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Une autoroute verte entre Créteil et Santeny : la Tégéval

En Île-de-France, on pourra bientôt déambuler sur vingt kilomètres sans croiser une seule voiture. On y fera d’autres types de rencontres, comme celles d’orchidées locales, d’oiseaux plus ou moins rares et même de cerfs, pour les promeneurs chanceux. Il faudra pour cela partir de la base de loisirs de Créteil et prendre plein sud, jusqu’à Santeny. C’est en effet entre ces deux villes du Val-de-Marne que commence à serpenter une inédite coulée verte baptisée Tégéval.

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Pour l’instant, l’itinéraire complet reste en pointillé sur la carte et va le demeurer un certain temps ; commencée en 2013, la Tégéval doit se terminer… dans quinze ans. Mais que les promeneurs et joggers se désespèrent pas : plusieurs tronçons sont déjà ouverts – 7 km en tout – et le parcours sera intégralement accessible en 2020.

Certaines parties sont d’ailleurs déjà aménagées, à Créteil, Valenton et Limeil-Brévannes. Aménagées est un terme trompeur au demeurant, car le choix du propriétaire des terrains et co-maître d’ouvrage, l’Agence des espaces verts (AEV) de la Région Ile-de-France*, consiste à d’abord laisser pousser les végétaux du coin pour sélectionner et tailler plus tard. «  Nous voulons être discrets, respecter et encourager la flore et la faune locales. Le chemin des promeneurs contournera ainsi les lieux les plus riches en biodiversité, pour ne pas les fragiliser », explique Gilles Duquenoy, chef de ce projet à l’AEV. Un « laisser-faire, laisser-pousser » inspiré par les convictions du paysagiste Gilles Clément, auteur du concept et ouvrage éponyme « Le Jardin en mouvement »*.

Un ouvrage d’art réservé à la marche

Mais l’idée de l’AEV n’est pas non plus de sanctuariser ce long couloir écologique et d’en exclure les êtres humains, plutôt nombreux dans la région. La percée de 25 mètres de large en moyenne dans le tissu urbain sud-francilien se veut un espace de détente pour les marcheurs, cyclistes, rollersmen et autres adeptes des piques-niques. Au plan urbanistique, la Tégéval est aussi une liaison supplémentaire entre les communes traversées. D’ailleurs, le point de départ en est une spectaculaire passerelle de 240 mètres de long et 5 de large qui connecte la base de loisirs de Créteil à la ville de Valenton en face. Pour ce faire, elle franchit d’un seul jet la nationale 406, la départementale 102 et la ligne de bus en site propre 193. Ce pont piétonnier sera accessible à tous courant 2016. Les temps changent : on a longtemps construit des ponts pour franchir des obstacles naturels comme les cours d’eau. Aujourd’hui, les mêmes ouvrages servent à rétablir un début de continuité naturelle au dessus de ces grandes barrières artificielles, les routes.

SMER laTegeval

La passerelle, au point de départ de la Tégéval

Une forme de compensation

La genèse de la Tégéval a beaucoup à voir avec la problématique des transports. Ce couloir vert de 96 hectares est une mesure compensatoire aux lignes à grande vitesse (LGV) construites pour relier les TGV Nord, Est et Sud. Entre Limeil-Brévannes et Villecresnes, la Tégéval (anagramme de végétal, mais aussi jeu de mots avec TGV, subtil…) coiffe même la tranchée couverte de la LGV et les arbres devront sans doute s’habituer aux vibrations toutes les cinq minutes en période de pointe à la SNCF. L’idée de la coulée verte ne date pas d’hier mais des années 1990. Initié par le Conseil régional et le département du Val-de-Marne, le projet lui-même a été tracé entre 2005 et 2008, année de création de l’instance publique de pilotage**.

Projet à très lente vitesse

Puisque tout sera terminé en 2030, il aura donc fallu 40 ans en tout pour réaliser une coulée verte de 20 km. Un peu long, non ? Beaucoup plus que pour construire une ligne TGV en tout cas. « En zone urbaine, nous intervenons sur des lieux longtemps délaissés et maltraités, ce qui implique parfois de lourdes contraintes de chantier. Certains terrains se trouvaient également en concurrence avec d’autres projets d’aménagement urbains ou immobiliers. En outre, il a fallu convaincre de l’intérêt du projet dans des communes plutôt rurales dont les habitants ne manquent pas d’espaces verts », fait observer Gilles Duquenoy.

Sans compter, si l’on peut dire, les 60 M€ (60 % versés par la Région, 40 % par le département) à réunir pour financer le projet, auxquels il faut ajouter les acquisitions foncières portées par l’ AEV dans le cadre d’un Périmètre régional d’intervention foncière (Prif), estimées à 5 M€. La plus grande sensibilité du Conseil régional aux questions écologiques – comme en témoigne le SDRIF 2030*** – a accéléré le mouvement ces dernières années

Une reconquête laborieuse

De fait, il aura fallu beaucoup d’intervention humaine pour retrouver un peu de nature. Même s’il traverse quelques haut-lieux de biodiversité encore intacts comme la forêt de La Grange à cheval sur Limeil-Brévannes, Villecresnes et Yerres, le parcours comprend des carrières épuisées plus ou moins comblées, des décharges recouvertes de terre, des terrains industriels abandonnés, autant de sols souvent pollués qu’il faut analyser et parfois nettoyer. Les techniciens de l’Agence des espaces verts ont de quoi s’occuper d’ici 2030 pour que les promeneurs ne se rendent pas compte qu’ils arpentent un milieu en fait tout sauf naturel, vestige des activités industrielles d’une banlieue industrieuse. Vue sous cet angle, la Tégéval illustre à la fois la notion de « reconquête naturelle», chère aux citadins un peu écologistes, et le passé mouvementé du territoire francilien, pas si simple à restaurer.

*Gilles Clément, Le Jardin en mouvement, Paris, Pandora, 1991.

** En l’occurrence, le maître d’ouvrage est le Smer, Syndicat mixte d’étude et de réalisation, composé de la Région, du département 94 et de l’AEV.

*** Schéma directeur de la région Ile-de-France pour 2030, qui prévoit notamment de « préserver les zones rurales et naturelles afin d’assurer les conditions d’un développement durable de la région. »

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Le tracé de la Tégéval

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