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Féminisons les noms des rues : vers une reconnaissance des femmes dans l'espace public urbain

Romain 4 min de lecture

Féminisons les noms des rues : vers une reconnaissance des femmes dans l'espace public urbain

Depuis une vingtaine d'années, la Ville de Paris donne davantage de noms de femmes à ses rues, places, jardins et équipements. Le mouvement reste progressif, mais il change peu à peu la façon dont l'histoire de la capitale se lit sur ses plaques.

Un rééquilibrage de la toponymie parisienne

La féminisation des noms de rues vise à corriger un déséquilibre ancien. Pendant longtemps, les dénominations masculines ont très largement dominé l'espace public, laissant dans l'ombre la contribution des femmes à l'histoire, aux sciences, aux arts et à la vie politique.

Selon la Ville de Paris, les noms de femmes représentent environ 15 % des dénominations de l'espace public (voies, plaques, jardins, écoles, gymnases), contre environ 6 % au début des années 2000. Ce chiffre porte sur l'ensemble de l'espace public, et pas seulement sur les rues.

Sur la seule mandature 2020-2026, la Ville a attribué des noms de femmes à 57 voies publiques, 30 espaces verts et 37 équipements municipaux, et posé 47 plaques commémoratives. Une statue a également été consacrée à une femme. Les personnalités honorées viennent d'horizons variés :

  • Artistes et comédiennes
  • Scientifiques et chercheuses
  • Militantes et résistantes
  • Sportives
  • Femmes de lettres et intellectuelles

Des hommages variés à travers la ville

La féminisation de l'espace public ne se limite pas aux rues. Elle concerne aussi les places, les jardins, les écoles, les bibliothèques et les plaques commémoratives. La Ville renomme rarement une rue existante : elle procède le plus souvent à de nouvelles dénominations sur des lieux qui n'ont pas encore de nom.

Quelques exemples de la mandature : la place Juliette-Gréco (6e) et la promenade Gisèle-Halimi (7e) en 2021, le Théâtre de la Ville-Sarah-Bernhardt en 2023, le jardin Mélinée-Manouchian et l'école Cécile-Rol-Tanguy (20e) en 2024. En 2025 ont suivi la passerelle Bernadette-Lafont sur le canal Saint-Martin (10e), le parvis Alice-Milliat devant l'Adidas Arena (18e) et l'allée Françoise-d'Eaubonne (14e).

Les femmes de science ont fait l'objet d'une attention particulière. En février 2025, autour de la Journée internationale des femmes et des filles de science, la Ville a inauguré plusieurs lieux à leur nom, dont la place Marie-Louise-Dugès-Lachapelle et la cité Marthe-Condat.

Féminisons les noms des rues : vers une reconnaissance des femmes dans l'espace public urbain

Une carte interactive et des parcours pour redécouvrir Paris

La Ville propose une carte interactive qui recense 932 lieux, plaques et statues portant un nom de femme dans l'espace public parisien. On peut y filtrer les dénominations par catégorie : scientifiques, musiciennes, résistantes, etc.

En mars 2025, la Ville a aussi lancé les « Parcours Mémori.elles » : 17 itinéraires thématiques, un pour Paris Centre et un pour chaque arrondissement du 5e au 20e, qui font découvrir près de 200 femmes. Ils se consultent en ligne et peuvent se faire à pied ou à vélo.

Quelques exemples de parcours :

Parcours Exemples de personnalités
Les scientifiques (13e) Ada Lovelace
Les résistantes (17e) Sophie Scholl
Les féministes (14e) Simone de Beauvoir
Les étoiles (9e) Joséphine Baker
Les révolutionnaires (18e) Louise Michel, Rosa Luxemburg

La carte et les parcours sont accessibles depuis la page « Féminisons les noms des rues » du site de la Ville de Paris.

Vers une ville plus inclusive

La féminisation des noms de rues s'inscrit dans une démarche de reconnaissance qui dépasse la seule question de la toponymie. Elle contribue à une mémoire collective plus équilibrée et plus représentative de la société.

Elle invite aussi à réfléchir à la place des femmes dans l'histoire et dans le présent. En rendant ces figures visibles dans le quotidien des habitants, elle fait connaître des parcours souvent oubliés.

Avec 15 % de noms féminins, le chemin vers la parité reste long. Les nouvelles dénominations, votées au Conseil de Paris, continueront de faire évoluer la carte de la capitale, et chacun peut porter un regard neuf sur les noms des lieux qu'il fréquente.

Romain

Romain

Romain a rejoint l'équipe en 2024 et apporte un regard frais sur les questions urbaines. À 25 ans, il se spécialise dans les tendances de la ville, la mobilité et le design urbain. Ses articles mêlent analyses concrètes et conseils pratiques pour aider les citadins à mieux vivre leur quotidien.