour pour jour après la cérémonie. Ce projet s'inscrit dans une démarche plus large de reconnaissance des contributions des femmes, souvent effacées par l'histoire.
Le parcours des dix femmes illustres: un héritage olympique pérenne
Les dix sculptures dorées sont réparties de part et d'autre de la rue de la Chapelle, entre l'Arena Porte de la Chapelle et le rond-point de la porte de la Chapelle. Elles sont installées dans l'espace public : on peut les voir librement, à toute heure et sans réservation. Pour s'y rendre, la station Porte de la Chapelle (métro ligne 12 et tramway T3b) est la plus proche.
Mesurant près de 4 mètres de hauteur, ces statues en résine polymère durcie à la fibre de verre sont un symbole de l'héritage des premiers Jeux paritaires de l'histoire olympique. Elles sont prêtées gracieusement à la Ville de Paris par le Comité international olympique et le groupe BPCE. Un QR code placé sur le socle de chaque statue donne accès à une visite en audiodescription.
Ironie de l'histoire, c'est à Paris, en 1900, que les femmes ont pu participer pour la première fois aux Jeux olympiques. Plus d'un siècle plus tard, ces sculptures rappellent le chemin parcouru vers l'égalité, tout en honorant celles qui ont ouvert la voie.
| Nom | Période | Domaine |
|---|---|---|
| Olympe de Gouges | 1748-1793 | Politique et littérature |
| Alice Milliat | 1884-1957 | Sport |
| Simone Veil | 1927-2017 | Politique et droit |
| Gisèle Halimi | 1927-2020 | Droit et féminisme |
| Louise Michel | 1830-1905 | Politique et éducation |
Des parcours exceptionnels qui ont façonné l'histoire française
Parmi ces femmes figure Olympe de Gouges (1748-1793), autrice de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » qui proclamait dès 1791 que « la femme naît libre et demeure égale en droits à l'homme ». Son engagement contre l'esclavage et pour les droits des femmes lui coûta la vie sous la Terreur.
L'esprit de résilience et de persévérance de ces femmes se retrouve aussi chez Alice Milliat (1884-1957), pionnière du sport féminin qui, face au refus du Comité international olympique d'ouvrir les épreuves d'athlétisme aux femmes, créa en 1921 la Fédération sportive féminine internationale et organisa ses propres « Jeux olympiques féminins » dès 1922.
Née au début du XXe siècle, Simone de Beauvoir (1908-1986) a marqué l'histoire intellectuelle avec son essai « Le Deuxième Sexe », paru en 1949, texte fondateur du féminisme contemporain. Sa phrase « On ne naît pas femme, on le devient » continue de nourrir les réflexions sur la condition féminine.
D'autres figures complètent ce panthéon féminin :
- Jeanne Barret (1740-1807) : première femme à avoir fait le tour du monde, déguisée en homme
- Christine de Pizan (1364-1431) : première femme de lettres à vivre de sa plume
- Paulette Nardal (1896-1985) : pionnière du mouvement de la Négritude
- Alice Guy (1873-1968) : première réalisatrice de l'histoire du cinéma
- Louise Michel (1830-1905) : figure de la Commune de Paris

Un hommage artistique au féminisme dans l'espace public parisien
L'installation de ces statues porte de la Chapelle est plus qu'un ornement urbain. Elle accompagne la transformation de ce quartier du nord parisien, qui accueille l'Arena Porte de la Chapelle, salle d'environ 8 000 places construite pour les Jeux et qui a accueilli des épreuves olympiques et paralympiques.
Ce parcours, visible par tous, permet aux Parisiens et aux visiteurs de redécouvrir des destins souvent méconnus. La Ville de Paris présente cette installation comme une façon de féminiser l'espace public, où les statues de femmes restent très minoritaires.
Le directeur artistique des cérémonies olympiques, Thomas Jolly, avait conçu le tableau « Sororité » pour rappeler que « leur apport au monde, parfois méconnu, souvent atténué ou injustement omis » méritait d'être célébré. Cette idée prend désormais une forme permanente dans les rues de la capitale.
En reliant l'héritage olympique et la mémoire féministe, Paris inscrit durablement dans son paysage ces dix femmes qui, chacune à leur manière, ont contribué à l'histoire française et à la cause des femmes.
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