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Villages Nature : pierre et vert

La nouvelle destination touristique de Marne-la-Vallée, concoctée par Disney et Pierre & Vacances, compte les jours avant son ouverture. Ses initiateurs souhaitent en faire un nouveau modèle de parc de loisirs mixant imaginaire, développement durable et retour à la nature. Sans oublier une petite touche d’immobilier.

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Villages Nature : Les Jardins suspendus et la Promenade du lac. Crédit : T. Huau/Interscène ; Jean de Gastines Architectes ; Kreaction

À partir de juillet 2017, le petit village de Villeneuve-le-Comte (Seine-et-Marne) – ses 1800 âmes et son église du 13e siècle – accueillera sur deux tiers de son territoire des centaines de milliers de touristes. Ils ne viendront pas pour son obélisque que l’alchimiste Fulcanelli considérait comme annonciateur de la destruction du monde par l’eau et le feu, ils ne viendront pas non plus pour rendre hommage à l’artiste Germaine Lacaze qui vécut là une grande partie de sa vie, ils viendront pour se baigner dans une eau chauffée à 30 °C, se promener à dos de poney ou s’essayer à la traite des vaches. Ils viendront par le RER, le TGV ou en voiture, de l’Île-de-France, de France et d’Europe. Ils viendront à Villages Nature. 500 000 sont attendus par an.

Deux géants du tourisme s’associent

Si Villages Nature s’implante à Villeneuve-le-Comte, c’est surtout à Val d’Europe qu’on le situe. Val d’Europe : une agglomération passée de 5 000 à 30 000 habitants en 20 ans, une nouvelle aire urbaine au sein de Marne-la-Vallée développée par Euro Disney, un territoire dont la force de frappe est le tourisme (la moitié des 30 000 emplois sont des emplois Disney). Villages Nature vient renforcer l’offre créée par les parcs Disney. D’ailleurs, c’est bien Disney qui est à la manœuvre, avec Pierre & Vacances. Le projet démarre en 2001. Disney construit alors son deuxième parc à thème tandis que Pierre & Vacances est en train d’acquérir Center Parcs, la marque néerlandaise de villages de vacances. Les deux géants du tourisme s’associent. Au moment où l’environnement est en train de devenir un sujet majeur, ils élaborent l’idée que leur nouvelle destination touristique doit être guidée par le développement durable.

En 2003, ils créent une société commune : Les Villages Nature de Val d’Europe SARL. En 2004, ils chargent l’entreprise Bioregional et son programme One Planet Living d’élaborer une méthodologie pour leur projet. Un Plan d’Action Durable est ensuite mis au point « pour réduire au maximum l’empreinte écologique et assurer un équilibre social et territorial ». Arrive 2007 et la signature d’un protocole d’accord avec l’État. De nombreuses études de faisabilité ont déjà été réalisées, mais il en faut de nouvelles et la société Villages Nature se donne encore deux ans pour prendre sa décision définitive. En 2010, la convention signée en 1987 entre Disney et ses partenaires publics pour le développement de Val d’Europe est redéfinie : Disney poursuivra sa tache jusqu’en 2030. Un avenant à cette convention y inclut Villages Nature qui devient la même année projet d’intérêt général. La messe est dite, ou à peu près. Car commence un marathon administratif et réglementaire.

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Val d’Europe en 1998

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Val d’Europe en 2001

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Val d’Europe en 2012. Crédits : Éric Morency / EPAMARNE

Pas de ZAD

Sept enquêtes publiques sont ensuite menées sur le projet, six avis de la Haute autorité environnementale sont émis ainsi qu’un avis du Conseil national de la protection de la nature. Tous sont favorables. Un débat public est conduit en 2011 au terme duquel les deux maîtres d’ouvrage, la société Villages Nature et l’EPA France, l’aménageur public, décident de la poursuite du projet. Aucun recours n’est porté. Les initiateurs du projet se targuent d’ailleurs de ne voir aucun de leurs panneaux de permis de construire tagués, comme c’est si souvent le cas sur des projets de cette envergure. Pourtant Villages Nature vient bel et bien s’implanter sur 180 hectares de terres agricoles et d’espaces forestiers. À l’heure du psychodrame national de Notre-Dame-des-Landes, alors que monte la contestation à Saclay sur le tracé de la ligne 18 du Grand Paris Express ou à Gonesse contre le projet Europa City d’Immochan, comment ce projet privé a-t-il pu ainsi passer entre les gouttes ?

