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Les Ardoines, une mutation au long cours

Proche de la Seine, bientôt irrigué par le Grand Paris Express, le territoire des Grandes Ardoines va demeurer l’un des derniers pôles industriels de la région. Si sa métamorphose est en cours avec notamment la création d’un port, une grande incertitude demeure sur la reconstruction d’une centrale EDF au cœur du territoire.

Les Ardoines, vue aérienne

Signé en décembre 2013, le CDT des Grandes Ardoines vise à renforcer le caractère productif et innovant du territoire, à préserver son identité historique et à promouvoir une ville compacte. Dans ce projet, la Seine occupe une place déterminante. La création d’un port, la mutation des entreprises présentes et le réaménagement de ses berges constitue un enjeu majeur pour l’évolution du quartier. S’inscrivant dans la grande opération d’urbanisme d’Orly Rungis Seine Amont (Orsa), l’évolution du secteur nécessite la fermeture du dépôt pétrolier de Vitry-sur-Seine, le compactage des installations énergétiques et ferroviaires ainsi que la maîtrise des risques d’inondation.

Un territoire industriel

Marqué par la forte présence d’entreprises structurantes comme EDF, Sanofi, Air Liquide, Renault et Artélia, le territoire des Grandes Ardoines constitue un pôle productif majeur de la métropole comptant également de nombreuses PME et PMI dans les biotechnologies et la production d’énergies. Couvrant plus de 300 hectares, de nombreux projets sont déjà engagés et près de 1,9 million de m2 sont programmés sur quatre secteurs. Mais cet aménagement va prendre du temps. Pour Guillermo Martin, directeur en charge de l’opération des Ardoines à la Ville de Vitry-sur-Seine : « L’aménagement d’un tel site ne se fait pas en 15 ou 20 ans, mais plutôt en 50 ou 60. » En attendant l’arrivée de nouveaux transports, la libération et la dépollution du foncier demeurent un préalable avant la reconstruction.

De nouveaux transports en commun

À horizon 2020, de nouvelles gares de la ligne 15 du Grand Paris Express (GPE) viendront donner une nouvelle impulsion au territoire. La gare de Vitry-Centre sera ainsi connectée au Tramway Paris-Orly Ville (2020) et la gare des Ardoines le sera à la ligne C du RER et au TZEn 5 à l’horizon 2020. La création de franchissements de la Seine et des faisceaux ferrés conférera à ce territoire un potentiel de développement exceptionnel. Proche de la capitale et des grands pôles d’innovation sud-franciliens, les Grandes Ardoines disposent d’un foncier mutable important qui devrait attirer les convoitises.

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La future gare des Ardoines du Grand Paris Express

De l’industrie, mais laquelle ?

Loin d’être une friche industrielle, les Grandes Ardoines comptent encore 10 000 emplois. « À priori, précise Guillermo Martin, nous sommes arrivés au bas de l’étiage et nous pensons que l’emploi va repartir car nous sommes l’un des rares territoires à conserver une activité industrielle. Cela nous donne un levier pour discuter avec les opérateurs économiques et les pousser à envisager différemment leurs productions. Nous ne sommes plus sur un site industriel du 20ème siècle. Nous voulons créer une ville avec une composante économique, y compris industrielle, mais du 21ème siècle. C’est exactement ce que réalisent Sanofi, Air Liquide ou STEF. Ils ont déjà investi des centaines de millions d’euros pour engager cette mutation, pariant sur l’intérêt de ce site situé à 4 km de Paris. Sanofi ne présente ainsi plus de risque Seveso et ne fait plus de chimie traditionnelle, mais de la biotechnologie. Et la démarche est la même pour Air Liquide. » C’est pourquoi, si l’EPA et Vitry partagent l’idée qu’il faut offrir aux entreprises la possibilité de se développer, les projets devront être compatibles avec la ville.

Centrale EDF : une déconstruction en cours

Laurent Munier, directeur du Centre de post-exploitation d’EDF, fait un point sur l’avancée des travaux. Selon lui : « L’ancienne centrale EDF de Vitry-sur-Seine est passée en post-exploitation au 1er septembre 2015. Depuis, une équipe de quatre personnes spécialisées dans la réhabilitation des anciens sites de production thermique s’activent à la mise en sécurité des installations arrêtées. Ces travaux comprennent notamment la vidange des circuits, le retrait des fluides et produits dangereux, la sécurisation des voix d’accès, l’évacuation des déchets.

