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Paris veut développer son capital naturel

Ce n’est plus une lubie ou un effet de mode. Avec les conséquences attendues de la détérioration climatique, la végétalisation de la ville devient un enjeu de société. Pour l’accompagner, la Ville de Paris a un plan.

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« Paris 2100 », par le collectif « Et alors » – Crédit : Yannick Gourvil et Cécile Leroux

D’ici 2020, les espaces verts parisiens vont prendre de la hauteur, et pas qu’un peu puisqu’ils vont aller se percher sur les toitures et grimper aux murs. Ce mouvement ascensionnel inédit devra être envisagé version grand large, sur une centaine d’hectares au moins. Tel est l’objectif fixé par Anne Hidalgo, maire de Paris, dont l’ambition en la matière a surpris ses propres équipes. Lors d’une réunion consacrée à la végétalisation urbaine, le 12 décembre dernier à l’Agence parisienne du climat, l’un des représentants de la Ville de Paris estimait que ces cent hectares de toits et murs à verdir constituaient l’objectif le plus difficile, parmi tous les projets de végétalisation de la maire.

Huit millions d’euros pour verdir Paris

La visée est d’autant plus ambitieuse que sur ces cent hectares, trente seront consacrés à la production commerciale de légumes et de fruits. Autrement dit, Paris intra muros pourrait devenir un lieu de production maraîchère, avec des exploitants en chair et en os et de vraies salades vendues au marché. L’idée est spectaculaire et la tache ne sera pas simple. La capitale compte bien 500 hectares de toitures plates, mais leur structure plus ou moins porteuse et leur configuration pas toujours accessible sont loin de se prêter facilement à l’accueil d’une prairie fleurie ou d’un potager suspendu. Ce projet suscite de ce fait de gros doutes chez certaines associations tournées vers les jardins et potagers partagés, lesquelles préféreraient des initiatives un peu moins hors sol.

Pour lancer le mouvement, la ville prépare en tous cas un appel à projets et surtout, réserve une enveloppe de huit millions d’euros sur cinq ans de manière à réaliser certains aménagements indispensables. Cela dit, la végétalisation des toits de Paris ne part pas de zéro, contrairement aux apparences. Il existe déjà 44 hectares de toitures et murs végétalisés, pour tout ou partie. Sur ses propres bâtiments, la municipalité compte 180 toitures et 118 murs colonisés par les adeptes de la photosynthèse. Il faut aussi évaluer l’importance réelle du chantier à l’aune des 10 500 hectares que compte l’héritière de Lutèce, laquelle ne va certainement pas devenir une jungle urbaine au sens propre.

Toits, murs, rues, trottoirs et parkings

Cela dit, la végétalisation volontariste de la capitale ne se limite pas au verdissement accéléré des murs et toits. Les jardiniers parisiens vont aussi planter 20 000 arbres, ouvrir trente hectares de nouveaux espaces verts – au sol, pas sur les toits. Quelque 200 « lieux de proximité » devraient faire l’objet d’une végétalisation, suite aux suggestions des Parisiens eux-mêmes. Cette reconquête naturelle passera en priorité par les innombrables murs pignons et aveugles, mais aussi les murs de clôture – Paris en compte 277 kms ! Des portions de trottoir et de parking pourront se retrouver « désencroûtés », le bitume étant remplacé par la terre ou des pavés drainants.

Un mur-végétalisé-rue-dAboukir à Paris, réalisé par Patrick Blanc

Mur végétales par le paysagiste Patrick Blanc, rue d’Aboutir (2e arrond.) – Crédit : JP Pié

Même les cimetières vont devenir écolos, car l’emploi à haute dose d’herbicides y sera proscrit. Dans l’immobilier neuf, les cahiers des charges devront également réserver une place accrue à la biodiversité. La ville a aussi en projet des rues entièrement végétalisées. Bref, de grandes ambitions à concrétiser en cinq ans. Pour mieux les afficher mais aussi apprendre des autres, la mairie de Paris prévoit d’organiser un congrès international sur la végétalisation urbaine au printemps 2015. L’ensemble de ces chantiers est confié à Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris chargée des espaces verts, de la nature et des affaires funéraires.

Etant donné les budgets alloués, l’effort parisien en faveur de la biodiversité semble dépasser pour de bon l’effet de mode. De fait, l’investissement total mobilise quand même 267 millions d’euros sur la durée de la mandature, la moitié finançant la végétalisation, l’autre étant consacrée aux bois (Vincennes et Boulogne), parcs et jardins.

Climat’ naturelle

Les différents motifs de cette orientation ne sont pas anecdotiques non plus. Certains font d’ailleurs un peu froid ou plutôt trop chaud dans le dos. Si Paris veut se verdir, c’est aussi et peut-être surtout pour atténuer les probables avanies des décennies à venir, liées au changement climatique. En particulier, le phénomène d’îlot de chaleur, qui peut se faire ravageur voire meurtrier dans une ville aussi minérale que Paris. Lors de l’été caniculaire de 2003, la température au centre de la capitale dépassait de 8° C celle constatée à la campagne. L’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) estime que la végétation urbaine diffuse (hors parcs et jardins) se révélera importante dans l’adaptation au changement de climat. En été et à condition d’être arrosée, cette végétation pourra jouer un rôle de climatiseur.

Le deuxième objectif du plan biodiversité de Paris ? Favoriser la rétention des eaux pluviales, constituer des réserves d’eau si besoin et mieux résister à d’éventuelles pluies diluviennes. Le troisième objectif est moins défensif, plus « positif » : les végétaux et animaux urbains doivent contribuer au bien-être des 2,2 millions de Parisiens, résidents d’une des villes les plus denses au monde (21 000 habitants au km2), plus proche sous ce seul critère de Calcutta ou Shanghai que de Tokyo, New York ou Londres.

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