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Une « Boucle de Seine » lance le meccano des territoires du Grand Paris

Douze maires des Hauts-de-Seine et un du Val d’Oise ont signé les statuts d’une association visant à promouvoir la création d’un vaste Etablissement public territorial au nord-ouest de Paris. Inaugurant un cycle de négociations entre communes de petite couronne pour former les futurs territoires de la Métropole du Grand Paris.

Conférence de presse Grande Boucle de Seine

Conférence de presse des maires de  « Grande Boucle de Seine », le vendredi 20 mars 2015, à Rueil (92).

Pour l’instant, ce n’est qu’une association de communes, présidée par le maire UMP de Suresnes, Christian Dupuy, mais l’objectif est bien d’en faire l’un des nouveaux territoires de la Métropole du Grand Paris, prévus par la loi MAPTAM. Il s’appellerait « Grand Boucle de Seine » et pèserait 900 000 habitants (932 862, pour être précis). Un record. Coincé entre les intercommunalités « historiques » que sont GPSO au sud et Plaine Commune au nord, il s’étendrait de Rueil-Malmaison à Villeneuve-la-Garenne et concernerait quinze communes, dont treize sont aujourd’hui officiellement adhérentes (voir encadré plus bas). Un mastodonte qui pèsera lourd dans les logiques territoriales de la Métropole.

Un plancher, pas de plafond

« Notre volonté n’est pas de créer un territoire qui montrerait ses muscles face aux autres territoires, intervient le maire communiste de Gennevilliers Patrice Leclerc, mais un territoire qui a une cohérence, qui joue la carte de la Métropole et veut contribuer à son rayonnement. » Patrick Ollier, le maire UMP de Rueil, prévient, lui, d’entrée : « J’ai posé la question en Commision des lois à la ministre, Madame Lebranchu : Y a-t-il quelque chose dans la loi qui pourrait s’opposer à un territoire d’un million d’habitants ? » Sa réponse ? «  Si on trouve un certain nombre de communes qui veulent s’agglomérer jusqu’à un million d’habitants, je n’ai absolument rien à leur opposer. » Il existe bien un plancher à respecter pour la création des territoires métropolitains, il est de 300 000 habitants, mais pas de plafond donc. Patrick Ollier a tout de même pris soin de consulter certaines personnalités politiques, comme Anne Hidalgo et Patrick Braouezec, la maire de Paris, forte d’un territoire acquis de deux millions d’habitants, et le président de Plaine Commune, la plus importante intercommunalité de petite couronne avec 411 000 habitants.

«Ni l’un ni l’autre n’y ont vu d’inconvénient. » Patrick Braouezec a juste un peu râlé, « parce qu’il aimerait constituer un territoire de cette taille, mais il n’a peut-être pas le projet pour le faire. »

« Il faut nommer le territoire qui comprend La Défense »

À l’ouest, on l’a ce projet. Articulé en plusieurs logiques : géographique, économique et sociale. Géographique, d’abord. Puisque la loi prévoit que les communes rassemblées doivent l’être dans une continuité géographique, l’agglomération s’est faite assez naturellement. Alain-Bernard Boulanger, maire UMP de Villeneuve-la-Garenne, la plus petite des communes concernées, note même que « dés 2008, l’élaboration du SDRIF en faisait un territoire pertinent. » Il faut dire que cet ensemble est, à peu de choses près, lové dans la vaste boucle de la Seine qui délimite à l’ouest la frontière des Hauts-de-Seine.

Carte Grande Boucle de Seine

En rose, le territoire en devenir.

Economique, ensuite. Deux véritables poumons irriguent ce territoire : La Défense en son cœur, Gennevilliers plus au nord. La Défense, surtout, constitue un enjeu majeur. La question fiscale qui sème la zizanie chez les co-créateurs de la Métropole que sont l’Etat et les élus locaux n’est pas encore tranchée, mais on imagine bien l’importance que revêtirait le quartier d’affaires pour cette « Grande Boucle de Seine ». Pour Patrice Leclerc, « il irrigue de plus en plus les communes mitoyennes » et Yves Revillon, maire UMP de Bois-Colombes, « a toujours à l’esprit la notion d’une Grande Défense » qui s’échapperait vers le nord pour entrer en liaison directe avec Roissy. Le maire PC de Nanterre, Patrick Jarry, par ailleurs président de l’EPADESA, y voit un enjeu stratégique pour La Défense car « il serait redoutable pour la métropole qu’elle s’isole en se coupant des villes populaires. Il faut nommer le territoire qui comprend La Défense. »