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La centrale à charbon d’EDF à Vitry. Crédit : EPA ORSA / Benoît Grimbert

Une fois ces travaux terminés, une phase de préparation à la déconstruction commencera, ayant comme premier objectif la déconstruction des cheminées (160 m de haut, soit deux fois la hauteur des tours de la bibliothèque François Mitterrand). Ces ouvrages sont fragiles et vieillissent mal. Aussi, ils doivent être déconstruits en priorité afin de supprimer tout risque potentiel pour le personnel travaillant sur le site. Il faudra cependant compter environ dix ans avant de voir la totalité des ouvrages disparaître. » Et après ?

Une nouvelle centrale ?

Là, les avis divergent. Selon Anne Maïkovsky, directrice de projets des Ardoines à l’EPA Orsa : « Nous avons un vrai partenariat avec EDF. Ensemble, nous travaillons sur la déconstruction qui devrait durer 7 ans jusqu’en 2023. Nous travaillons également sur l’aménagement. C’est eux qui veulent réinstaller une centrale à partir de 2023. Après, ils ne savent pas exactement quel type de centrale ils implanteront mais ils auront besoin de moins de terrain ».

Du côté de la mairie de Vitry, Guillermo Martin précise : « L’État, la Ville et l’aménageur souhaitent qu’EDF se maintienne à Vitry mais pas dans n’importe quelles conditions. EDF devra montrer sa capacité à être moins gourmand en espace, plus propre. La centrale devra pouvoir voisiner avec des quartiers de ville, voire des logements. EDF s’est mis d’accord avec l’EPA pour maintenir une activité dans ces conditions, mais sans préciser le projet exact. Ils devraient décider vers 2018 en fonction du contexte économique du secteur. Mais ce n’est qu’après la déconstruction qu’on saura ce qui pourra cohabiter avec le site EDF ».

Situé au cœur de la métropole, à proximité d’un très gros transformateur, la création d’une nouvelle centrale apparait logique pour la sécurité énergétique de la métropole. Si certains parlent d’une centrale de nouvelle génération à cycle combiné gaz, EDF refuse de préciser ses projets, se contentant de répondre : « Pour le moment, EDF n’a pas de projet pour ce terrain qui reste la propriété de l’entreprise. Cependant, nous travaillons avec l’EPA pour leur mettre à disposition certaines zones, dans le cadre de leur projet d’aménagement des Ardoines. » En effet, la destruction de la centrale devrait libérer au moins treize hectares pour l’aménagement des Ardoines. Mais EDF rappelle aussi que ce terrain leur appartient… Et dans ces temps de crise financière, une opération immobilière pourrait tenter l’électricien. « Oui, théoriquement ils pourraient être tentés, commente Guillermo Martin. Mais quand on regarde la durée du chantier, les projets en cours, on se doute que le marché ne pourra pas tout absorber. Et puis, il y a la question de la dépollution. Et il ne faut pas oublier que la puissance publique garde la main. Il y a un PLU et le logement n’est pas prévu sur ce site. »

Un dépôt pétrolier à fermer, une longue dépollution à mener

Sur ce point, les constats sont unanimes. À peu près toute la zone est polluée. « Mais, précise Anne Maïkovsky, cette pollution est très hétéroclite. Nous essayons donc de mettre en place une stratégie globale mais il faudra agir en fonction de chaque pollution. Certaines terres pourront peut-être être réutilisées pour des remblais, d’autres traitées sur des sites. Guillermo Martin rappelle aussi que les règlementations pour construire de l’activité ou du logement sont différentes. « Cela à un coût et nous demandons à tous les aménageurs d’anticiper au maximum ces contraintes et de prévoir un surcoût d’études sur les sols. » Enfin, l’un des enjeux majeurs de la reconversion des Grandes Ardoines demeure la fermeture du dépôt pétrolier prévue en 2020, même si un retard n’empêcherait pas l’ouverture de la gare en 2022. Pour Anne Maïkovsky : « On y travaille mais je ne peux pas vous donner de dates exactes. »

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Le dépôt pétrolier. Crédit : EPA ORSA / Benoît Grimbert

