Après Paris, Londres s'attaque aux SUV avec de nouvelles restrictions urbaines
Paris avait frappé fort en 2024 avec sa taxe sur les SUV et ses tarifs de stationnement majorés pour les véhicules lourds. Désormais, c'est Londres qui s'apprête à franchir le pas. Transport for London, l'autorité chargée des transports dans la capitale britannique, étudie sérieusement l'instauration de frais supplémentaires visant les véhicules les plus encombrants. Le modèle parisien inspire clairement cette démarche. La question n'est plus de savoir si d'autres métropoles vont suivre, mais à quelle vitesse.
SUV en ville : Londres envisage de taxer les véhicules trop lourds
Plusieurs scénarios circulent actuellement dans les instances londoniennes. Voici les principales pistes examinées par Transport for London :
- Une taxe spécifique calculée selon le gabarit ou le poids du véhicule
- Des tarifs de stationnement majorés, directement inspirés de la politique parisienne
- Une combinaison des deux dispositifs selon les zones de la ville
Rien n'est encore acté. Ces propositions doivent encore passer devant les instances du conseil municipal londonien avant d'entrer en vigueur. Mais leur seule existence montre que la pression sur les grands véhicules urbains dépasse désormais les frontières françaises.
L'argument principal avancé par les partisans de cette mesure ne porte pas sur l'environnement. C'est la sécurité routière qui est mise en avant. Une étude récente révèle que les piétons et cyclistes risquent 14 % de chances supplémentaires de mourir lors d'une collision avec un grand véhicule plutôt qu'avec une voiture compacte. Ce chiffre pèse lourd dans le débat.
Pourtant, l'opposition s'organise. Thomas Turrell, porte-parole conservateur aux transports au sein du conseil municipal, n'a pas mâché ses mots : « La guerre de Sadiq Khan contre les automobilistes ne peut pas se dissimuler derrière la sécurité ». Ce type de tension rappelle les controverses qui ont accompagné le plan de restriction de la circulation au cœur de Paris, vivement contesté lui aussi.
Entre engouement commercial et rejet urbain, le SUV à la croisée des chemins
Le paradoxe est frappant. Au moment où les villes cherchent à freiner leur expansion, les SUV représentent plus de la moitié des ventes automobiles en Europe. Les segments C-SUV et B-SUV écrasent les classements, reléguant berlines et citadines à des positions marginales.
| Type de véhicule | Part de marché en Europe (2025) |
|---|---|
| SUV (toutes tailles) | Plus de 50 % |
| Berlines et compactes | Environ 30 % |
| Citadines et autres | Environ 20 % |
Pourtant, des signaux indiquent que l'ère du SUV roi pourrait s'essouffler. Ralph Gilles, directeur du design chez Stellantis, a récemment déclaré que « la mode des SUV a peut-être fait son temps ». Il observe un regain d'intérêt chez les jeunes designers pour des formats plus compacts et plus agiles. Des véhicules que l'on peut garer sans stress dans une rue étroite de Marais ou de Montmartre.
Cette évolution culturelle s'accompagne d'une pression réglementaire croissante. Chaque tentative de régulation — péages urbains, zones à faibles émissions, restrictions de gabarit — provoque une polarisation immédiate du débat. Certains y voient une nécessité face à l'évolution du parc automobile urbain. D'autres dénoncent une discrimination sociale masquée, rappelant que le SUV s'est démocratisé bien au-delà des seuls ménages aisés. Les politiques antivoiture menées dans plusieurs grandes villes ont déjà démontré leurs limites et leurs effets non anticipés. Londres semble pourtant déterminée à avancer. Le règne sans partage des gros véhicules en milieu urbain apparaît aujourd'hui moins solide qu'il n'y paraissait.

Journaliste pour Grand Paris Metropole.