banner ad
banner ad

Saint-Maur, en passe de passer à la Métropole

Article 1/1 du Dossier | Grand Paris Express : Une gare/Une ville

Que se passe-t-il à Saint-Maur-des-Fossés ? La belle récalcitrante serait-elle en train de raccrocher la locomotive métropolitaine ? À la faveur de l’arrivée du nouveau métro et d’un changement d’équipe municipale, la quatrième ville du Val-de-Marne semble sortir de sa bulle. À son rythme…

L’hôtel de ville de Saint-Maur-des-Fossés, théâtre de luttes fratricides.

Il y a quelques années lorsqu’on parlait aux Saint-Mauriens de métro du Grand Paris ou d’un Arc Express régional, il leur poussait des boutons. La ville défendait plutôt l’ancêtre Orbival, métro départemental à petite échelle. Pas question d’intercommunalité non plus ni de participation au syndicat mixte Paris Métropole (la seule ville du Val-de-Marne à ne pas en faire partie). Lovée dans sa boucle de Marne comme dans une bulle, Saint-Maur-des-Fossés craindrait le grand ensemble métropolitain et les grands ensembles, tout court, comme la peste. Il faut dire… Saint-Maur c’est un patrimoine naturel et immobilier somptueux, des îles bucoliques, une vie de village animée, un taux de criminalité proche du néant, en tout cas le plus bas de France. Mais Saint-Maur, aujourd’hui, c’est une gare du Grand Paris Express dès 2017 et une intégration à la Métropole dès 2016. Et peut-être un changement d’ère. Mais, rembobinons d’abord deux ans en arrière…

La fronde

Tout commence par une crise politique. 2013. La ville, dont la population figure parmi les dix plus riches de France, est aussi parmi les plus endettées du pays : 248,25 M€ de créances dont 80% d’emprunts toxiques en 2010. Elu maire en 2008, Henri Plagnol (UDI, ex UMP) a largement hérité de cet état de fait. Mais n’aurait pas mesuré assez vite le poids des frais financiers dans laquelle la municipalité sombrait. Terreau idéal pour une crise. Le 11 octobre 2012, la fronde, une fois n’est pas coutume, vient de l’ex fidèle soutien : Sylvain Berrios, second maire adjoint à l’urbanisme. En pleine séance, le quadra et 27 conseillers municipaux (dont 25 de la majorité municipale) officialisent leur défiance et bloquent les délibérations. Motifs invoqués : une politique budgétaire qui ne tient pas assez compte de l’endettement massif et une implication personnelle insatisfaisante – l’édile est alors député et membre du Conseil d’Etat.

Les événements s’emballent dans les mois qui suivent. Une semaine après la fronde, le Conseil constitutionnel confirme l’annulation de l’élection d’Henri Plagnol aux dernières législatives. Le verdict des partielles qui se tiennent en décembre est sans appel : l’ex député-maire est battu par son adjoint frondeur. Poussé à démissionner de son mandat municipal, il tient pourtant bon.

Saint-Maur-des-Fossés cadre de vie

La Marne à Saint-Maur, un cadre de vie préservé.

En avril 2013, le budget municipal est refusé, bloquant cette fois tous les projets de la ville. Quelques jours plus tard, les habitants apprennent le lancement d’une enquête préliminaire du parquet de Créteil. Son objet : des soupçons de malversations dans le marché de communication. L’enquête cible des présomptions de favoritisme, de détournement de fonds publics, de prises illégales d’intérêt, de faux et usage de faux. Deux mois plus tard, après analyse de la Chambre régionale des comptes et mise sous tutelle de la Préfecture, le budget était débloqué. Mais à quelques mois des municipales de 2014, peu de choses devaient changer. En tout cas pas sur la question du logement.