Du côté des opposants classiques d’abord, les élus EELV du Conseil régional ont été rapidement isolés sur le sujet, et les associations environnementales telles que Nature Environnement 77 ou R.E.N.A.R.D ont vite baisser les bras devant le peu d’engouement des populations locales à suivre leur contestation. Il faut dire que Val d’Europe n’est pas Notre-Dame-des-Landes : son essor démographique témoigne d’une population qui s’est installée récemment et qui n’est pas forcément encline à défendre son territoire. Quant aux élus locaux, ils se sont rangés très tôt derrière le projet, leur regard sans doute porté vers les 1 000 emplois directs et les 1 700 emplois indirects promis ainsi que sur les 3,5 M€ de retombées fiscales. Du côté de Villages Nature, on met en avant les 300 réunions publiques qui se sont tenues pour expliquer le projet. On évoque surtout la cohérence de l’aménagement, basé sur le « génie du lieu ». Au contraire d’Europa City que certains chez Villages Nature décrivent comme « un OVNI », leur projet n’est pas hors-sol.

Le plus vertueux possible

Un site sans voiture, tendant vers le zéro carbone et le zéro déchet, un projet soutenu par WWF International et retenu par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) en 2013 pour intégrer le Partenariat mondial pour le tourisme durable. Même si les associations environnementales dénoncent une artificialisation des terres et un grignotage de plus de l’agriculture francilienne, elles n’ont pas non plus grand-chose à se mettre sous la dent. Villages Nature a mis le paquet pour être le plus vert(ueux) possible. Y compris sur son chantier, démarré en 2014. S’il défriche, il compense : 25 hectares de boisements plantés pour 10 hectares défrichés. S’il creuse d’immenses bassins pour les remplir d’eau, il assure une gestion des eaux pluviales ainsi qu’une dépollution des eaux de piscine par phytoremédiation. S’il excave près d’1 million de m3 de terres, il s’en sert. « Aucune terre n’est sortie, assure Thierry Huau, paysagiste et codirecteur artistique du site. Toutes les terres sont dans un équilibre déblai-remblai. » Et s’il monte 15 grues sur ce chantier, il envoie des signaux sonores pour éviter que les oiseaux ne se blessent. La biodiversité du site est d’ailleurs un souci prégnant que les associations environnementales ont souligné lors du débat public. Mais Laurent Tosello, directeur exécutif du projet, ose : « En matière de biodiversité, nous voulons faire comme si Villages Nature n’existait pas. »

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Le chantier de l’Aqualagon en septembre 2016. Crédit : Villages Nature

Ce qui existe en revanche, ce qui a concouru plus que tout à la mise en œuvre de ce parc de loisirs, ce qui crée ce que l’on appelle chez Villages Nature « le génie du lieu », c’est la géothermie. À 1 800 m sous terre, il y a le Dogger, une eau chaude datant du jurassique moyen. « Des études menées avec Cofely Réseaux nous ont montré la faisabilité d’un forage puisant une eau à 76 °C avec un débit suffisant pour nous permettre de couvrir nos besoins en termes de chauffage, d’eau chaude sanitaire, et d’eaux de baignade », explique Laurent Tosello. Villages Nature a donc creusé et constitué un réseau de chaleur de 18 km. Il sortira même du parc pour rejoindre ceux de Disney, les « verdir » à 40 % et en faire profiter une partie de Val d’Europe. Coût : 41 M€, avec un investissement de 4,5 M€ du Conseil régional et un abondement du fonds chaleur de l’Ademe de 9,5 M€. Économie : 9 000 tonnes eq CO2 par an. Et comme la géothermie ne couvrira pas à 100 % les besoins en énergie du site, Villages Nature souhaite compléter son mix énergétique avec une unité de biométhanisation.

Joies simples, effet Waouh

Si Villages Nature se démène autant sur la question écologique, c’est parce qu’elle est au cœur même de son projet. Son directeur général, Dominique Cocquet, n’y va pas de main morte : « Villages Nature s’appuie sur l’expérience du tourisme de proximité de Center Parcs et l’art de la narration de Disney pour créer, non pas un produit, mais une expérience pour le visiteur. Notre fil conducteur est la recherche de l’harmonie entre l’homme et la nature, la célébration du vivant, des joies simples et des émotions raffinées. » Concrètement, cela veut dire quoi ? Un site de 259 ha dont 16 ha d’espaces récréatifs. Des sentiers pédestres et équestres. Une ferme pédagogique et interactive. Une forêt sportive. Des jardins suspendus. Une île « enchantée ». Des jardins « extraordinaires » aux multiples essences végétales. Un lac.

