Au cœur de la saison théâtrale parisienne, Emmanuel Demarcy-Mota propose sa vision du Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt. Cette création, visible du 28 janvier au 20 février 2026, plonge les spectateurs dans un récit millénaire qui questionne la notion de bonté véritable face à un monde traversé par la violence et le mensonge. Le metteur en scène a attendu près de quinze ans avant de s’emparer de ce texte, cherchant le moment idéal pour lui donner vie sur scène.
Une fable ancestrale revisitée sur la scène parisienne
L’origine de cette histoire remonte au XIIIe siècle avec une pièce chinoise attribuée à Li Hsing-Tao. Le principe narratif traverse les époques et les cultures, du Jugement de Salomon jusqu’à Goethe. Brecht découvre ce récit dans les années 1920-1930 et achève sa version en 1944 depuis son exil américain. L’intrigue met en scène deux femmes se disputant un enfant selon une épreuve emblématique : placé au centre d’un cercle tracé à la craie, le petit garçon donne la main aux deux prétendantes.
Celle qui parviendra à l’arracher du cercle sera désignée comme la mère légitime. Mais la vraie mère, refusant de voir l’enfant souffrir, préfère renoncer plutôt que d’exercer la force. Cette renonciation devient la preuve même de son amour maternel. Dans l’adaptation proposée, une servante nommée Groucha sauve Michel, le fils du gouverneur assassiné, alors que sa mère biologique privilégie ses robes et bijoux à la vie de son propre enfant.
Un spectacle qui conjugue ambition et quelques maladresses
La distribution réunit seize comédiens talentueux dont Élodie Bouchez, Marie-France Alvarez et Valérie Dashwood. Emmanuel Demarcy-Mota réutilise certains éléments scénographiques créés en 2023 pour Le songe d’une nuit d’été, notamment de grands arbres qui structurent l’espace. Cette réouverture du Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt avait marqué les esprits, et ce lieu accueille à nouveau une œuvre brechtienne, comme en 1955 lors du festival international d’Art Dramatique devenu Théâtre des Nations.
Malgré la qualité indéniable du jeu, certains choix artistiques fragilisent l’immersion spectatorielle. Les principales réserves concernent :
- Des maquillages et masques évoquant du latex teint mal ajusté
- Une conception lumière qui dissimule régulièrement visages et décors
- Des zones d’ombre qui perturbent la lecture scénique
Ces imperfections techniques ramènent le spectateur à la réalité matérielle du théâtre, alors que l’univers fictif devrait l’emporter totalement. Répétées tout au long des deux heures et dix minutes, ces défaillances lumineuses nuisent à la puissance dramatique du propos.
Les informations pratiques pour votre venue
| Jour | Horaire |
|---|---|
| Du mardi au samedi | 20h30 |
| Dimanche 8 février | 15h00 |
Le Théâtre de la Ville se situe au 2, place du Châtelet dans le 4e arrondissement. Les réservations s’effectuent au 01 42 74 22 77 ou directement sur theatredelaville-paris.com. La scénographie de Natacha Le Guen de Kerneizon, les costumes de Fanny Brouste et la musique originale d’Arman Méliès constituent les piliers artistiques de cette production qui interroge notre rapport à la vérité. Comment l’héroïsme authentique peut-il exister sans grandiloquence, simplement par la capacité à penser à l’autre avant soi-même ? Cette question traverse chaque scène de ce classique brechtien qui résonne encore aujourd’hui dans notre capitale.



