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Paris Métropole vu par ses présidents mêmes : Philippe Laurent

PORTRAIT. La création de la Métropole du Grand Paris doit beaucoup à ce syndicat d’élus né à la fin des années 2000. Malgré la naissance de la nouvelle institution, Paris Métropole a acté sa subsistance et nommé un nouveau président pour 2016, le maire PC de Nanterre Patrick Jarry. Ses six premiers présidents se racontent ici. Quatrième épisode, quatrième président : Philippe Laurent, 2013.

Crédit : Philippe Serieys

Crédit : Philippe Serieys

Il nous reçoit dans une salle en pente du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale. Philippe Laurent en est le président depuis 2011, élu à la surprise générale grâce aux syndicats, lui le maire UDI de Sceaux. « Parce que c’est quelque chose que je sais assez bien faire : dialoguer, dépasser les positions partisanes », dit-il. Cet ardent défenseur des collectivités locales entre en politique en 1977, en tant qu’élu associatif au conseil municipal de Sceaux (Hauts-de-Seine). Il est alors cadre chez Renault, après une formation d’ingénieur (Centrale Paris puis Sciences-Po). La gestion publique locale l’intéresse : « C’était juste avant les lois Deferre. La décentralisation était dans l’air du temps. J’ai senti qu’il y avait des choses à faire. » Après un bref passage dans le journalisme économique, il se fait consultant et développe son propre cabinet. La loi Chevènement de 1999 est une aubaine : Phlippe Laurent Consultants travaille pour de nombreuses intercommunalités françaises. Et puis vient 2001 et son élection à la mairie de Sceaux. À Paris, Bertrand Delanoë a conquis l’Hôtel de Ville et dans la foulée ouvre des discussions avec les villes de banlieue. Philippe Laurent en est, aussitôt.

L’incipit : la Vallée de la Bièvre

Un vent nouveau commence alors à souffler sur l’agglomération parisienne et le nouveau maire de Sceaux possède deux cordes à son arc. Primo, son métier de consultant spécialisé dans la gestion locale l’a introduit dans les cabinets ministériels, à droite comme à gauche. Il est réputé pour ses compétences en matière de finances, notamment. Secundo, il a de bonnes relations avec les élus communistes « parce que ce sont des gens qui sont assez techniciens et je suis ingénieur de formation, pas avocat. » Sic. C’est ainsi qu’il se lie d’amitié avec Pierre Mansat, nouvel élu communiste à Paris et chargé par Bertrand Delanoë des relations avec les collectivités territoriales : « À partir de la fin 2001, on a commençait à se voir régulièrement, on déjeunait à quelques-uns… »

Mais son engagement métropolitain, Philippe Laurent le tient avant tout de son expérience de l’intercommunalité. Dès 1998, il participe à la constitution de la Vallée scientifique de la Bièvre. « Coincé entre Paris et Saclay, ce territoire était considéré comme un ventre mou. Nous voulions démontrer qu’au contraire il possède une forte concentration d’universités et de pôles de recherche, notamment dans le domaine de la santé. » Une intercommunalité est créée en 2002 qui s’appelle les Hauts-de-Bièvre et deviendra au 1er janvier 2016 l’établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris (T2). « C’est dans ce contexte que j’ai rencontré des hommes comme Daniel Breuiller (maire d’Arcueil) et Jean-Yves Le Bouillonnec (maire de Cachan). Ce n’est d’ailleurs par un hasard si sur les six présidents de Paris Métropole, deux furent issus de la Vallée de la Bièvre (Jean-Yves Le Bouillonnec fut président de Paris Métropole en 2010, NDLR). »

La Métropole : une erreur de Jean-Paul Huchon ?

La Vallée de la Bièvre comme noyau expérimental de la Métropole ? À voir… En tout cas, tout comme il a fallu convaincre qu’il existait un territoire entre Paris et Saclay, il a fallu « convaincre et rendre inéluctable l’idée de la métropolisation », ce qui fut le grand objet du syndicat Paris Métropole. En 2006, ce n’est encore que quelque chose d’informel : une conférence métropolitaine où des maires se réunissent de temps à autre. Cependant, quelque chose est en train d’émerger chez ces maires. Philippe Laurent raconte :

« Je me souviens d’une réunion à Montreuil. Nous étions une quarantaine de maires et Jean-Paul Huchon qui venait de prendre la présidence du STIF en sa qualité de président de la Région Île-de-France était là aussi. À l’époque, on commençait à parler d’Orbival et de nouvelles lignes de métro et nous avons dit à Huchon : “Jean-Paul, ça commence à déconner dans les RER, ça ne marche pas bien, il faut rénover tout ça.“ Et Huchon nous a répondu : “Vous avez raison, mais y’a pas de ronds.“ Et là, il a fait une erreur majeure. Parce que s’il avait dit : “d’accord on y va ensemble, je vais créer une conférence des maires“, personne n’aurait pu l’en empêcher et la Métropole du Grand Paris n’aurait peut-être pas existé. C’est pour cette raison que quand on nous dit que la Métropole c’est la Région, c’est faux. Pourquoi ? Parce que le Conseil régional est issu d’une élection de listes où les maires sont quasiment absents. La Métropole, c’est les maires. Là est la différence. Et l’exemple de la Vallée de la Bièvre ou de Paris Métropole montre que les maires peuvent discuter. »

