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Paris Métropole vu par ses présidents mêmes : Jacques JP Martin

PORTRAIT. La création de la Métropole du Grand Paris doit beaucoup à ce syndicat d’élus né à la fin des années 2000. Malgré la naissance de la nouvelle institution, Paris Métropole a acté sa subsistance et nommé un nouveau président pour 2016, le maire PC de Nanterre Patrick Jarry. Ses six premiers présidents se racontent ici. Deuxième épisode, deuxième président : Jacques JP Martin, 2011.

Jacques JP Martin-Crédit : Philippe Serieys

Crédit : Philippe Serieys

 L’homme est gaulliste, sans doute l’un des rares encore au sein des Républicains. Il en a la fibre. « J’ai commencé ma carrière politique au sein de l’Union démocratique du travail (UDT) avec Louis Vallon, Yvon Morandat, Philippe Dechartre… » Fondée en 1959, l’UDT est alors le rassemblement des gaullistes de gauche adhérant à la naissante Cinquième République et favorable à l’indépendance de l’Algérie. Algérie où est né Jacques JP Martin en 1942. Dans les années 1960, il vit la fin du district parisien, l’éclatement du département de la Seine et la naissance de la petite couronne « avec beaucoup de perplexité : s’il s’agissait de faire de la proximité avec une taille de département autour du million d’habitant, pourquoi pas ; mais s’il s’agissait de créer de la concurrence à Paris, c’était plus discutable car je ne pense que l’on puisse construire une métropole ou une région à rayonnement international en opposant les territoires les uns aux autres. »

Retournement à Paris, rocade en Val-de-Marne

Proche de Patrick Ollier avec qui il fonde l’Union des jeunes pour le progrès (UJP) en 1965, ami de Gilles Carrez, son voisin au Perreux-sur-Marne, Jacques JP Martin prend la mairie de Nogent-sur-Marne en 2001, six ans après que son mentor, Roland Nungesser, dont il fut l’adjoint, l’ait quittée. 2001, c’est aussi l’accession de Bertrand Delanoë qui convoque aussitôt les élus de petite couronne à venir discuter métropole à la Maison de la RATP : « J’ai été l’un des rares élus de droite à répondre à son invitation. Mes amis du 92, notamment, faisaient la gueule, me reprochant de m’associer à un projet qui ferait du tort à l’indépendance des communes. »

En fait, Jacques JP Martin partage l’idée que la centralité parisienne s’est déjà déplacée sur l’ensemble des communes limitrophes, que Paris ne peut plus considérer sa banlieue comme son back-office et qu’il y allait avoir un retournement de la part de la capitale. Retournement qui s’opère avec la Conférence métropolitaine de 2007, au moment où Nicolas Sarkozy parle Grand Paris à Roissy, au moment où la Région présente un projet de métro en rocade, Arc Express, face à celui de la RATP, Métrophérique. Avec Christian Favier, le président communiste du Conseil général du Val-de-Marne, Jacques JP Martin prend le train en marche et lance Orbival, une association pour promouvoir une rocade de transport dans le Val-de-Marne. Leur action commune fait des étincelles. Orbival sait se faire entendre. À tel point que la ligne 15 sud du Grand Paris Express qui reprend son tracé sera belle et bien la première construite. Même si la Région s’y opposait : « Nous avions réuni 1 000 personnes au Pavillon Baltard, à Nogent, pour lancer le projet. Jean-Paul Huchon était présent, il avait qualifié Orbival de “métro féérique“ en rapport avec le Métrophérique de la RATP. »

Une autre bagarre s’engage au tournant 2010 avec le gouvernement, plus précisément son secrétaire d’État chargé de la région-capitale, Christian Blanc. Celui-ci contre le projet Arc Express avec un « Super 8 », une double boucle hyper rapide qui dessert des territoires de projet : La Défense, Roissy, Saclay…

« Nous nous sommes accrochés de nombreuses fois – Christian Blanc n’est pas quelqu’un de facile à gérer -, mais il avait un allié avec Orbival. Je lui ai dit : “Ecoute-nous et tu sortiras autre chose qu’un grand cercle avec 4 ou 5 stations.“ Pour moi, ce métro devait irriguer la banlieue, car c’est de la dynamique de la banlieue que se règlera le problème de l’emploi. Les inégalités territoriales en Île-de-France ne viennent pas de nulle part. On les a fabriquées. On a construit des logements sociaux à Clichy ou Montfermeil mais pour accéder aux emplois qui se trouvent à côté de chez eux leurs habitants doivent passer une heure et demi dans les transports. Le Grand Paris Express doit être une source de désenclavement et de richesses. C’est pour cette raison que l’on avait créé avec Daniel Canépa (alors préfet d’Île-de-France, NDLR) les contrats de développement territorial (CDT) : pour créer une dynamique d’aménagement. »

L’outil atypique et sa faille

Conférence métropolitaine, Orbival, CDT… Jacques JP Martin est omniprésent sur les fronts métropolitains (« J’ai plongé jusqu’au cou dans cette aventure »). Sa présidence de Paris Métropole en 2011 en devient naturelle. À la question « Pourquoi » ?, il répond « Pourquoi pas ? J’étais en position, et je voulais marquer le fait que même en minorité au sein de Paris Métropole, la droite pouvait le présider. » Quand il est élu fin 2010, le syndicat penche nettement à gauche. Pour le sortir de l’affrontement politicien qui a vu notamment Patrick Devedjian créer une structure concurrente, mais de droite (Île-de-France Métropole), la bonne idée consiste effectivement à ce que celui-ci cesse de se méfier d’une assemblée de gauchistes. « Delanoë m’avait dit : c’est peut-être grâce à toi qu’on va calmer ses vélléités. »

