Dans le 11e arrondissement, la copropriété du 127 rue Saint-Maur, dans le quartier Folie-Méricourt, est devenue un cas d'école de la lutte contre l'habitat dégradé à Paris. Évacuée en urgence en juin 2023 en raison d'un risque d'effondrement, elle fait depuis l'objet d'un rachat public. En 2025, des copropriétaires ont dénoncé des offres d'indemnisation inférieures à leurs prix d'achat. En 2026, la procédure est entrée dans sa phase finale, avec une enquête publique préalable à l'expropriation des derniers lots.
Une évacuation d'urgence qui a bouleversé des vies
L'ensemble comptait à l'origine quatre bâtiments (A, B, C et D) autour d'une petite cour. Avant les travaux, il comptait 38 logements et 7 locaux commerciaux, répartis entre 39 copropriétaires.
Les désordres structurels y étaient connus depuis des années et n'ont cessé de s'aggraver. Un arrêté de mise en sécurité de la Ville de Paris, daté du 19 juin 2023, a conduit à l'évacuation complète de tous les bâtiments. Un second arrêté, le 6 décembre 2024, a exigé la sécurisation et la déconstruction complète du bâtiment D, le plus menacé. Les copropriétaires n'étant pas en mesure de financer ces travaux, estimés à environ 1,6 million d'euros, la Ville les a fait réaliser d'office, pour leur compte, en 2025.
Pour les propriétaires, dont certains avaient acheté récemment un petit logement à crédit, le choc a été double : perte de leur logement du jour au lendemain, puis incertitude sur la valeur de leur bien. Face aux événements climatiques extrêmes et autres crises, les procédures sont rodées ; un immeuble qui menace de s'effondrer laisse des familles dans un entre-deux bien plus long.
Des propositions de rachat contestées
En 2024, le Conseil de Paris a confié à la SOREQA, société publique locale créée par la Ville et Plaine Commune pour traiter l'habitat indigne, une stratégie d'appropriation publique de l'ensemble du 127 rue Saint-Maur. Sa mission : acheter les lots, à l'amiable ou par expropriation, puis revendre l'immeuble à un maître d'ouvrage qui le réhabilitera.
Les offres amiables reposent sur les évaluations du service des Domaines. Selon les réponses apportées par la SOREQA lors de l'enquête publique de 2026, elles tiennent compte notamment :
- de la localisation et du marché immobilier du secteur ;
- de la nature et des caractéristiques de chaque lot ;
- de l'état général de l'immeuble, très dégradé ;
- pour le bâtiment D, démoli, d'une évaluation en tant que terrain et non plus en tant que logement.
C'est cet écart entre prix d'achat et valeur actuelle qui a nourri la colère de propriétaires en 2025. Malgré tout, la plupart ont fini par vendre : la SOREQA détient environ 80 % des lots à l'amiable et l'immeuble est entièrement vide. Une procédure d'expropriation a été lancée contre les six propriétaires restants ; deux d'entre eux ont accepté une vente amiable avant la fin de l'enquête publique. Une intervention d'urgence, comme lors d'un incendie dans le 17e arrondissement, se règle en quelques heures ; un tel dossier se compte en années.

Ce que prévoit le projet
Contrairement à ce qui avait circulé en 2025, l'immeuble ne sera pas entièrement démoli. Seul le bâtiment D a disparu, déconstruit dans l'urgence en 2025. Le projet de la SOREQA, soumis à enquête publique du 29 juin au 24 juillet 2026, consiste à conserver et restructurer lourdement les bâtiments A, B et C. La cour, agrandie, pourra être végétalisée et les commerces en rez-de-chaussée seront maintenus.
| Étape | Date | Ce qui s'est passé |
|---|---|---|
| Arrêté de mise en sécurité | 19 juin 2023 | Évacuation de tous les bâtiments |
| Second arrêté | 6 décembre 2024 | Sécurisation et déconstruction du bâtiment D exigées |
| Travaux d'office | 2025 | Bâtiment D déconstruit par la Ville |
| Enquête publique (DUP) | 29 juin - 24 juillet 2026 | Avis favorable de la commissaire-enquêtrice le 20 août 2026 |
À terme, le site doit accueillir au moins 13 logements sociaux, de tailles plus variées que les anciens studios. La réalisation des travaux relèvera du bailleur Elogie-Siemp. Le 20 août 2026, la commissaire-enquêtrice a rendu un avis favorable à la déclaration d'utilité publique, en demandant une attention particulière au bâtiment mitoyen du 125. La déclaration d'utilité publique relève ensuite du préfet.
Cette affaire crée un précédent suivi de près à Paris, où le bâti ancien nécessite souvent d'importantes rénovations. Elle interroge les responsabilités en amont : expertise lors de l'achat, rôle du syndic. La Ville de Paris, qui recrute régulièrement des agents pour ses différents services, mène depuis 2003 une politique d'éradication de l'habitat indigne, dans laquelle s'inscrit ce dossier.
Pour les anciens propriétaires, la page se tourne avec des pertes parfois lourdes ; pour le quartier, avec un immeuble en partie sauvé et voué au logement social. L'affaire rappelle la fragilité des acquéreurs face aux risques structurels du bâti ancien.
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