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Philippe Subra : « La Métropole laisse les clefs du coffre aux territoires les plus riches »

Article 5/22 du Dossier | Création de la Métropole du Grand Paris

POINT DE VUE. Professeur à l’Institut français de géopolitique de l’Université Paris 8 Saint-Denis, Philippe Subra s’intéresse aux enjeux du Grand Paris. Cet urbaniste de formation est entre autres l’auteur de l’ouvrage Le Grand Paris. Géopolitique d’une ville mondiale paru chez Armand Colin en 2012, et plus récemment d’un article intitulé Métropole de Paris : les aventures extraordinaires d’un projet de loi, paru dans la revue Hérodote.

Regard Subra

Que vous inspire la création ainsi faite de la Métropole du Grand Paris ?

Elle est nécessaire. Mais que de résistances ! L’histoire de cette création a soulevé des enjeux de pouvoirs considérables au niveau local, ce qui explique l’attitude de la plupart des acteurs, notamment les élus locaux. Le résultat obtenu pose à mon avis deux problèmes majeurs. Premièrement, tout le monde est à peu près d’accord pour observer le même silence sur la question des limites de la Métropole. Des territoires absolument stratégiques pour le développement de la Métropole, comme Roissy-Charles-de-Gaulle ou les villes nouvelles, restent en dehors parce que des barons socialistes de la Grande Couronne ont refusé de l’intégrer. Du point de vue fonctionnel, ce n’est pas une bonne solution.

Une question non réglée se pose : quelle coopération entre la Métropole et les nouvelles communautés d’agglomération qui se mettent en place en Grande Couronne, les départements de Grande Couronne bien décidés à jouer un rôle en matière d’aménagement du territoire, et enfin, évidemment, la Région ? Le deuxième problème est celui du pouvoir attribué à la nouvelle Métropole. Sera-t-elle en mesure de traiter les grands problèmes qui se posent à l’agglomération ? Évidemment, la question de la croissance et de la compétitivité sur le plan international, mais aussi celle de la crise du logement.

La naissance de la Métropole s’est faite au prix d’un compromis qui n’est pas satisfaisant car il repousse à plus tard la mise en place de solutions et laisse aux élus des territoires les plus riches l’essentiel du contrôle sur la question du logement social ainsi que les clés du coffre.

Que peut-on alors attendre de cette création ?

Plus que la Métropole, ce qui va changer la réalité des franciliens d’ici 2030, c’est le réseau de métro du Grand Paris. Il va transformer la situation des territoires actuellement enclavés, qui concentrent des populations en difficultés. A côté, je crains que celui de la Métropole ne soit limité si la mise en place de politiques audacieuses est bridée par les résistances conservatrices d’élus locaux.

Le consensus politique au niveau de la Métropole ne doit pas se faire par le bas, à cause du respect des près carrés des uns et des autres, du partage actuel des ressources fiscales, et du refus de la mixité sociale de la part d’une partie de la population et des élus d’Ile de France. Je pense donc qu’on peut attendre de la création de la Métropole du Grand Paris un peu moins de résistance, un peu plus de solidarité, et une concentration des moyens sur certains grands projets.

Quelle vision du Grand Paris défendez-vous ?

La Métropole parisienne en tant que réalité sociale, urbaine et culturelle, est malade de son modèle urbain. Les villes qui fonctionnent actuellement, qui se développent, qui attirent les investissements et les couches de la population les plus formées et les plus dynamiques économiquement, obéissent à un autre modèle urbain.

Dans l’état actuel des choses, Paris est mal partie pour concurrencer avec efficacité des métropoles régionales françaises type Nantes, Bordeaux ou Toulouse et des métropoles internationales de plus petites tailles comme Vancouver ou Copenhague. Il faut donc imaginer un modèle totalement nouveau pour les très grandes villes comme Paris : durable, solidaire, offrant une vie culturelle intense et un fort potentiel d’innovation.

Philippe SUBRA

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