La cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024 a marqué les esprits avec un tableau intitulé « Sororité » mettant en lumière dix femmes illustres de l’histoire française. Ces statues monumentales, initialement apparues au pied du pont Alexandre-III, ont ensuite trouvé leur place définitive rue de la Chapelle dans le 18e arrondissement. Ce projet artistique s’inscrit dans une démarche plus large de reconnaissance des contributions féminines souvent occultées par l’histoire.
Le parcours des dix femmes illustres: un héritage olympique pérenne
Ces dix sculptures dorées, représentant des pionnières dans divers domaines, ornent désormais la rue de la Chapelle, totalement réaménagée à l’occasion des Jeux. Cette artère, transformée en promenade urbaine, bénéficie maintenant d’aménagements dignes des grandes avenues parisiennes avec des pistes cyclables, des espaces végétalisés et un éclairage public modernisé.
Mesurant près de 4 mètres de hauteur, ces statues en résine polymère renforcée de fibre de verre constituent un symbole fort de l’héritage des premiers Jeux paritaires de l’histoire olympique. Cette installation s’inscrit dans la politique volontariste menée par la Ville de Paris pour renforcer la représentation féminine dans l’espace public.
Ironie de l’histoire, c’est justement à Paris, en 1900, que les femmes ont pu participer pour la première fois aux Jeux olympiques. Plus d’un siècle plus tard, ces sculptures rappellent le chemin parcouru vers l’égalité, tout en honorant celles qui ont ouvert la voie.
| Nom | Période | Domaine |
|---|---|---|
| Olympe de Gouges | 1748-1793 | Politique et littérature |
| Alice Milliat | 1884-1957 | Sport |
| Simone Veil | 1927-2017 | Politique et droit |
| Gisèle Halimi | 1927-2020 | Droit et féminisme |
| Louise Michel | 1830-1905 | Politique et éducation |
Des parcours exceptionnels qui ont façonné l’histoire française
Parmi ces femmes d’exception figure Olympe de Gouges (1748-1793), auteure de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » qui proclamait dès 1791 que « la femme naît libre et demeure égale en droits à l’homme ». Son engagement contre l’esclavage et pour les droits des femmes lui coûta la vie sous la Terreur.
L’esprit de résilience et de persévérance incarné par ces femmes se retrouve également chez Alice Milliat (1884-1957), véritable pionnière du sport féminin qui, face au refus du Comité International Olympique d’intégrer les femmes dans les épreuves d’athlétisme, créa en 1921 la Fédération sportive féminine internationale et organisa ses propres « Jeux Olympiques Féminins » dès 1922.
Née au début du XXe siècle, Simone de Beauvoir (1908-1986) a marqué l’histoire intellectuelle avec son essai « Le Deuxième Sexe » paru en 1949, fondement théorique majeur du féminisme contemporain. Sa phrase célèbre « On ne naît pas femme, on le devient » continue d’inspirer les réflexions sur le genre et la condition féminine.
D’autres figures emblématiques complètent ce panthéon féminin:
- Jeanne Barret (1740-1807) – Première femme à avoir fait le tour du monde, déguisée en homme
- Christine de Pizan (1364-1431) – Première femme de lettres à vivre de sa plume
- Paulette Nardal (1896-1985) – Pionnière du mouvement de la Négritude
- Alice Guy (1873-1968) – Première réalisatrice de l’histoire du cinéma
- Louise Michel (1830-1905) – Figure de la Commune de Paris
Un hommage artistique au féminisme dans l’espace public parisien
L’installation de ces statues à la Porte de la Chapelle représente bien plus qu’un simple ornement urbain. Elle symbolise la transformation profonde de ce quartier du nord parisien qui a accueilli l’Arena Porte de la Chapelle, équipement sportif de 8 000 places ayant hébergé plusieurs épreuves olympiques et paralympiques.
Ce parcours mémoriel, visible par tous, offre aux Parisiens et visiteurs l’opportunité de redécouvrir ces destins exceptionnels souvent méconnus. En plaçant ces femmes illustres au cœur de l’espace public, Paris affirme sa volonté de rééquilibrer la représentation genrée dans la mémoire collective.
Le directeur artistique des cérémonies olympiques, Thomas Jolly, avait justement conçu ce tableau « Sororité » pour souligner combien « leur apport au monde, parfois méconnu, souvent atténué ou injustement omis » méritait d’être célébré. Cette vision se concrétise désormais de façon permanente dans les rues de la capitale.
En faisant dialoguer l’héritage olympique avec la mémoire féministe, Paris inscrit durablement dans son paysage urbain ces dix femmes qui, chacune à leur manière, ont contribué à façonner l’histoire française et à faire progresser la cause des femmes à travers les siècles.



