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Patrick Ollier : « Il faut une nouvelle loi qui renforce la Métropole »

INTERVIEW. Déjà un an d’existence pour la Métropole du Grand Paris. Son président Patrick Ollier revient ici sur l’année écoulée et trace les grandes lignes pour 2017 : nouvelles compétences, rendez-vous citoyens, définition de l’intérêt métropolitain. Et l’espoir d’une nouvelle loi qui viendrait renforcer cette institution, et non la condamner.

Patrick Ollier par Philippe Serieys

Crédit : Philippe Serieys

La Métropole du Grand Paris a déjà un an. A-t-elle bien travaillé ?

J’ai été élu le 22 janvier 2016 et nous avons réellement commencé à travailler le 1er février. Nous avons donc eu dix mois pour installer cette Métropole et, très sincèrement, personne, ni dans les structures de l’État ni chez les élus, ne s’attendait à ce qu’on ait fait autant de choses en si peu de temps.

Nous avons adopté la Charte de coopération stratégique avec les territoires de la Métropole. Suite au Brexit, nous avons mis en place le guichet unique avec l’État et la région pour attirer les entreprises qui souhaitent s’implanter dans le Grand Paris. Nous sommes partenaires des candidatures aux Jeux olympiques et à l’Exposition universelle. Nous avons créé un groupe de travail sur le transport fluvial de passagers. Nous finançons une partie du projet de Tour Médicis à Clichy/Montfermeil et sommes en train de mettre en place un pass musée métropolitain. Nous avons aussi lancé une collaboration avec les grands syndicats métropolitains…

Et puis vous avez une adresse dorénavant.

Tout juste. Nous avons entrepris tout cela au départ sans locaux et sans personnel. Nous avons une quarantaine de personnes aujourd’hui. Mais pour finir mon inventaire, nous avons aussi lancé des programmes. Le projet Inventons la Métropole, bien entendu, le concours des Miels du Grand Paris aussi. Nous avons lancé un programme de murs antibruit, un autre qui concerne la GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), un troisième de connexion des pistes cyclables pour développer Velib sur le périmètre métropolitain. Nous avons mis en place « Métropole roule propre »…

Ça marche ça ?

Non pas très bien. Nous avons un problème de communication parce que nous avons un problème de politique de communication, notre directrice vient juste d’arriver.

Et un problème de visibilité pour les habitants.

Elle sera visible grâce aux immenses affiches sur les chantiers du projet Inventons la métropole. Vous aurez 59 sites avec des affiches de 4×3. Et ce concours l’a déjà rendue lisible. Il s’agit du plus grand concours d’architecture et d’urbanisme d’Europe. Quand nous l’avons lancé en février 2016, on m’avait dit qu’il y aurait tout au plus une dizaine de municipalités intéressées. Il y en a eu 70. Pour 112 sites. Nous en avons d’abord sélectionné 59 parce qu’au-delà les capacités financières des aménageurs n’auraient pu suivre. 59 sites, cela représente 300 hectares, la superficie d’Asnières. Les 63 autres sites feront l’objet d’une deuxième session au mois de juin.

Êtes-vous satisfait de votre premier programme de subvention aux communes ?

On a dû le faire un peu au doigt mouillé, car il nous manquait l’outil nécessaire pour objectiver les situations des Territoires et des communes. Notre Fonds d’investissement métropolitain (FIM) est à l’heure actuelle de 70 M€. Nous avons dépensé un peu plus de 20 M€ avec des premières subventions qui vont de 200 000 € à 1 M€. Gilles Carrez (vice-président délégué aux finances) qui s’occupe de ce fonds est en train de mettre en place un observatoire financier métropolitain qui va analyser tous les critères financiers des 131 communes et des 12 Territoires afin de connaître leurs réels besoins.

C’est un moyen de péréquation ?

Certainement pas. La péréquation ce n’est pas ça. C’est un observatoire de rééquilibrage qui permet d’avoir une grille de lecture précise. Son comité d’attribution composé des vice-présidents et des présidents des groupes politiques rendra ces subventions incontestables.

Tout ceci est-il suffisant pour faire taire les critiques sur l’échelon supplémentaire que constitue la MGP ?