Et, last but not least, l’Aqualagon. Un équipement dessiné par l’architecte Jacques Ferrier qui doit assurer au site le fameux « effet Waouh » que recherche tous les créateurs de destinations touristiques. Culminant à 28 m de haut, son investissement a grevé le budget de 100 M€. Mais ses promoteurs le savent : les visiteurs viendront avant tout pour se baigner dans son eau à 31 °C, été comme hiver, puisque l’Aqualagon sera doté d’un bassin extérieur de 3 000 m2 et d’un bassin intérieur de 1 800 m2. Soit une des plus grandes piscines d’Europe capable d’accueillir près de 2 000 nageurs. Ce sont d’ailleurs les procédés constructifs complexes de cet équipement qui ont retardé le chantier et repoussé d’un an l’ouverture du parc.

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L’Aqualagon de nuit. Crédit : Jacques Ferrier Architectures (JFA)

Un projet immobilier aussi

Une destination éco-touristique, donc. « Ni safari, ni Normandie, comme le dit Dominique Cocquet. Plutôt une construction humaine qui cherche à rejoindre la nature. » Certes, mais qui cherche aussi à rejoindre le profit. Chez Pierre & Vacances, il n’y a pas que les vacances, il y a aussi la pierre. Villages Nature est tout autant un projet immobilier. 10 500 m2 de boutiques et restaurants et 916 hébergements décrits comme des cottages qui proposeront 5 000 lits à l’ouverture du parc. Trois gammes de logements aux prix s’étalant de 230 000 € à 450 000 € et aux surfaces comprises entre 37 m2 et 75 m2. De l’investissement patrimonial qui permet aux propriétaires de défiscaliser grâce au régime Censi-Bouvard ou au statut de loueur en meublé non professionnel. Le modèle est celui de Pierre & Vacances : les propriétaires ont une valeur d’usage sur quelques semaines par an et relouent, le reste du temps, leur bien au promoteur pour un loyer équivalent à 4 % de leur investissement hors taxe, avec un bail de dix ans ferme. Reste que le prix de vente est assez élevé, autour de 5 200 € du m2, et que le modèle de Pierre & Vacances ne fait pas que des heureux : on ne compte plus sur les forums du web le nombre de mécontents à avoir vu leur loyer brutalement baisser à l’expiration du premier bail. Villages Nature compte pourtant sur un taux d’occupation de 85 %. Et les 916 hébergements pourraient devenir 2 300, voire 4 500 à plus long terme.

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Email commercial de Villages Nature.

Armature touristique du Grand Paris

En juillet 2017, s’ouvrira donc la première tranche de la première phase de Villages Nature, pour un investissement global de 360 M€. Une seconde tranche est d’ores et déjà actée pour 2018-2019 (140 M€) et, si tout se passe bien pour ses promoteurs, le site se développera sur 180 hectares de plus en 2023. De quoi porter l’immense pôle touristique de Marne-la-Vallée à 2 230 hectares et augmenter encore le nombre de visiteurs des parcs Disney (15 millions en 2015). Le géant américain espère bien que les touristes de Villages Nature feront la navette entre les deux, tout en voyant dans cette nouvelle offre une manière aussi de ne plus regarder Val d’Europe uniquement comme un territoire Mickey. Dans nos colonnes l’an passé, Francis Borézée, vice-président Développement immobilier et touristique d’Euro Disney, nous expliquait ainsi que Val d’Europe devait « constituer une armature urbaine entre la métropole du Grand Paris et des villes moyennes comme Meaux ou même Reims. » Armature que souhaite aussi le Premier ministre Manuel Valls lorsque, lors de la cérémonie de pose de la première pierre de Villages Nature, il déclare : « Le Grand Paris n’a pas de sens s’il n’y a pas de projet ambitieux pour la grande couronne. »

Subsiste un point noir : la desserte. De la station RER de Val d’Europe, un réseau de bus a été mis en place depuis deux ans qui rejoint le parc en 11 minutes. Mais les aménagements routiers sur lesquels s’est engagé l’État en 2010 pour un montant de 60 M€ trainent. En 2017, Villeneuve-le-Comte – son église et ses 1 800 âmes – pourrait bien connaître quelques bouchons sur les routes.

2014 05 20 - Board Plan MAsse HD VN

Plan d’ensemble du site Villages Nature.

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