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publié par GrandParisMetropole

Sur le cinéma aussi, le Grand Paris est divisé

DOCUMENT. En plusieurs études statistiques, le Centre national du cinéma (CNC) vient de dresser un portrait socioéconomique et géographique du cinéma français en 2015.

Sans grande surprise, l’Île-de-France figure largement en tête du panorama régional. Possédant environ 20 % des écrans français (1 073 écrans sur 5 741), elle réalise près du quart des entrées nationales (53,86 millions d’entrées sur 205,34 millions). En revanche, contrairement à certaines idées reçues, son parc de salles d’art et essai est faible comparé au niveau national : 28,4 % de ses écrans contre 40,7 % pour le territoire français.

Baisse de fréquentation en 2015

Si l’on s’approche un peu plus, on constate au niveau départemental que Paris est bien entendu en tête du nombre d’écrans (389) suivi largement derrière par le Rhône (179). Plus étonnant : trois départements franciliens occupent les 8e, 9e et 10e places. Il s’agit, dans l’ordre, de la Seine-et-Marne (120 écrans), de la Seine-Saint-Denis (114) et des Hauts-de-Seine (113).

En nombre de fauteuils par habitant, Paris n’est que 4e avec un ratio d’1 fauteuil pour 31 habitants, battu par la Corse-du-Sud, la Savoie et les Hautes-Alpes.

Plus dramatique : le Val-d’Oise et l’Essonne figurent au palmarès des départements les moins cinéphiles de France, occupant respectivement les 2e et 4e places en termes de plus faible ration de fauteuil par habitant : 96 pour le Val d’Oise, 93 pour l’Essonne.

Ce sont aussi et surtout 6 départements franciliens sur 7 qui se classent en tête de la plus faible évolution des entrées en 2015. Car le Val d’Oise, en tête, puis Paris, le Val-de-Marne, l’Essonne, la Seine-et-Marne et les Yvelines ont perdu de 10 à 4 % de leurs spectateurs en 2015 (Paris en ayant perdu 8,7 %). Seule la Seine-Saint-Denis est positive avec +3,6 % d’entrées. Ce qui explique la perte sèche pour les cinémas franciliens de 16 M€.

Un axe Ivry-Aubervilliers…

Approchons-nous encore un peu et regardons ce qui se passe au niveau des communes de plus de 50 000 habitants. Le bilan n’est pas fameux pour les villes du Grand Paris. Car 7 villes franciliennes font partie du Top 10 national de la plus faible densité de parc. Et elles sont toutes de la petite couronne :

Aubervilliers (93) : 1 fauteuil pour 607 habitants
Clamart (92) : 1 pour 298
Fontenay-sous-Bois (94) : 1 pour 291
Drancy (93) : 1 pour 204
Courbevoie (92) : 1 pour 274
Issy-les-Moulineaux (92) : 1 pour 174
Bondy (93) : 1 pour 163

Si l’on compare ainsi Issy-les-Moulineaux à Villeneuve-d’Ascq dont la population est quasiment similaire, la ville du Nord possède 1 fauteuil de cinéma pour 19 habitants. Les habitants d’Issy peuvent tout de même se consoler en se disant que Paris et ses 389 écrans se situent tout à côté.

À l’opposé de cette situation, on trouve Ivry-sur-Seine (94), deuxième ville nationale (derrière La Rochelle) en termes de densité de parc : 1 fauteuil pour 14 habitants. Ivry possède aussi l’indice de fréquentation le plus élevé de France : 16,86. Autrement dit, chaque habitant de cette ville irait près de 17 fois au cinéma par an. Un chiffre à relativiser tant l’implantation du multiplexe Pathé Quai d’Ivry aux abords du périphérique bénéficie aussi aux villes limitrophes.

Malgré tout, on peut comparer la situation de la ville du Val-de-Marne à celle d’Aubervilliers qui, avec 1 fauteuil pour 607 habitants (deuxième ratio le plus faible de France derrière Villeurbanne), possède un indice de fréquentation de 0,26. D’ailleurs, 8 villes franciliennes font bel et bien partie du Top 10 du plus faible indice de fréquentation. On y retrouve Drancy (0,18), Bondy (0,35), Issy (0,56) et Courbevoie (0,60). Ainsi Aubervilliers, ville de 77 000 habitants, ne possède qu’une seule salle de cinéma de 127 places, certes classée Art et Essai, mais en matière de cinéma aussi, l’offre tire la demande.

… et Aubervilliers-Ivry

Que se passe-t-il, cependant, si l’on observe la programmation et le ratio d’entrées pour les films américains ou français ? Ivry-sur-Seine est la ville de France où le quota d’entrées pour les films américains est le plus élevé de France : 69,3 % (la moyenne nationale est de 52 %). Elle est suivie de deux autres villes franciliennes : Évry (67,9 %) et Aulnay-sous-Bois (66,8 %). À Aubervilliers, ce quota tombe à 32,3 %. 42,9 % de ses entrées concernent au contraire des films français (la moyenne nationale est de 35,5 %) contre 19,6 % à Ivry. Et si l’on regarde la proportion d’entrées pour des films « world », elle est 11,5 % à Aubervilliers contre 3,2 % à Ivry. Il n’est pas difficile d’en conclure que les salles multiplexes comme celle d’Ivry favorisent le cinéma mainstream quand la salle Art et Essai d’Aubervilliers a une approche plus éclectique et équilibrée. Et il est sans doute plus difficile pour cette salle d’attirer des spectateurs que pour un complexe tel que celui d’Ivry. Surtout, on se dit qu’en termes d’offre cinématographique aussi, l’approche est beaucoup moins communale que métropolitaine.

Un autre axe : Est-Ouest

Reste un dernier contraste qui vient renforcer la vision que l’on peut avoir d’un Grand Paris à deux vitesses. En effet, en termes de recette moyenne par entrée, quatre villes du Grand Paris font partie du Top 10 national. Boulogne-Billancourt (92) est même en tête avec 7,95 € de recette par entrée, suivie de Levallois-Perret (92) avec 7,80 €, puis plus loin : Neuilly-sur-Seine (92) et Épinay-sur-Seine (93) avec 7,39 et 7,25 €.

Mais si l’on observe le Top 10 inverse (la plus faible recette par entrée), on y trouve 9 villes franciliennes sur 10 ! Aubervilliers en prend là encore la tête en générant 3,09 € de recette par entrée. Parmi les 8 autres, on trouve 3 villes de Seine-Saint-Denis (Bondy, Le Blanc-Mesnil et Pantin), 3 villes du Val-de-Marne (Villejuif, Fontenay-sous-Bois et Vitry-sur-Seine), 1 ville du Val-d’Oise (Argenteuil) et 1 ville des Hauts-de-Seine (Courbevoie). De quoi construire véritablement un axe Est-Ouest en termes de recettes cinématographiques.

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Résumé en infographie des statistiques cinéma en Île-de-France. Crédit : CNC

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