Social, enfin, ou solidaire. Le risque était grand, en effet, de reléguer entre elles les communes les plus pauvres, au nord, ainsi qu’il en fut question un moment au sein d’une « Boucle Nord » et d’assembler les plus riches. Les quinze villes qui le constitueraient connaissent des écarts extrêmes : le revenu net par foyer fiscal était de 90 554 € à Neuilly-sur-Seine en 2010 contre 17 391 € à Gennevilliers, tandis que, pour la même ville, le taux de chômage grimpait à 17% en 2010 contre 7,4% à Rueil. Maire UMP de Colombes, Nicole Goueta voit même dans cette solidarité territoriale « une garantie d’indépendance ».

Neuilly-Argenteuil-Puteaux

En formant une association, les treize villes signataires font un premier pas vers la constitution de cet Etablissement public territorial. Elles n’ont pas encore entraîné Puteaux et Neuilly-sur-Seine dans leur sillage. Neuilly a encore des résistances, Puteaux mûrit la chose. « J’ai mis trois ans à faire une interco avec Puteaux », souligne Jacques Kossowski, maire UMP de Courbevoie. Sous-entendu : ils y viendront, mais ils mettront le temps. D’ailleurs Patrick Ollier « croit en la force irréversible des choses », alors…

Alors, on voit mal Neuilly et Puteaux faire autrement. Il suffit de regarder une carte. À moins que les deux villes ne décident de se dissoudre pour rejoindre Paris, la logique géographique de la loi les oblige à rejoindre « Grande Boucle de Seine ».

Argenteuil, ville du val d’Oise, a, elle, cassé une logique qui tend à créer les intercommunalités au sein des départements. Ayant décidé de rejoindre la Métropole du Grand Paris dés juillet 2014 (en tant que ville limitrophe), sa municipalité vient ajouter au futur territoire plus de 100 000 habitants, d’importantes capacités foncières et une mixité économique par sa programmation industrielle. Elle a automatiquement dissous l’agglomération qu’elle formait avec Bezons, par ailleurs opposée à la Métropole. Avec la disparition programmée des départements, c’est une nouvelle logique qui entre en œuvre, dont Argenteuil est l’illustration. La ville va-t-elle raccrocher le Val d’Oise à la dynamique métropolitaine ou s’en extraire définitivement ?

Tâche d’huile ?

Comment vont réagir les autres territoires potentiels à ce nouvel ensemble ? La tendance pourrait être à l’aggrandissement de certains d’entre eux, comme Est Ensemble, GPSO ou Plaine Commune ou à un rapprochement élargi du côté des communes qui ne se sont pas constituées en intercommunalités, et ce à partir des Contrats de développement territorial (CDT) dont certains se jouxtent. Après tout, « Grande Boucle de Seine » est lui-même composé de trois CDT : Les deux Seine, Seine-Défense et Boucle Nord des Hauts-de-Seine. Reste à « définir les projets », comme le dit Patrick Ollier. On sait que ça discute ici et là. Un vaste territoire de 800 000 habitants est en réflexion du côté de Versailles, pour l’instant sans accord. « Grande Boucle de Seine » pourrait lui-même attirer d’autres communes (les maires du Chesnay (78) et de Saint-Cloud (92) étaient venus en observateurs à la conférence de presse du vendredi 20 mars). Le grand meccano des territoires du Grand Paris a commencé, l’histoire retiendra qu’il est parti de Rueil.

 

Quinze villes concernées, treize signataires

Argenteuil
Asnières-sur-Seine
Bois-Colombes
Clichy-la-Garenne
Colombes
Courbevoie
Gennevilliers
La Garenne-Colombes
Levallois
Nanterre
Neuilly-sur-Seine (non signataire)
Puteaux (non signataire)
Rueil-Malmaison
Suresnes
Villeneuve-la-Garenne

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2 Comments on "Une « Boucle de Seine » lance le meccano des territoires du Grand Paris"

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  1. Bonjour, de l’info bien fait.

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