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Paris Métropole vu par ses présidents mêmes : Patrick Braouezec

PORTRAIT. La création de la Métropole du Grand Paris doit beaucoup à ce syndicat d’élus né à la fin des années 2000. Malgré la naissance de la nouvelle institution, Paris Métropole a acté sa subsistance et nommé un nouveau président pour 2016, le maire PC de Nanterre Patrick Jarry. Ses six premiers présidents se racontent ici. Troisième épisode, troisième président : Patrick Braouezec, 2012.

Patrick Braouezec  photo Serieys-1968

Crédit : Philippe Serieys

Au sein de Paris Métropole, il est la voix de la polycentralité, celui aussi qui tranche la question sur la nature de la Métropole du Grand Paris : « Que veut-on en faire ? Une métropole attractive pour être le meilleur élève de la classe capitaliste ou une métropole capable de proposer une alternative au modèle dominant, qui réduit les inégalités sociales et territoriales ? » Patrick Braouezec est breton de racines, parisien de naissance (le 11 décembre 1950, dans le 14ème), dyonisien viscéral. Instituteur durant 20 ans à Saint-Denis (de 1971 à 1990), maire de la ville pendant 13 ans (1991-2004), député de 1993 à 2012, président de Plaine Commune de 2005 à 2015 et aujourd’hui président de la même intercommunalité refondée en Etablissement public territorial (EPT) au 1er janvier 2016.

Les journalistes qui assistent aux débats de Paris Métropole ou d’ailleurs s’étonnent de l’y voir toujours lire ou pianoter sur sa tablette. C’est qu’il s’emmerde ? « Ça arrive, mais ce n’est pas pour ça. C’est un besoin de me concentrer. Je fais pareil au conseil municipal ou au conseil communautaire. » L’histoire date en fait du lycée. En Terminale, le jeune Braouezec s’embête pendant les cours de maths… « J’ai été voir ma prof pour lui demander si je pouvais lire pendant ses cours. Elle me regarde avec des yeux comme ça et me répond : “Qu’est-ce que je voulais que je vous dise ?… Si vous le faites, faites-le discrètement, mettez-vous au fond.“ J’ai passé mon Bac C du fond de la classe. Et j’ai commencé à bouquiner. Je lis beaucoup. C’est la meilleure façon pour moi de rester dans l’endroit où je suis, sinon… » Mais reprenons les choses dans l’ordre.

L’autre chemin du Grand Paris

2001 : Maison de la RATP, Bertrand Delanoë invite les élus de petite couronne à venir discuter métropole. « Je suis encore maire de Saint-Denis. J’y vais pour voir, assez sceptique. » Le nouveau maire de Paris avait évoqué une communauté urbaine deux ans plus tôt dans son livre-programme, Pour l’honneur de Paris. « On avait vu aussi des cartes circuler dans la presse englobant les 29 communes limitrophes de Paris dans un Grand Paris. » Une sorte d’annexion pour Patrick Braouezec. Paris en plus grand, ce n’est pas pour lui. « Et puis je me suis dit qu’il vallait mieux y aller, porter ma voix à l’intérieur pour influer sur le projet. » Quel est-il le projet ? L’émergence d’une métropole. « Avec deux scénarios : celui auquel nous arrivons aujourd’hui qui réunit Paris et les trois départements de petite couronne, soit le scénario des 29 communes, élargi, et celui de la polycentralité, de territoires articulés les uns aux autres sur l’ensemble de l’aire urbaine, soit le scénario dit de la “marguerite“. »

À ce grand organisateur qu’est la Métropole du Grand Paris, Patrick Braouezec aurait préféré un Grand Paris bottom-up, construit à partir de nouvelles centralités, peut-être même à partir des contrats de développement territorial (CDT) nés à la faveur du Grand Paris Express. Celui de Plaine Commune, baptisé « Territoire de la Culture et de la Création », fut l’un des premiers signés, en janvier 2014. Patrick Braouezec en parle au passé : « L’intéressant dans les CDT est qu’ils pouvaient constituer la base d’une interco, sur un projet commun, une vision du territoire définie en lien avec l’État. Même si la question de leurs moyens restait assez floue, ils apportaient une perspective sur 15 ans. » Les CDT comme projets de territoires, les EPCI existants comme institutions structurantes et la Métropole comme fédérateur. Tel aurait pu être l’autre chemin du Grand Paris.

Un échec personnel

Tel était même, à peu de choses près, le premier projet de loi déposé par le gouvernement début 2013, ratiboisé par le Sénat ensuite. Quelques semaines plus tôt, Paris Métropole avait rendu copie blanche au Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Patrick Braouezec passait alors la main à Philippe Laurent à la tête du syndicat d’études : « J’ai considéré comme un échec personnel le fait de ne pas parvenir à élaborer un Livre Blanc. Avec le recul, je me dis que certains, de tous les bords politiques, ne souhaitaient pas qu’on y parvienne. Des non-dits n’avaient pas été exprimés, il fallait qu’ils le soient un jour ou l’autre. Encore aujourd’hui on a du mal sur certains sujets, comme le logement qui devient tout de suite très conflictuel. »

Paris Métropole a ses limites, mais en tant qu’organisme non décisionnel, il favorise « le débat, la confrontation, sans prise de pouvoir. On a ouvert une nouvelle voie qui mériterait d’être poursuivie. Des liens de travail et de respect réciproque se sont tissés entre des élus qui ne se connaissaient que par leur étiquette politique et se regardaient en chiens de faïence. On a pu faire bouger les lignes au sein des familles politiques sur des enjeux métropolitains. » Liens entre petite et grande couronne, développement économique, logistique urbaine et sa question du dernier kilomètre, mobilités… Paris Métropole a lancé un certain nombre de chantiers et s’est constitué en groupe de pression lorsqu’il a fallu faire converger les points de vue entre l’État et la Région sur le Grand Paris Express, en 2010. «

