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Un destin automobile : la voiture autonome

Article 4/4 du Dossier | Réussir la mobilité électrique

Le 3 février dernier, en partenariat avec gpmetropole.fr, EDF organisait la première session d’un cycle de rendez-vous consacrés au Grand Paris et à son évolution électrique. Placées sous le double regard de l’histoire et de la prospective, ces rencontres font intervenir de grands acteurs de la ville, posent les problématiques actuelles et futures du thème invité et imaginent les innovations qu’elles engendrent.
Cette première session fut consacrée à la mobilité électrique urbaine. Nous vous proposons d’en retrouver ici, en plusieurs temps, les principaux échanges.

Voiture autonome en 1957

Le temps semble s’accélérer nettement pour la voiture autonome. Google l’expérimente depuis six ans et vient de réaliser un point d’étape après 2,7 millions de kilomètres parcourus par ses vingt Google Cars ; dès cet éte, ses prototypes devraient quitter leur circuit fermé pour se lancer sur les routes californiennes. De son côté, le service de VTC détesté des taxis, Uber, travaille au développement d’un service de transport de personnes sans chauffeur, dans le but de diminuer le prix de la course. Et le constructeur français PSA vient d’annoncer le lancement d’une 508 à conduite automatisée pour 2018.

Capteurs, partage, continuum

Tout concourt à l’avènement de la voiture autonome. Tout d’abord bien sûr les possibilités technologiques. Les capteurs ont définitivement investi l’automobile, ils prennent pied maintenant dans la ville et demain auront occupé cette route que l’on nous propose de 5ème génération. En interconnectant tout, véhicules, passagers, routes, signalisation, espaces urbains, le pilotage automatique devient un jeu d’enfant. Deuxième élément : le rapport à la voiture est en cours de transformation. L’homo urbanicus se déleste de la propriété, il est prêt à partager. « De ce que l’on constate, explique Alexandre Frémiot, chef de l’agence de la Mobilité à la Ville de Paris, les habitants ne sont plus dans un rapport de possession à l’automobile mais dans un rapport d’usage, de simplicité d’usage et de souplesse d’utilisation. » Et de citer l’essor d’Autolib : « 60 000 abonnés en trois ans. » L’auto-partage gagne du terrain, le covoiturage gagne du terrain, la voiture privative qui se conduit en perd.

Enfin, le temps de la mobilité a changé. « Ce qui était précédemment un vécu séparé du reste de la journée, une tranche de vie bien particulière, ne l’est plus, nous dit le directeur de l’innovation chez Valeo, Guillaume Devauchelle. La mobilité s’installe dans un continuum avec ce que l’on faisait avant et ce que l’on fera après. » Face à la demande sociétale qui est de rester connecté, l’interdiction du kit mains libres prévue pour le 30 juin 2015 paraît presque rétrograde. En autonomisant le véhicule, voilà le conducteur lui-même plus autonome… Chez Google, la question ne se pose même plus : « Les voitures électriques autonomes sont inévitables. »

« Google prépare les esprits »

Du reste, en France, Valeo le pense aussi : « Notre credo, c’est que le véhicule sera connecté. Et pour qu’il le soit de manière sûre, il doit devenir autonome, ou partiellement autonome. » Pour Guillaume Devauchelle, la cause est entendue. Reste le chemin pour y parvenir. L’équipementier automobile y travaille depuis une quinzaine d’années. Il s’est forgé une feuille de route. Il a d’abord parié sur l’encombrement des centre-ville et créé des assistances au parking : « les fameux bip-bip à l’arrière du véhicule. » Ces bip-bip en ont fait un leader mondial : 500 000 capteurs produits par jour. « Et puis nous nous sommes dits que nous serions vite copiés par des ingénieurs chinois qui le feraient aussi bien que nous, alors nous avons enrichi la fonction. »

kit bip bip Valeo

Kit beep and park Valeo

En 2003, Valeo met donc sur le marché le premier véhicule qui se gare semi-automatiquement, « sans avoir besoin de toucher à la colonne de direction. » Cinq millions de véhicules sont aujourd’hui équipés de ce dispositif. En 2013, le groupe annonce l’installation d’un système de manœuvres totalement automatiques sur les véhicules d’un grand constructeur en 2016. Il y a peu, il proposait sur son site Internet la démonstration d’une manœuvre de parking réalisée à partir d’un smartphone, démonstration qui a fait exploser le nombre de visites sur son site.

Bref, depuis quinze ans, tandis que « Google prépare les esprits », Valeo bâtit l’édifice de la conduite intuitive. Pour Guillaume Devauchelle, la question même de savoir s’il faut installer des bornes de recharge pour les véhicules électriques près des bureaux des entreprises ou au contraire les restreindre n’est pas la bonne façon d’envisager les choses :

« Dans notre feuille de route, nous avons séquencé les innovations année après année pour en arriver, d’ici deux ans, à la fonction de voiturier automatique, fonction qui permettra au véhcule d’aller se garer seul dans un parking qu’il connaît déjà. On peut d’ores et déjà imaginer que ce véhicule aille se recharger lui-même à une borne, on peut même imaginer que ce véhicule ne vous appartienne pas, mais que vous appeliez le véhicule le plus chargé ou celui qui est en meilleur état. »