Je vous rappelle que la Métropole est une intercommunalité de 131 communes fondée sur la zone dense et qui possède un certain nombre de compétences. J’estime que pour discuter de ces compétences, il vaut mieux un interlocuteur unique que 131. À ce niveau-là, la Métropole n’est pas un élément de complexification, mais de simplification.

Je vous rappelle aussi que nous avons mis en place quelque chose de très surprenant pour l’Île-de-France : une gouvernance plurielle. Alors que la droite et le centre sont majoritaires dans la Métropole, toutes les couleurs politiques sont représentées à notre bureau à proportion du nombre de maires de chaque composante. Nous avons créé des commissions en miroir avec les vice-présidences : un vice-président de gauche, un président de commission de droite, etc. Et nous avons aussi des groupes politiques qui ont les moyens de travailler et de s’exprimer.

C’est l’esprit de Paris Métropole qui souffle sur la métropole ?

Oui c’est l’esprit de Paris Métropole. C’est ce travail réalisé depuis huit ans par Paris Mértropole qui a permis de faire comprendre aux élus la nécessité de mettre en place une gouvernance plurielle. Et ils l’ont tous acceptée.

Patrick Ollier par Philippe Serieys

Crédit : Philippe Serieys

Vous pensez que cet esprit soufflera encore le jour où il y aura une élection au suffrage universel direct du président de la métropole ?

Je n’en sais rien parce que je ne suis pas pour l’élection au suffrage universel du président de la Métropole, ceci est prématuré. On ne doit pas considérer que la Métropole du Grand Paris est brutalement devenue la capitale française. Elle le deviendra probablement, dans un siècle, dans 50 ans, dans 20 ans… On est en train de le construire et de la même manière, l’élection au suffrage universel du président de la Métropole doit se faire de manière progressive. De toute manière, on ne peut pas mettre en place le suffrage universel sans avoir réglé le problème de l’autorité des maires dans la Métropole. Je m’explique. Imaginons que vous êtes maire. En tant que tel, vous êtes automatiquement conseiller métropolitain. Je suis, moi, dans l’opposition dans votre mairie et je me suis fait élire au suffrage universel directement conseiller métropolitain et je vais mener à la Métropole un combat contre vous qui êtes maire et qui représentez notre ville au conseil métropolitain. Vous ne pensez pas qu’il y a dans ce cas un conflit de légitimité ? C’est ce qu’il faut éviter.

Tout en respectant le suffrage universel, on doit faire en sorte que cette intercommunalité ait le temps de se construire. Il faut un certain temps de maturation pour que se crée la confiance entre les acteurs de la Métropole. Ce n’est pas facile de se retrouver avec 131 maires différents autour d’une table et de travailler ensemble à des projets communs. Cela fait un peu plus de dix ans que je construis ce lien de confiance avec ces élus, c’est pour cette raison que j’ai été élu président. On ne peut pas aller au suffrage universel comme ça, aussi vite, aussi brutalement avec des élus qui se connaissent à même, ce serait une catastrophe.

L’avenir de cette Métropole est tout de même incertain. Dans votre camp politique, de nombreuses personnalités souhaitent la supprimer, y compris François Fillon que vous avez soutenu lors de la Primaire de la droite.

Où avez-vous lu ça ?

Sur son site.

Madame Pécresse est à l’origine de tout ça. Et Madame Pécresse a soutenu Monsieur Juppé, je crois.

C’est quand même une Métropole qui marche sur des œufs.

Parce que c’est la gauche qui a fait la Métropole alors la droite dit qu’il faut la supprimer. Parce que Madame Pécresse n’a jamais été maire et ne sait pas ce que c’est qu’une intercommunalité. J’aime beaucoup Valérie Pécresse, c’est une femme tout à fait remarquable. Le problème c’est qu’elle voit la Métropole comme un concurrent alors que la Région a des compétences très particulières qui ne sont pas les nôtres, excepté une zone de partage sur le développement qui est très facile à régler.

