Grand Paris Aménagement nomme un délégué innovation
Le 11 septembre 2026, Grand Paris Aménagement annonçait une nomination qui mérite qu'on s'y arrête : celle de Michele Dominici au poste de directeur de l'innovation. Une décision stratégique, discrète en apparence, mais qui dit beaucoup sur la direction que l'établissement public veut donner à son action dans les années à venir.
Michele Dominici, un profil façonné par quatre villes
Avant de rejoindre Grand Paris Aménagement, Michele Dominici a construit un parcours atypique. Rome, New York, Rennes, Paris : quatre villes, quatre cultures de l'urbanisme, quatre façons de penser la ville. Ce n'est pas le profil du technocrate formaté dans une seule école de pensée. C'est quelqu'un qui a appris à lire la ville depuis plusieurs angles, ce qui, dans un contexte aussi complexe que le Grand Paris Métropole, n'est pas un détail.
Sa dernière mission connue avant cette nomination : un poste à la Solideo, la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques, créée en 2017 pour piloter les infrastructures des Jeux de Paris 2024. Travailler à la Solideo, c'est avoir géré des délais serrés, des budgets sous pression et des exigences de qualité publiques. C'est aussi avoir côtoyé des projets d'envergure nationale, avec tout ce que cela implique en matière de coordination entre acteurs publics et privés.
Ce bagage international et opérationnel explique sans doute pourquoi Grand Paris Aménagement l'a choisi. L'innovation en aménagement urbain ne se décrète pas depuis un bureau parisien : elle se nourrit d'expériences diverses, parfois rugueuses. Michele Dominici coche ces cases.
| Expérience | Ville / Structure | Apport central |
|---|---|---|
| Urbanisme international | Rome, New York | Culture plurielle de la fabrique urbaine |
| Aménagement territorial | Rennes, Paris | Connaissance des dynamiques françaises |
| Gestion de grands projets | Solideo (Paris 2024) | Coordination multi-acteurs sous contrainte |
Faire évoluer le métier d'aménageur : un chantier plus vaste qu'il n'y paraît
La mission confiée à Michele Dominici va au-delà d'un simple rôle de veille technologique. Accompagner l'évolution du métier d'aménageur : voilà ce que Grand Paris Aménagement lui demande explicitement. Et cette phrase, anodine en surface, recouvre en réalité un enjeu considérable.
Qu'est-ce qu'un aménageur aujourd'hui ? Pendant longtemps, la réponse tenait en quelques mots : un acteur qui achète du foncier, viabilise des terrains, crée des quartiers. Mais ce modèle, hérité des grandes décennies de construction d'après-guerre, se heurte désormais à des réalités nouvelles. La sobriété foncière s'impose comme une contrainte légale depuis la loi Climat et Résilience de 2021, qui fixe l'objectif de zéro artificialisation nette d'ici 2050. Le réemploi, la transformation de l'existant, la mixité des usages : autant de dimensions qui redessinentprofondément le cadre d'intervention des établissements publics d'aménagement.
Grand Paris Aménagement, qui gère aujourd'hui plus d'une centaine d'opérations sur l'ensemble du territoire francilien, ne peut pas rester figé dans ses pratiques. Les villes changent, les usages changent, et les familles qui y vivent aussi. Ceux qui élèvent leurs enfants à Clichy-sous-Bois ou à Massy ne demandent pas seulement des logements : ils veulent des quartiers pensés, des espaces publics habités, des services accessibles à pied ou en transport.
Les missions que devra orchestrer le nouveau directeur de l'innovation incluent surtout :
- Identifier et tester de nouveaux outils et méthodes pour concevoir les quartiers de demain
- Structurer une culture interne de l'innovation au sein des équipes de Grand Paris Aménagement
- Tisser des liens avec les écosystèmes de recherche, de start-up et d'expérimentation urbaine
- Anticiper les mutations réglementaires et techniques qui redéfinissent le cadre de l'aménagement

L'innovation au service des habitants, pas des organigrammes
Une nomination à ce niveau pose toujours la même question concrète : qui en bénéficiera vraiment ? Les communiqués institutionnels ont tendance à rester dans les hauteurs stratégiques, loin des préoccupations du quotidien. Mais l'innovation en aménagement, quand elle fonctionne, finit toujours par se matérialiser au niveau du sol : un espace vert mieux conçu, des transports mieux articulés avec les nouvelles contraintes de mobilité urbaine, des bâtiments plus adaptables, des quartiers capables d'évoluer avec leurs habitants.
C'est précisément là que réside l'enjeu de cette nomination. Grand Paris Aménagement n'est pas un acteur abstrait : ses projets façonnent le quotidien de centaines de milliers de personnes en Île-de-France. Confier l'innovation à quelqu'un qui a navigué entre quatre villes et piloté des chantiers olympiques, c'est parier sur une vision élargie, capable de dépasser les logiques purement technocratiques.
Michele Dominici prend ses fonctions à un moment charnière. Le Grand Paris continue de se construire, avec ses promesses et ses retards. Les grands projets de transport avancent, les ZAC se livrent progressivement, mais les défis liés au logement, à l'accessibilité et à la transition écologique restent entiers. L'innovation n'est pas un luxe supplémentaire dans ce contexte : c'est une nécessité opérationnelle, pour des établissements publics qui doivent faire mieux avec des moyens souvent stables, dans des délais que les habitants jugent déjà trop longs.
La vraie mesure du succès de cette nomination ne se lira pas dans un organigramme. Elle se mesurera dans deux ou trois ans, sur le terrain, dans la façon dont les projets de Grand Paris Aménagement auront su intégrer de nouvelles pratiques. Et ça, c'est un critère que tout le monde peut comprendre, qu'on soit décideur public ou parent qui attend un quartier à la hauteur de ses attentes.
Harry est rédacteur en chef du média Grand Paris Metropole, où il supervise la ligne éditoriale et coordonne les équipes rédactionnelles. Journaliste expérimenté, il couvre les enjeux urbains, politiques et sociétaux du Grand Paris avec rigueur et curiosité.
Quarantenaire et papa de deux ados, il apporte un regard humain et ancré sur les sujets de famille, mobilité et vie locale, tout en veillant à l'impact concret des publications. Il vise à informer et à engager les lecteurs autour des transformations métropolitaines.