L’amende

Régulièrement montrée du doigt par la Fondation Abbé Pierre, la presqu’île est loin des engagements fixés en 2000 par la loi SRU : alors que 20% de logements sociaux sont exigés d’ici 2020 (25% à l’horizon 2025 depuis la loi Dufflot), elle plafonne aujourd’hui à 7%. Et ce ne sont pas les vingt logements sociaux inaugurés en février 2013 qui ont pu beaucoup modifier un taux de réalisation qui s’établissait à 49% entre 2011 et 2013. il manquerait plus 5 000 logements pour être en accord avec la loi…

Principaux réfractaires : des habitants majoritairement conservateurs, jaloux de leur qualité de vie et anxieux de le voir abimé ou partagé par des CSP moins bien lotis qu’eux. Certains invoquent un foncier trop cher pour être acquis par la ville. Coup de chance : la loi Dufflot prévoit une forte décote des terrains publics affectés aux logements locatifs sociaux. Début 2014, 2 000 personnes étaient en attente de logement à Saint-Maur et les classes moyennes subissent des loyers exorbitants.

Carte Metropole Grand Paris et Saint Maur

Carte de la Métropole du Grand Paris. En rouge, la « poche » de Saint-Maur.

Avant d’être battu par son ex-adjoint aux élections de mars 2014, Henri Plagnol promettait ainsi d’infélchir ses positions en proposant de « résister intelligemment » : réserver les futurs logements sociaux aux étudiants, retraités ou femmes seules. Un vœu pieu. Mais, fin décembre 2014, la ville écopait d’une amende record, infligée par la Préfecture du Val-de-Marne pour ne pas s’être conformée à une politique de logement social décrétée depuis 15 ans et confirmée par tous les gouvernements depuis lors. 3,5 millions d’euros. Le coût pour être hors-la-loi. Assorti d’une perte de son droit de préemption depuis le 1er janvier 2015. Nouveau maire, Sylvain Berrios faisait alors voter en conseil municipal un contrat de mixité sociale, dont les principes s’appliqueraient « au fur et à mesure des opportunités », en liaison avec l’Etat. Une ouverture ? Pas sûr puisque le même expliquait peu après : « Les objectifs de la loi ne sont pas ceux de Saint-Maur. La ville n’a pas de passé industriel. Il n’y a pas de friche disponible et la densité à Saint-Maur est égale à celle de Champigny. La ville est déjà entièrement bâtie. »

Même farouche résistance côté infrastructures. « On n’a jamais réussi à faire approcher un moyen de transports collectifs de Saint-Maur », lançait Jean-Paul Huchon, président de la Région, lors de la première réunion du débat public sur le futur métro automatique du Grand Paris. Au-delà du métro, ce sont les aménagement connexes qui effraient, notamment les contrats de développement territorial (CDT) qui prévoient… des objectifs de création de logements, dont du social. On y revient toujours.

L’élection

« Saint-Maur n’a jamais voulu appartenir à Paris Métropole, se souvient Jacques JP Martin, voisin et maire (UMP) de Nogent-sur-Marne, et ex président de Paris Métropole. Mais cela va devoir évoluer. Les habitants s’aperçoivent qu’ils ne sont pas dans une île isolée de la métropole. La ville a besoin des crèches construites par le Conseil général, de logements, de transports efficients. Et je ne crois pas que les habitants veuillent vraiment vivre en vase clos. Il a fallu beaucoup de temps pour que la ville accepte enfin, en gare de Saint-Maur Créteil, le principe de l’interconnexion de la ligne du Grand Paris Express (ligne 15 Pont de Sèvres-Noisy Champs) avec le RER A. »

Carte Paris Métropole avril 2012

Carte des collectivités adhérentes à Paris Métropole, avril 2012.

Avant les Municipales de 2014, le maire Henri Plagnol semblait infléchir ses positions, organisant en juin 2013 une réunion publique sur le Grand Paris Express. Titre du document de présentation : « Orientations d’aménagement du parvis de Saint-Maur Créteil : enjeux et scénarii ». Saint-Maur abaisserait-elle enfin un pont levis au dessus des fossés ? Jacques JP Martin voulait l’espèrer : « La guerre picrocholine qui se joue à Saint-Maur est un gâchis. Elle fait perdre du temps aux habitants de la ville et de l’agglomération et passe à côté de la dynamique du Grand Paris. »

Depuis, les Municipales ont porté Sylvain Berrios à la tête de la Municipalité. Investi par l’UMP, il affrontait son ancien « patron » et Nicolas Clodong, Divers Droite (Saint-Maur a voté à 84% à droite). Mais au-delà de la bataille inter-partisane se jouait une vision de la ville au sein du Grand Paris. Ainsi, sur son blog, Nicolas Clodong résumait : « Saint-Maur ne doit pas être diluée dans la grande métropole parisienne et se voir imposer des constructions de logements massives dont ses habitants ne veulent pas et que notre territoire ne peut accueillir sans détruire notre cadre de vie de village. » Dans son programme, Sylvain Berrios voulait, lui « transformer la contrainte métropolitaine en opportunité », et surtout « rompre avec l’isolement » de la ville.

