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SOS Paris : « On nous accuse de vouloir mettre Paris dans le formol »

INTERVIEW. La Samaritaine et la Tour Triangle, deux projets, deux combats en proie d’être perdus pour l’association SOS Paris qui milite pour sa vision d’une capitale au patrimoine préservé. « Une vision passéiste », disent certains. « Habiter une ville patrimoniale est une chance », répondent-ils. Entretien avec l’une de ses membres, Marie Karel, qui nous dévoile les motivations du collectif.

Image SOS Paris

Crédit : SOS Paris

 

Qu’est-ce que SOS Paris ?

SOS Paris est une association de défense du cadre de vie et du patrimoine culturel et urbain de Paris. Nous avons des délégués dans chaque arrondissement de Paris. Elle a été créée en 1973 sous Pompidou. Le gouvernement voulait alors faire traverser Paris par une autoroute, l’autoroute radiale. Beaucoup de gens s’en sont émus : il y a une partie du public qui ne voulait pas voir Paris se transformer dans ce sens-là. Il faut dire que quinze ans plus tôt, André Malraux le sensibilisait à la valeur du patrimoine… Il avait d’ailleurs créé les secteurs sauvegardés. Il y en a deux dans la capitale, le Marais et une partie du 7ème. On était au milieu du tout-automobile, des Trente Glorieuses et il était assez difficile de faire face à des décisions de cette nature à cette époque. L’association a donc été créée par Marie de la Martinière et Marthe de Rohan Chabot pour s’opposer à ce projet-là. Tout de suite après, l’association a combattu de nombreux autres projets, des immeubles à défendre, des quartiers… Depuis, SOS Paris a gagné et a aussi perdu des combats et des procédures.

Outre les fondatrices, dans le bureau de SOS Paris, on dénombre plusieurs noms à particules… Est-ce un hasard ?

Non, l’histoire de SOS Paris commence avec des membres de la noblesse française. Mais cela a toujours été ouvert. A une époque, les gens pensaient que SOS Paris défendait seulement les beaux quartiers. Ce n’est pas du tout le cas. Il y a plus de problèmes dans les quartiers périphériques de toutes façons. Cela s’est trouvé comme cela. Peut-être que la noblesse des années 70 était plus intéressée que les autres par un certain patrimoine architectural… Je ne sais pas vraiment. J’aimerais aussi préciser que SOS Paris ne défend pas de ligne politique particulière. Nous nous trouvons toujours opposés à la Mairie de Paris : celle de Chirac, de Tiberi, puis de Delanoë… Il n’y a pas de clivage Gauche-Droite pour défendre le patrimoine. Les référents et les militants de l’association viennent de milieux très divers. Il y a d’ailleurs beaucoup d’étrangers au sein de « SOS Paris ».

Vous parlez d’un « certain patrimoine architectural » Plus largement, quel Paris défendez-vous et contre quoi ?

Nous défendons le cadre historique de Paris, son héritage architectural. Paris a évolué, cet héritage comporte plusieurs siècles mais on constate qu’à notre époque, c’est à dire après la 2ème guerre mondiale, les constructions ne tiennent plus compte de l’existant et se font sans aucune recherche d’harmonie. C’est l’architecture qui a changé, malheureusement. On voit partout des villes qui se construisent en hauteur. Nous pensons que ça ne manque pas à Paris. Nous défendons sa ligne d’horizon, à l’instar des Londoniens qui défendent la Skyline de Londres, très touchée par les tours. C’est un combat qui dépasse Paris. C’est le combat de toutes les grandes métropoles, en tous cas de celles, en Europe notamment, qui disposent d’un héritage culturel et architectural.

N’est-ce pas une vision passéiste ? Ne fait-on pas déjà assez à Paris le reproche d’être une ville-musée ?

