Grand Paris Sludge : jour 2 en direct
Le thermomètre frôlait les 32°C ce dimanche 24 mai 2026 à l'extérieur de L'Empreinte. À l'intérieur, la chaleur était d'une toute autre nature — celle des riffs écrasants et des basses qui compressent les poumons. Deuxième journée du Grand Paris Sludge, quatrième édition du festival, et confirmation que Garmonbozia et L'Empreinte ont définitivement trouvé leur formule : un plateau ciblé, un lieu à taille humaine, et une programmation qui ne fait aucune concession.
Cinq groupes, deux scènes : l'architecture d'une journée sans répit
Les portes ont ouvert plus tôt que prévu ce dimanche, geste pragmatique pour épargner aux premiers arrivants la fournaise du parvis. Le patio de L'Empreinte, qui donne sur un lac, offrait un semblant de fraîcheur entre deux sets — un luxe relatif compte tenu de ce que la programmation réservait. Les stands de merchandising des groupes affichaient une belle densité, et plusieurs autres exposants occupaient le hall. Ambiance studieuse, communauté soudée, quelques visages de plus que la veille.
La journée s'organisait sur deux scènes alternées — la grande salle pour les têtes d'affiche, le club pour une immersion plus compressée encore. Ce format, rodé depuis plusieurs éditions, crée une dynamique spécifique : jamais de temps mort, jamais de moment creux. Le public navigue, sue, revient. Les enfants du metal savent encaisser.
Voici les cinq groupes qui ont composé cette deuxième journée :
- Midhaven (Mumbai, Inde) — Sludge / Metal moderne / mélodies indiennes — vaste scène
- Conviction (France) — Doom — club
- Alta Rossa (Est de la France) — Violent & — Atmospheric Sludge — grande scène
- Verdun (Montpellier) — Doom Hardcore — club
- Truckfighters (Suède) — Stoner / Desert Rock — large scène
Midhaven ouvrait les hostilités sur la grande scène. Le groupe de Mumbai, repéré l'année précédente au Bataclan en première partie de Bloodywood, livrait ici une prestation qui dépassait largement le statut de simple découverte. Aditya Mohanan et Karan Kaul, les deux guitars-vocalistes, portent une musique difficile à classifier : du Sludge lourd sous-tendu par des arpèges et des mélodies directement issues de la tradition indienne. La batteuse Siddhi Shah et le bassiste Sidharth Mohan complétaient un quatuor d'une cohésion redoutable. Quelques minutes suffisaient pour comprendre que Midhaven n'est plus un pari, c'est une certitude.
L'avalanche doom et le contre-poids stoner : quand le club écrase et la grande salle libère
Direction le club pour Conviction. Olivier Verron, chanteur et guitariste, est le genre de frontman qu'on ne regarde pas sans une légère inquiétude — tant son investissement physique frôle la transe. Ses trois acolytes — Frédéric Patte-Brasseur, Vincent Buisson et Rachid « Teepee » Trabelsi — déroulaient une partition doom d'une lourdeur mélancolique assumée. Le set s'ouvrait et se concluait sur une version revisitée de War Pigs de Black Sabbath, encadrant un set aussi cohérent qu'oppressant. Une démonstration.
Alta Rossa prenait ensuite possession de la large scène. Le quintet de l'Est de la France revendique l'étiquette « Violent & Atmospheric Sludge » — et le premier adjectif n'est pas un argument marketing. Antoine au chant menait ses musiciens avec une intensité qui ne laissait aucune respiration au public. Onze morceaux en setlist, une technique irréprochable, et cette capacité rare à remplir l'espace sonore jusqu'à l'asphyxie. Alta Rossa compte parmi les projets qui avancent sans attendre les reports et les hésitations — ils construisent, set après set, une discographie solide.
Verdun, originaire de Montpellier, prenait le relais au club. David Sadok, le chanteur, possède cette qualité rare : hurler avec le sourire, comme si écraser le public était un plaisir sincère plutôt qu'une posture. Le Doom Hardcore du groupe n'offrait aucune échappatoire. Jay Pinelli, Florian Celdran et Geraud Jonquet formaient un mur rythmique que personne dans la salle ne tentait de contourner. Trois sets consécutifs de haute intensité — Conviction, Alta Rossa, Verdun — constituaient un enchaînement que peu de festivals oseraient programmer.
| Groupe | Origine | Style | Scène |
|---|---|---|---|
| Midhaven | Mumbai, Inde | Sludge / Metal indien | Grande scène |
| Conviction | France | Doom | Club |
| Alta Rossa | Est de la France | Atmospheric Sludge | Grande scène |
| Verdun | Montpellier | Doom Hardcore | Club |
| Truckfighters | Suède | Stoner / Desert Rock | Grande scène |

Truckfighters en tête d'affiche : vingt ans de stoner et une fosse en ébullition jusqu'au bout
Retour en large salle pour les Suédois de Truckfighters. Après trois performances doom, l'air semblait presque léger. Relatif — car Ozo (Oskar Cedermalm) à la basse et au chant, et Dango (Niklas Källgren) à la guitare, distillent un stoner-desert-rock qui porte ses propres tonnes. Vingt ans de carrière pour ce duo indéboulonnable, épaulé ce soir par Joel « Mr.Jolo » Alex à la batterie.
Dango mérite une mention particulière. Torse nu, short boxer, il enchaîne les kilomètres sur scène — littéralement : son mouvement perpétuel sur les planches est devenu une signature aussi reconnaissable que ses riffs. Ozo, plus statique, assurait la colonne vertébrale vocale et rythmique avec une fiabilité totale. La fosse, contrairement à certains concerts de fin de festival où la fatigue fait des ravages, n'a pas décroché une seconde. Le public est resté jusqu'au dernier accord — chose moins systématique la veille.
Ce dimanche 24 mai concluait donc la quatrième édition du Vaste Paris Sludge sur une note haute. Depuis son lancement, ce festival de la métropole du Grand Paris a su imposer une identité claire dans un calendrier metal déjà chargé : une sélection rigoureuse, des groupes émergents croisés avec des valeurs établies, et des artistes rares sur le circuit français. Le t-shirt collector de chaque édition, vendu à prix accessible, est devenu un marqueur communautaire à part entière.
Garmonbozia et L'Empreinte repartent avec un bilan net. La question se pose déjà : qui figurera sur l'affiche 2027 ? Un festival qui grandit sans se diluer, c'est suffisamment rare pour être signalé.
Harry est rédacteur en chef du média Grand Paris Metropole, où il supervise la ligne éditoriale et coordonne les équipes rédactionnelles. Journaliste expérimenté, il couvre les enjeux urbains, politiques et sociétaux du Grand Paris avec rigueur et curiosité.
Quarantenaire et papa de deux ados, il apporte un regard humain et ancré sur les sujets de famille, mobilité et vie locale, tout en veillant à l'impact concret des publications. Il vise à informer et à engager les lecteurs autour des transformations métropolitaines.