La navette est arrivée, seule

La voiture autonome est à nos portes de garage. La navette autonome, elle, existe déjà. Navya Technology est implanté à Villeurbanne et fait rouler des Navya à Lausanne et Singapour. Puisque la Convention de Vienne de 1968 interdit encore la mise en circulation de véhicules autonomes sur les routes européennes, la société s’est trouvé un autre terrain de jeu pour développer sa technologie : les circuits fermés. Hôpitaux, sites industriels, campus, aéroports, parcs d’attraction. La Navya est 100% électrique, sans chauffeur, elle possède quatre capteurs laser d’une portée de 200 mètres qui balaient à 360° l’espace environnant 25 fois par secondes. Elle détecte les obstacles, adapte sa vitesse et cartographie son environnement. Elle planifie ses trajectoires au centimètre près. « Globalement, nous sommes sur le même concept de navigation et de technologie que la Google Car, explique Henri Coron, business development manager de la société. La modification d’un circuit est une simple question de programmation que nous pouvons effectuer en six heures. »

Navette Navya

La Navya, de chez Navya

ligier

Et la Ligier, expérimentale

La navette transporte jusqu’à dix passagers. Elle s’est vendue à Singapour, aux États-Unis, en Angleterre et à l’université de Valenciennes. Ses concepteurs la voient aussi comme un complément aux transports publics : une mobilité douce et collective pour le premier ou le dernier kilomètre. Il faudra pour cela qu’elle puisse rouler en ville et qu’elle se confronte à de gros acteurs du marché. Car la RATP est aussi sur l’affaire. La régie s’est doté d’un programme de recherches et investissement sur la question. Avec le constructeur Ligier, elle entend développer des navettes autonomes de petite capacité. Responsable des relations institutionnelles du Projet Bus 2025 à la régie, Sophie Espié explique qu’il « pourrait s’agir d’une solution à mettre en œuvre sur certains territoires. » À plus long terme, la RATP envisage même des bus partiellement autonomes. En ville ? Pas vraiment, plutôt pour permettre de garer les bus dans leurs dépôts sans chauffeur et s’offrir des gains de productivité.

L’effet accordéon

Car, même si « Google prépare les esprits », monter demain dans un bus autonome à Saint-Lazare pour descendre à Montparnasse peut provoquer des sueurs froides. « S’installer dans une voiture sans conducteur n’est pas si confortable, même lorsque vous êtes ingénieur et que vous faites confiance, sourit Guillaume Devauchelle. Ça ne va donc pas venir dans les cinq minutes. Il faut prendre en compte des conditions d’usage extrêmement différentes et surtout prendre en compte ce que ressentent les hommes, ce qui est très complexe. »

Google-Car-TOI-graphic

Google Car, magic car?

Dans son point d’étape, Google dit avoir recensé onze accidents depuis 2009, mais des accidents causés par d’autres véhicules sur ses Google Cars. En cause tout de même, le freinage un peu brusque de la voiture autonome au feu rouge. Gullaume Devauchelle se fie, lui, à une étude réalisée par Valeo et l’école des Mines pour démontrer que le véhicule sans chauffeur est plus sûr… mais pas seulement : « C’est ce que l’on peut appeler un cercle vertueux. La vitesse moyenne diurne à Paris est très faible, environ 12 km/h. On pourrait dés lors mettre sa vitesse en automatique à 30 km/h. Ce faisant, on supprimerait le phénomène d’accordéon qui existe dans toutes les villes et qui nous voit accélérer subitement puis freiner subitement. Or, quand vous n’avez plus cet effet d’accordéon, sur une voierie donnée, vous augmentez le débit par trois à cinq, vous réduisez ou supprimez les embouteillages, vous faites baisser le nombre d’accidents, et vous économisez de l’énergie. »

Et, en plus, on peut jouer de l’accordéon « en conduisant »…

 

Hors-champ : Volvo, de SARTRE à Drive me

La concurrence fait rage sur la voiture autonome. Les constructeurs se positionnent. Le géant suédois Volvo ne compte pas se laisser faire.

De 2009 à 2012, à travers le projet européen SARTRE, il avait développé un concept de convois routiers automatisés où un camion fait office de locomotive, tractant les véhicules suiveurs reliés entre eux par une connexion wifi (photo).

Avec Drive me, ce sont des voitures totalement autonomes que Volvo prévoit de mettre sur les routes dès 2017, tout au moins 100 véhicules qui rouleront autour de Göteborg, avec une commercialisation généralisée dès 2018. « Après analyse approfondie des failles techniques potentielles, Volvo Cars a conçu un un système de conduite automatisée complet et industriellement viable, affirmait le constructeur dans un communiqué de février 2015. La clé pour réaliser ce bond en avant est un système complexe de senseurs, de systèmes de localisation assistés par des serveurs informatiques à distance (cloud) et de technologies de freinage et de direction intelligentes. »

Projet SARTRE Volvo

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1 Comment on "Un destin automobile : la voiture autonome"

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  1. piècesauto dit :

    Bien sûr, tout est très agréable, une voiture autonome est certainement le meilleur, mais dispose d’une technologie que lorsque nous devons la réparer ou trouver une pièce de rechange c’est compliqué.

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