La Région est là pour faire des schémas régionaux et donner ensuite des subventions aux maires qui, s’inscrivant dans ces schémas, prennent des initiatives. Nous, nous sommes la force d’initiative, ce n’est pas la même chose. Et cette force d’initiative qui est l’EPCI Métropole, comme n’importe quel EPCI, se tourne vers la Région pour dire « Madame la Région soyez gentille, on est un EPCI, on s’inscrit dans votre schéma, on a besoin d’une subvention pour tel projet » et la Région nous donne la subvention. Où est le problème ? Qu’on ait 7 millions d’habitants c’est ça ?

Presque, selon l’Insee.

Les villes se densifient, elles grandissent, deviennent des métropoles partout dans le monde. Cela n’a rien à voir avec la Région. Qui peut aller contre phénomène ? Il faudrait que la Région devienne la Région-Métropole, c’est ça ? Alors, expliquez-moi comment vous faites une intercommunalité avec les 1 280 maires de la Région Île-de-France. C’est impossible. Déjà qu’avec 131 c’est compliqué… Et on ne peut pas non plus transférer le pouvoir des maires à la Région, sinon autant supprimer les mairies.

Patrick Ollier par Philippe Serieys

Crédit : Philippe Serieys

Faut-il quand même une nouvelle loi ?

Je suis convaincu du fait qu’on ne supprimera pas le fait métropolitain. Je suis convaincu du fait que la Métropole doit être une intercommunalité. Pour supprimer un échelon, on pourrait supprimer le département. Je ne suis pas pour. Étant gaulliste, je suis plutôt départementaliste. Alors que fait-on ? On recrée le Conseil territorial et on fusionne les niveaux départemental et régional. C’est ce que Nicolas Sarkozy avait prévu dans sa réforme de 2010 et ce que les socialistes ont malheureusement défait.

Il faut donc une nouvelle loi qui renforce la Métropole du Grand Paris en lui donnant la totalité de la zone dense. Je ne demande pas qu’on augmente ses pouvoirs, mais qu’on nous donne un budget plus important parce que nous devons être un levier à l’investissement. Ici je fais une administration de mission, pas de gestion. Nous sommes là pour coordonner, harmoniser, initier, faire de la stratégie, prendre des décisions. Je ne veux pas être un échelon supplémentaire. Je ne veux pas être un poids supplémentaire pour le contribuable, mais un levier d’initiative, un levier de projet, un impulseur.

Où en est la définition de l’intérêt métropolitain ?

Nous commençons le travail. Pour chacune de nos grandes compétences, j’ai demandé à mes collaborateurs de désigner cinq éléments essentiels susceptibles de déterminer l’intérêt métropolitain. On en fera une synthèse d’ici le mois de juin afin de définir secteur par secteur et territoire par territoire cet intérêt métropolitain. Il est très important pour savoir quel type de projet nous allons soutenir. D’autant que nous montons en compétence cette année avec notamment la rédaction du Schéma de cohérence territorial (SCoT) métropolitain et la définition du Plan métropolitain de l’habitat et de l’hébergement.

Quelle place comptez-vous donner au CODEV ?

On a plusieurs mois de retard sur sa mise en place. D’ici la fin du mois de janvier, on aura tiré au sort les 24 citoyens (deux par territoire, à parité : un homme et une femme) qui y siégeront. C’est une première pour un Comité de développement. On a tout de même dû prolonger de quinze jours les inscriptions par manque de candidats. Ces citoyens s’ajouteront aux 80 personnalités qui seront désignées intuitu personae. Autrement dit, elles ne pourront pas se faire remplacer et devront quitter l’assemblée au bout de trois absences.

Quels sont les critères qui selon vous établiront la réussite de cette Métropole ?

Le critère essentiel c’est l’adhésion de la population. Nous allons d’ailleurs lancer d’ici le printemps nos premières réunions citoyennes. C’est Manuel Aeschlimann, le maire d’Asnières, qui est chargé de les préparer. Nous allons essayer d’en faire beaucoup, aux quatre coins de la métropole pour l’expliquer à tous puisque dorénavant nous pouvons présenter une Métropole qui existe. Nous allons entrer dans une phase de vulgarisation de la Métropole et d’appropriation de l’intérêt métropolitain par la population.

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