OIN et gaspillage

Ce processus d’échanges hors du jeu des clivages peut-il infuser au sein de la Métropole du Grand Paris (MGP) fraîchement installée ? Patrick Braouezec le souhaite : « Je suis convaincu que si on veut redonner ses lettres de noblesse à la politique, il va falloir sortir des jeux politiciens qui nous amènent dans le mur », tout en craignant que cette MGP « devienne un lieu institutionnel classique avec majorité et opposition. Dans ce cas, tout le travail de Paris Métropole serait nié. » Il poursuit : « Ce qui m’importe c’est qu’on construise une MGP efficace autour des deux axes qui étaient les notres au début de Paris Métropole : une Métropole rayonnante, et non pas attractive, et une Métropole qui réduise les inégalités. Si dans sa mise en œuvre, on rate ces deux marches c’est du gaspillage. » Le gaspillage d’énergie, l’homme fort de Plaine Commune connaît. Il conserve le goût de quelques souvenirs amers. Dernier en date sur son territoire avec des OIN décidées par l’État pour construire du logement sur Pleyel, le fort d’Aubervilliers et le parc Georges Valbon (anciennement parc de la Courneuve).

« Quand on signe notre CDT avec l’État, on s’engage sur des objectifs concrets : 4 200 logements par an. À aucun moment, celui-ci ne nous demande de travailler sur les franges du parc Georges Valbon. C’est même nous qui proposons de le désenclaver. Il est cerné par les autoroutes si bien que les habitants de la Courneuve n’y ont pas accès. L’État nous l’accorde et le projet est inscrit dans le CDT. Moins d’un an après : Boum ! Une OIN ! Et 24 000 logements autour du parc ! On tombe des nues. Tout se passe comme si le travail des années précédentes ne servait à rien. »

La Métropole Frankenstein

L’État d’un coté qui assène ses OIN et sa Métropole, des élus locaux de l’autre qui prescrivent projets partagés et dynamiques territoriales. Mais l’État n’a-t-il pas raison de vouloir accélérer le bidule ? « Non, parce qu’en voulant gagner du temps, on va en perdre. La preuve : on crée une Métropole qui n’a aucune compétence. Il faudra attendre 2017 pour avoir enfin un projet métropolitain, des territoires formés et des premiers transferts. Le tout dans une année d’élections présidentielles, ce qui risque de pas mal bousculer les choses. Cela fait trois ans que je dis qu’en créant cette Métropole de cette façon, on joue au docteur Frankenstein. » On ne peut pas lui donner tout à fait tort. La présidente de Région, Valérie Pécresse, souhaite une disparition de la MGP à la faveur d’une Présidentielle gagnée par la droite. Son adjoint au Grand Paris, Didier Bariani, parle « d’abérration administrative. » Le président de la MGP, Patrick Ollier, reconnaît lui-même « qu’une fois les élections présidentielles et législatives de 2017 passées, il faudra penser à modifier la loi. » Ce à quoi le gouvernement ne serait d’ailleurs pas opposé.

Bref, la Métropole à peine instituée est déjà en voie de réforme. Ce serait même pour Patrick Braouezec la seule façon de la sauver : « Telle qu’elle est, ou bien elle sera caduque ou bien elle se cassera la figure ou bien on la modifiera. Nous sommes déjà dans une situation de grande instabilité. Même si nous sommes parvenus entre les lois MAPTAM et NOTRe à obtenir un statut juridique et moral aux nouveaux territoires de la Métropole, ceux qui existaient déjà se retrouvent fragilisés. À Plaine Commune, nous avons voté un budget fin décembre pour 2016, je ne dirais pas qu’il est virtuel mais il est soumis à interrogations. » À celles que posent le drôle de mécanisme financier de ce nouvel ensemble métropolitain : une fiscalité qui, hors CFE, remonte des communes à la Métropole pour redescendre ensuite aux communes qui la redistribue aux EPT : « Compte tenu de la baisse des dotations de l’État, il peut y avoir des communes qui aient la tentation de ne pas jouer le jeu. » Et de se demander si les politiques publiques menées sur les territoires pourront continuer à l’être…

Aller au bout du récit

Le président de Plaine Commune, aussi 4ème vice-président délégué aux Relations avec les EPCI de grande couronne, à la Coopération entre les Territoires et à la Logistique métropolitaine au bureau de la MGP, ne verra peut-être pas le bout des transformations à accomplir. Il a déjà décidé de sa sortie, en prévenant qu’il n’irait pas au bout de son mandat à la tête de son EPT. « J’ai quitté la mairie de Saint-Denis en 2004 parce que je considérais avoir des rapports inégaux avec les gens. Cela faisait quatorze ans que j’y étais, j’entretenais des rapports conviviaux voire amicaux avec certains. Cela fausse les relations, vous n’êtes plus dans le politique. Le cumul des mandats est une chose, leur durée en est une autre. » En 2018, il aura passé treize ans à diriger Plaine Commune, il ne se voit pas aller au-delà. Il veut juste être là au moment du choix de la ville organisatrice des JO 2024. Et si c’était Paris, il demandera à ce qu’on lui « réserve une place pour la cérémonie d’ouverture, là, en face. » Et il pointe du doigt le Stade de France, de l’autre côté de l’avenue Jules Rimet où siège Plaine Commune, parce que « zut ! quand je suis devenu maire, ici, c’étaient des friches à ne plus savoir qu’en faire. Ce stade avait vocation à devenir olympique. La décision de l’implanter a été le début d’une aventure et je veux aller au bout du récit. J’aurai 73 ans, ce serait une forme de reconnaissance du travail accompli. »

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