Non, même si on veut souvent nous représenter comme cela, nous ne sommes pas des passéistes. Nous pensons que nous pouvons très bien intégrer notre héritage dans un cadre plus… Je ne dirais pas contemporain mais actuel, de progrès. Nous sommes juste contre l’uniformisation, le rouleau-compresseur. Souvent, on nous accuse de vouloir mettre un Paris muséifié dans le formol… On adore les musées c’est vrai, mais ils sont très différents de ce qu’ils étaient avant ! A une époque, ils étaient poussiéreux : maintenant ce sont des centres de vie, des centres de recherche. C’est magnifique ! Paris n’est pas vraiment un musée, mais les musées ne sont pas mauvais.

Pourtant, Paris n’a-t-elle pas une histoire architecturale faites de démolitions et de modifications parfois radicales, et ce, bien avant la Seconde Guerre Mondiale ? Le Baron Haussmann, par exemple, a profondément remanié Paris…

Haussmann, tout comme Viollet-Le-Duc, est une personnalité très controversée. C’est vrai qu’il a beaucoup transformé Paris, mais dans un esprit humaniste et démocratique. Il a quand même posé les bases de l’arrivée de la société moderne. Il représente le « Paris des appartements », la génération qui a quitté les hôtels particuliers. Pas seulement les nobles, mais tous ceux qui tournaient autour d’eux, qui travaillaient avec eux, pour eux… Cela s’est fait de façon assez heureuse. Évidemment, il a rasé une partie du quartier Saint-Germain des Près. Mais bon… Quant à Viollet-Le-Duc, il y a eu récemment une très belle exposition sur lui à la Cité de l’Architecture. Il était présenté comme visionnaire, critiqué à une époque mais reconnu maintenant… L’exposition était d’ailleurs un peu calculée pour défendre les démolitions actuelles. Cela n’empêche que c’était une belle exposition et que lui et Haussmann ont fait de belles choses. Nous ne les critiquons pas.

Critiqués à une époque, reconnus ensuite : pourquoi ne serait-ce pas le cas des architectes d’aujourd’hui que vous décriez ?

Non, il y a une rupture dans l’architecture qui commence par son enseignement. Après mai 68, il a énormément été modifié, comme celui des Beaux-Arts d’ailleurs. Du coup, il y a moins de respect de l’ancien de la part des architectes contemporains. Enfin, on dit « architectes contemporains » mais ils sont vieux aujourd’hui. Nouvel était jeune à une époque, aujourd’hui, c’est l’establishment… Ca fait 40 ans que ça dure. Il y a une rupture en architecture qui n’est plus compatible avec le cadre existant de Paris. Peut-être que cela peut changer… Mais pour l’instant on est devant des cas extrême où l’on démolit un quartier ou un immeuble pour le remplacer par des cubes de béton, de verre et d’acier. C’est l’introduction du style international, du brutalisme. Le fait que l’urbanisme et l’architecture soient en rupture avec leurs racines et leurs traditions est un problème. A une époque, on tenait compte du trajet du soleil et tout un ensemble de principes complètement oubliés aujourd’hui. Voyez le quai d’Austerlitz, tel qu’il est construit maintenant, il est plongé dans l’ombre.

À l’heure du Grand Paris en chantier, que voulez-vous donc ?

Plus de respect de l’existant et plus d’entretien. Les églises, par exemple, sont dans un état lamentable. Moins d’emprise des financiers aussi : à La Samaritaine, à la Tour Triangle, nous sommes face à des géants. Il devient difficile de se battre. Quant au Grand Paris, cela nous donne l’occasion de parler de la périphérie de Paris et nous en sommes ravis. Il y a un patrimoine magnifique dans certaines villes de banlieue, qui est très peu protégé. Le projet de Grand Paris est capital, il peut sortir de l’ombre certaines villes de banlieues anciennes. Mais nous avons suivis de très près les expositions sur les projets du Grand Paris qui vont se construire : parfois c’est terrifiant. Paris jusqu’à la mer, cela nous paraît inquiétant. Mais cela dépend des projets, c’est au cas par cas. Il faut voir comment cela va se faire. Malheureusement, dans le climat actuel, nous sommes inquiets. Nous voulons d’ailleurs commencer par rappeler que nous sommes en Île-de-France, en grande partie une région rurale, qu’il faut absolument préserver. Et en premier lieu son nom : avec l’appellation « Grand Paris » on risque de le faire disparaître…

 

 

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