De fait, peu à peu, la droite adhère et l’esprit trans-courants du syndicat commence à jouer à plein. « Nos débats sont avant tout des préoccupations de maire. Quand vous entrez à Paris Métropole, vous appréciez votre interlocuteur non pas selon son appartenance politique mais par rapport à ce qu’il dit. Ce qui en fait un outil assez phénoménal et atypique en France. » Et qui fonctionne quelque soit le pouvoir politique en place au niveau national. Jacques JP Martin se veut dépositaire de cet esprit : « Ceux qui ne connaissent pas ce fonctionnement ont beaucoup de mal à le comprendre. Des élus des Hauts-de-Seine ont eu beaucoup de mal à le comprendre. Au moment où j’ai passé la main à Braouezec (président de Paris Métropole en 2012, NDLR), j’ai dû faire une descente chez Sarkozy, à l’Elysée, pour lui dire qu’il fallait faire cesser certaines chamailleries. »

Si l’on suit sa pensée, Paris Métropole prend même des allures de groupe de pression : « Nous cherchons des synergies et des convergences. Nous ne prenons pas de décisions mais lançons des orientations qui nous amènent à être porteurs d’amendements au sein de nos groupes respectifs à l’Assemblée nationale. » Une « fabrique de convergences » qui a eu sa faille en 2012. Quand l’État demande à Paris Métropole un projet précis de gouvernance, celui-ci ne lui envoie… « que des orientations ! » L’échec est cuisant : « On a raté ce moment. On avait beaucoup de mal à trancher sur ce qu’il fallait prioriser : les communes ou les intercommunalités ? Et tout ça à cause d’une loi tordue imaginée par un sénateur de droite qui avait permis d’exonérer la petite couronne de l’obligation de créer des intercommunalités. Si bien qu’il était compliqué de vanter l’interco auprès des communes. » La recherche du consensus, chère à Paris Métropole, et qui avait abouti à une décision commune sur le Grand Paris Express, ouvre une faille béante.

La Métropole doit cuire

Deux ans plus tard, plusieurs versions plus tard, du « tout interco » à celle « des extrémistes de la centralisation », la loi NOTRe officialise la Métropole du Grand Paris. Pour Jacques JP Martin, paraphrasant le général de Gaulle, « elle manque de cuisson. Elle laisse beaucoup de flous dans son application. Il va falloir toutes les compétences des maires pour faire en sorte que la catastrophe qu’on nous a léguée ne tourne pas en une catastrophe généralisée, car si l’on prend la loi telle quelle on va dans le mur. » Comme beaucoup à Paris Métropole, Jacques JP Martin rêvait « d’une Métropole polycentrique qui ne se fige pas aux limites géographiques », mais aussi d’une « dynamique métropolitaine qui prévoit aussitôt la suppression du département », d’une « Métropole stratège qui définit les grands enjeux pour permettre aux territoires de créer des dynamiques d’intérêt métropolitain. » Au lieu de cela : « C’est une Métropole qui entre par la petite porte, une intercommunalité de communes avec des territoires qui sont de fausses intercos, créés n’importe comment, riches avec riches, gauche avec gauche. La réduction des inégalités sociales et territoriales passe par le fait que les élus se connaissent. On a raté l’occasion d’une confrontation positive entre eux. » Il voit l’avenir de la Métropole comme « une collectivité de plein exercice, qui doit parler les yeux dans les yeux à la Région et aux Territoires. Nous avons quatre ans pour le faire, pour démontrer que la Métropole peut partager un certain nombre de sujets avec la Région et que les Territoires prennent la place des départements, qu’ils se developpent sous des EPCI. »

Ceux qui murmurent à l’oreille de la Métropole

Candidat à la candidature pour la présidence de la Métropole du Grand Paris (MGP), Jacques JP Martin s’était retiré en décembre, laissant le champ libre à Patrick Ollier. En charge dorénavant du projet métropolitain à Paris Métropole, il en a changé l’intitulé. Celui-ci sera l’œuvre de la MGP, Paris Métropole se consacrant désormais à la vision stratégique du Grand Paris, une vision « hors les murs », hors Métropole, s’appuyant sur « des projets d’intérêt métropolitain », de la géopolitique plutôt que « de l’intendance ». Tout se passe comme si Paris Métropole devenait une supra-instance, ce lieu où l’on murmure à l’oreille de la MGP. Après avoir identifié le fait métropolitain, porté la création institutionnelle, voici le syndicat mué en aréopage.

« La métropole de demain, nous dit Jacques JP Martin, ce n’est pas Paris, Londres ou Hambourg, mais les trois à la fois. Le chantier consiste à travailler à la fois sur la réduction des inégalités territoriales ici pour construire une métropole rayonnante au plan mondial, à conduire le métier sur deux fronts : ouverture vers Clichy-sous-bois et ouverture à l’international. Avec la MGP comme laboratoire. » Pour imager son propos, il cite de mémoire cette histoire de l’Ancien Testament qui l’a marquée : « Ne sachant s’il doit ou non entrer dans une ville pour y prôner sa religion, un disciple s’en remet à Moïse qui lui demande : “Cette ville est-elle ouverte ou bâtie derrière des murs ?“ Le disciple lui répond qu’elle est ouverte. Alors Moïse lui dit : “Dans ce cas, on peut entrer, car s’ils ont laissé la ville ouverte c’est qu’ils sont sûrs de ce qu’ils sont. Et étant sûrs de ce qu’ils sont, nous allons pouvoir discuter avec eux.“ Si l’on veut vraiment développer le Grand Paris, il nous faut une démarche de ville ouverte sur un territoire plus large que le notre, tout en sachant que l’on appartient de toute façon à un territoire. »

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