Près de 7 millions d'habitants, trois départements supprimés et des communes remplacées par 40 districts : le projet de « Ville du Grand Paris » présenté par Clément Beaune, haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, a fait réagir toute l'Île-de-France. Publiée le 4 juin 2026 sous le titre « Du périph' à la métropole : construire la "Ville du Grand Paris" », cette note propose de fondre Paris, les communes de la petite couronne, les trois départements qui les entourent et la Métropole du Grand Paris (MGP), créée en 2016, dans une collectivité unique. L'accueil des élus a oscillé entre scepticisme et franche hostilité. Plusieurs mois après sa publication, la note reste une proposition, sans traduction législative à ce stade.
Un projet qui redessine la carte francilienne
Sur le papier, l'ambition est considérable. La « Ville du Grand Paris » réunirait Paris et les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, soit environ 6,9 millions d'habitants selon la note. Les départements et les communes de la petite couronne seraient remplacés par une quarantaine de districts chargés des compétences de proximité. La note précise que les noms et la carte de ces districts sont indicatifs. Un Conseil du Grand Paris serait élu au suffrage universel direct et désignerait un maire du Grand Paris. La Région conserverait les grands enjeux stratégiques et le périmètre de la préfecture de police ne changerait pas.
Clément Beaune présente ce texte comme « une boîte à outils » plutôt que comme un projet clé en main. Il plaide pour que le sujet soit préparé et débattu avant les échéances nationales de 2027.
La note s'inscrit dans un contexte déjà chargé. En février 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé un texte spécifique sur la simplification du « millefeuille » de la métropole du Grand Paris, à présenter après consultation. Le 3 mars 2026, il a confié au préfet de la région Île-de-France, Marc Guillaume, une mission de concertation sur l'avenir institutionnel de la métropole, avec deux scénarios plus graduels : supprimer les établissements publics territoriaux (EPT) au profit d'une MGP renforcée, ou transformer les EPT en intercommunalités à fiscalité propre, la MGP s'effaçant alors. La proposition du Haut-commissariat va bien au-delà de ces deux options.
Fusionner deux communes voisines est déjà une démarche longue. Alors, réunir Paris et plus de 120 communes ? La Région Île-de-France a jugé le projet « utopique, irréaliste » et estimé qu'il retenait un « mauvais périmètre ». Elle reproche à la note de laisser de côté toute la grande couronne, et donc des pôles comme Saclay, Roissy, Cergy ou Versailles.
Positions des élus face au projet de « Ville du Grand Paris » (juin 2026)
| Élu | Fonction | Position |
|---|---|---|
| Geoffroy Boulard | Maire du 17e arr. de Paris, vice-président de la MGP | Favorable à une réforme ambitieuse, mais concertée |
| Jean-Christophe Fromantin | Maire de Neuilly-sur-Seine | Pour rationaliser, contre la suppression des communes |
| Stéphane Troussel | Président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis | Débat nécessaire, mais pas « en catimini » |
| David Belliard | Maire du 11e arr. de Paris | Contre l'absence de concertation, favorable à terme à un maire du Grand Paris |
| Jean-Pierre Lecoq | Maire du 6e arr. de Paris | Critique sévère, qualifie les propositions de « débilitantes » |
Entre soutiens prudents et oppositions franches
Rares sont ceux qui ont défendu ouvertement la proposition. Parmi les élus, quelques voix reconnaissent l'intérêt de simplifier les strates administratives, à condition de respecter certaines lignes rouges.
Geoffroy Boulard, maire du 17e arrondissement de Paris et vice-président de la MGP, a résumé cette position sur X : « Oui à une réforme ambitieuse du Grand Paris. Mais avec les maires, pas contre eux. Avec un chiffrage sérieux, pas une note de think tank. » Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine, partage cette logique : il est favorable à la fusion des intercommunalités et des départements, mais considère que les communes restent l'échelon de proximité à conserver.
Du côté des opposants, le ton est plus vif. David Belliard, maire écologiste du 11e arrondissement de Paris, dénonce l'absence de concertation avec les élus locaux et les institutions concernées. Il rappelle qu'Emmanuel Grégoire avait évoqué, pendant la campagne municipale parisienne de début 2026, la perspective d'un « maire du Grand Paris ». Belliard y est favorable sur le principe, mais insiste : « Les gens veulent de la proximité et ne souhaitent surtout pas voir sauter les échelons municipaux. »
Jean-Pierre Lecoq, maire LR du 6e arrondissement, va plus loin. Il soulève une question pratique : comment associer un arrondissement parisien, sans personnalité morale, à une commune de plein exercice ? Il cite les tentatives de rapprochement avortées entre Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux, ou entre Saint-Denis et Pierrefitte. « On se retrouverait avec des arrondissements de 250 000 à 300 000 habitants. C'est impensable. »

Méthode contestée et suites du débat
Le reproche le plus fréquent porte moins sur le contenu que sur la méthode. Stéphane Troussel, président socialiste du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, reconnaît la nécessité d'ouvrir le débat sur la réorganisation métropolitaine, mais demande qu'il se tienne « devant les habitants » et non « en catimini ». Plusieurs élus ont aussi soupçonné Clément Beaune de vouloir « revenir dans le jeu » grâce à cette note.
Depuis juin, le débat s'est poursuivi sans décision. Fin août 2026, Clément Beaune a de nouveau défendu l'idée d'une ville unique du Grand Paris devant le Medef Île-de-France, lors de la Rencontre des entrepreneurs de France. Le président du Medef des Hauts-de-Seine, Pierre Brajeux, a répondu en redoutant « une nouvelle usine à gaz législative ». D'autres pistes circulent en parallèle, comme la transformation de la MGP en syndicat mixte limité à quelques compétences. Le gouvernement n'a pas annoncé, à ce jour, quel scénario il retiendrait.
Les défis concrets restent entiers. La ligne 15 Sud du Grand Paris Express, dont l'ouverture a été repoussée à l'automne 2027, montre déjà la difficulté de coordonner des projets à cette échelle. Réformer en même temps la gouvernance de ces territoires est un pari risqué. Pour analyser les enjeux de la métropole du Grand Paris dans sa globalité, les chantiers ne manquent pas, avant même d'envisager une nouvelle architecture institutionnelle.
Les habitants de la petite couronne attendent surtout des réponses sur le logement, les transports et les services publics. Le débat institutionnel a sa place, mais il ne peut pas faire oublier ces priorités quotidiennes.
Ce que propose la note du Haut-commissariat :
- Suppression des départements 92, 93 et 94
- Disparition de la MGP, créée en 2016
- Remplacement des communes de petite couronne par une quarantaine de districts
- Élection directe d'un Conseil et d'un maire du Grand Paris
- Grande couronne exclue du périmètre
Les villes citées
Leurs fiches : logement, transports et quotidien, avec les chiffres et leurs sources.