Elle n’aura pas le choix : au 1er janvier 2016, elle sera de fait intégrée dans la Métropole et aura dû choisir le territoire auquel elle appartiendra. Sylvain Berrios souhaite une « intercommunalité choisie et non décidée par l’État. »

L’édile a d’ailleurs rejoint le mouvement des élus locaux qui, au sein de la Mission de préfiguration de la Métropole du Grand Paris, affronte le gouvernement pour imposer sa vision métropolitaine. Il signait en ce sens une tribune dans le Huffington Post en février dernier, montrant bel et bien que Saint-Maur n’ignore plus le fait métropolitain. C’est déjà un début.

 

« Avancer en mode projets »

Député-Maire de Saint-Maur-des-Fossés, Sylvain Berrios (UMP) nous livre sa vision du projet du Grand Paris. Il précise comment la « Ville presqu’île », à l’histoire emblématique et à l’environnement préservé, compose avec le Grand Paris.

Sylvain Berrios

Comment dialoguez-vous avec la Société du Grand Paris ?

La Société du Grand Paris a réussi le tour de force de progresser, avec toutes les communes concernées par le tracé, dans un dialogue constructif incluant une triple dimension économique, transports et logements.

En quoi le Grand Paris Express impactera-t-il votre Ville ?

Saint-Maur est une ville dynamique, déjà desservie par 4 gares de RER – Saint-Maur-Créteil, Le-Parc-de-Saint-Maur, Champigny et La Varenne-Chennevières – qui voient transiter près de 44 000 voyageurs chaque jour. L’arrivée de la ligne 15 du Grand Paris Express offrira aux usagers non Saint-Mauriens d’accéder au réseau du RER A, et aux usagers Saint-Mauriens d’effectuer des trajets de banlieue à banlieue sans repasser par Paris.

Où en sont les travaux ?

Située pour des raisons géologiques (sols argileux) et topographiques à 52 mètres sous terre, la future gare de Saint-Maur – Créteil sera probablement la plus profonde de France. Des exemples comparables existent à Barcelone ou à Moscou. Cela requiert un certain nombre de tests techniques qui se poursuivront jusqu’à la fin 2015 et qui ont exigé la construction d’un puits d’exploration. Ce dernier permettra de valider différents aspects de l’ingénierie. Le tunnelier a déjà commencé les travaux.

Les travaux de la supra structure sont quant à eux programmés en 2016-2017 pour une mise en service programmée en 2020.

Quid de la dimension logements ?

Nous n’avons pas signé de CDT (contrat de développement territorial). L’équipe municipale a déjà voté et programmé la réhabilitation et la redynamisation du quartier du parvis de la gare Saint Maur-Créteil. Située dans une boucle de la Marne offrant un cadre de vie auquel les habitants sont attachés, Saint-Maur présente une densité de population déjà supérieure à celle du Val-de-Marne, particulièrement autour des gares.

En revanche, la gare du Grand Paris Express va nous permettre de réhabiliter le quartier, aujourd’hui reconnu par l’État comme « quartier prioritaire ».

Que pensent les habitant de ce projet ?

Dans la mesure où ils seront impactés par les travaux, nous étudions les modalités d’indemnisation des commerçants par la Société du Grand Paris. D’autres points devront être réglés prochainement par convention, notamment ceux relatifs au stationnement pendant et après les travaux. Mais globalement, la population est favorable à la mise en œuvre de ce chantier d’avenir.

Êtes-vous confiant ?

La Société du Grand Paris est un partenaire de confiance, même si nous avons encore quelques points de désaccord. Nous avançons ensemble en mode projet, même si nous discutons naturellement pied à pied certains sujets qui impacteront directement les Saint-Mauriens.

Propos recueillis par Carole Galland

A LIRE SUR GRAND PARIS METROPOLE

×

Envoyer un commentaire