La patate chaude

En 2009, la conférence métropolitaine se structure en un syndicat. « La formule avait un avantage, précise Philippe Laurent, c’est qu’elle obligeait à délibérer au sein des conseils municipaux et donc à mobiliser tous les élus. On a créé Paris Métropole ainsi. On s’est mis d’accord sur une gouvernance avec un principe d’alternance politique pour la présidence et cela fonctionne. » Simple, quoi. Tant qu’il n’est pas question de travailler sur les questions qui fâchent. Le hic survient fin 2012. Paris Métropole vient de rédiger un Livre Vert sur la gouvernance métropolitaine, il a organisé des débats publics et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault attend ses préconisations dans un Livre Blanc pour forger un texte de loi qui doit être discuté dès 2013 à l’Assemblée. Las, il n’y aura pas de Livre Blanc. Explications de Philippe Laurent : « Patrick Braouezec était alors le président de Paris Métropole et il ne voulait pas rompre avec notre logique du consensus. La motion que nous défendions était majoritaire à 80 %, mais nous étions en 2012, après les élections présidentielles, il y avait de la revanche dans l’air. De nombreux élus UMP venaient d’intégrer le syndicat et ils ont mis un bordel pas croyable, ils ont débarqué avec des réflexes partisans, ils n’avaient pas cette culture de la discussion que nous avions acquise en plusieurs années. » Quand Patrick Braouezec quitte la présidence fin 2012, Philippe Laurent récupère la patate chaude. Attendu par le Premier ministre, il s’y rend les mains vides en compagnie de plusieurs autres maires de Paris Métropole : « Je me suis retrouvé dès le début de mon mandat face à Jean-Marc Ayrault avec quinze gusses qui disaient tous des choses différentes. C’était assez humiliant. »

Une Métropole imparfaite, mais nécessaire

Paris Métropole perd d’un coup une crédibilité qu’il avait lentement construite. À tel point qu’on se demande s’il ne va pas exploser. La présidence de Philippe Laurent se déroule dans un contexte où le texte de la loi MAPTAM est tricoté, détricoté, retricoté durant toute l’année 2013. L’indécision du syndicat pèse sur les débats. Il s’accompagne de « combats d’arrière-garde en provenance de l’UMP et des communistes au Sénat, dixit Philippe Laurent. On a aussi été victime du parlement et de son fonctionnement et d’un gouvernement pas très clair avec un président de la République qui s’en fiche un peu. »

Finalement, Paris Métropole redresse la tête, parvient à trouver un compromis avec le nouveau Premier ministre Manuel Valls, sans doute plus impliqué en tant qu’élu francilien, et s’implique dans la réécriture de la loi qui devient loi NOTRe. Le maire de Sceaux ne la trouve pas « géniale » cette loi, « il faut être clair ». Pas géniale non plus cette Métropole du Grand Paris (MGP) créée au 1er janvier 2016 : « Le périmètre n’est pas le bon, tout au moins en termes fonctionnels. Une métropole doit avoir des aéroports, des villes nouvelles, des espaces logistiques, voire même des espaces agricoles. Il faut qu’elle s’étende. » Pour autant, même si son pouvoir est faible et son budget mince, on ne saurait la remettre en question : « C’est une structure essentielle qui doit se penser moins comme une structure de pouvoir que comme un objet favorisant l’intégration métropolitaine. »

En décembre 2015, il est le premier à se déclarer ouvertement candidat à la présidence de la MGP. Tandis que Les Républicains portent Patrick Ollier à la candidature après une primaire où le maire de Rueil-Malmaison bat Gilles Carrez, il se maintient à droite et publie sur son blog « Dix clefs pour la réussite du Grand Paris ». Cependant, la veille de l’instauration de la Métropole, le 21 janvier 2016, il se rétracte et annonce son soutien à Patrick Ollier, disant « refuser de participer aux tractations partisanes et jouer la course aux postes et aux vice-présidences. La métropole, même imparfaite, ne doit pas être l’otage des conflits et des ambitions personnelles. »

Ville de Sceaux – Grand Paris

Ce faisant, il joue la carte de l’homme libre, uniquement attaché à la réussite du processus métropolitain. Processus qu’il identifie, à l’image de l’intercommunalité, comme « culturel et non technique. » Or, tous les maires qui siègent à la Métropole du Grand Paris n’ont pas encore acquis cette culture. C’est pourquoi il prévoit que le processus sera long. « Nous avons fait plusieurs réunions publiques sur le Grand Paris à Sceaux. Les habitants en avaient un peu peur. Je les ai rassurés : dans un premier temps, le Grand Paris ne va pas beaucoup les impacter. Tout ça va mettre un temps fou. Mais l’histoire est fabuleuse. Dans 20 ans, on aura oublié les scories et on aura une métropole structurée. » D’ici là, « les choses vont se faire en marchant », dans un enchaînement incrémentaire, par petites touches, histoire d’ancrer peu à peu la culture métropolitaine. « À la mairie de Sceaux, sur mon papier à en-tête, il était auparavant inscrit : Ville de Sceaux – Hauts-de-Seine ; dorénavant c’est : Ville de Sceaux – Grand Paris. Une petite chose qui change la culture des choses. »

 

Ce qu’il nous a dit aussi :

« Sur la question des voies sur berges, il est pas imaginable qu’il n’y ait pas un avis de la Métropole du Grand Paris. Les voies sur berges ce n’est pas Paris c’est la Métropole. »

« Au départ Bertrand Delanoë tenait un discours pro-métropolitain, mais ses adjoints et son administration bloquaient tout. C’est avec Anne Hidalgo que l’administration s’est ouverte. »

« La Métropole doit être une instance de gens de bonne volonté. S’il y a un affrontement permanent entre la MGP, Paris et la Région, c’est foutu. Et s’il y a échec, les acteurs économiques ne nous le pardonneront pas. »

« Ici la métropolisation est une chance pour faire autre chose que ce qu’on voit ailleurs dans d’autres pays où c’est mal organisé. L’ambition c’est une métropole organisée. »

« Chaque président de Paris Métropole a d’abord dû maintenir Paris Métropole en vie. »

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