Le port

L’EPA Orly Rungis–Seine Amont, HAROPA-Ports de Paris, la ville de Vitry-sur-Seine, le conseil général du Val-de-Marne, l’État, la Société du Grand Paris, Voies navigables de France et EDF se sont entendus pour faire émerger un projet de création de port urbain aux Ardoines. Ce port s’inscrit dans les objectifs du Grenelle de l’Environnement. Et vu les chantiers à mener, notamment ceux du Grand Paris Express, son rôle apparait indispensable. De plus, de grandes entreprises comme EDF, Air Liquide, SANOFI ou STEF ont déjà exprimé leur intérêt pour ce projet afin d’intégrer le transport fluvial dans leur logistique.

Pour Vitry, il s’agit d’avoir un port écologique qui maximise l’usage du fleuve par rapport à la route. « À Vitry, précise Guillermo Martin, les chantiers vont durer très longtemps entre le tramway, deux gares du GPE, des foreuses pour créer un tunnel sous la Seine, le démantèlement d’EDF, des logements et des équipements. » Il va donc falloir évacuer les gravats et apporter les matériaux de construction. Mais Vitry veut un port local dédié aux Grandes Ardoines, urbain et compatible avec l’aménagement d’une promenade en bords de Seine. Initialement prévu pour 2016, ce port ne devrait pas être mis en service avant 2019. « Nous avons fini les études d’opportunité et de faisabilité, poursuit Guillermo Martin. Nous allons démarrer la concertation avec les habitants ». Une concertation qui peut encore faire bouger le projet.

Zone inondable

Récemment, l’IAU Île-de-France a mené une étude sur les risques d’inondation dans la zone de l’OIN. Selon celle-ci, huit communes sur douze et 35% du territoire figurent en zone inondable à grand risque. 126 000 habitants seraient concernés et 300 équipements locaux sur 800 impactés avec 40 000 emplois concernés. Pour la mairie, la gestion de ce risque est une condition sine qua non de l’urbanisation. Elle a d’ailleurs prévu d’aller au-delà de la législation en créant des voies hors d’eau.

Et le patrimoine industriel ?

Le CDT accorde une place importante au développement de la mémoire du territoire et à la prise en compte de son patrimoine historique, et notamment industriel… Si EDF prévoit de détruire les cheminées de son usine, une association s’est récemment créée pour les préserver. En effet, elles jouent un rôle identitaire pour la ville en servant de repères. Alors, seront-elles détruites ou remplacées par un autre symbole de la production d’énergie à Vitry ? La décision doit être prise début 2017. Quant à la grande halle ferroviaire dont la SNCF ne se sert presque plus, tout le monde s’accorde à dire que cet équipement de la taille de la gare d’Orsay devrait devenir un élément structurant du territoire. La Société du Grand Paris ayant renoncé à l’utiliser pour des raisons de coût, son avenir se posera quand il sera connecté au GPE et que les initiatives fleuriront. En tout cas, le projet des Grandes Ardoines avance comme le souligne Anne Maïkovsky : « Pour l’instant, il n’y pas eu de blocages. C’est un grand territoire et chacun a ses propres enjeux. C’est donc un travail de longue haleine. Mais si chacun met un peu d’eau dans son vin, tout le monde devrait s’y retrouver. »

Le projet de la Zac Seine Gare Vitry, lauréat du Grand prix d’aménagement « Comment mieux bâtir en zone inondable constructible »
Ce prix, remis par Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, récompense les projets architecturaux et les aménagements, réalisés ou en cours de réalisation, permettant de rendre moins vulnérables aux inondations les logements et les territoires et aux populations de continuer à vivre et à travailler en cas de crue.
Le prix a été remis à l’équipe d’urbanistes Germe et Jam*, en charge du projet d’aménagement de la Zac Seine Gare Vitry (aux Ardoines, à Vitry-sur-Seine). Vingt-deux projets ont été primés et trois projets particulièrement innovants, dont celui de la ZAC Seine Gare Vitry, ont reçu un« repère d’or » (le « repère d’or » tire son nom du repère de crue, marque rappelant les hauteurs atteintes par les crues).
Située en bord de Seine, la Zac Seine Gare Vitry  développe un modèle d’urbanisme résilient, adapté aux crues. Grâce à un dispositif de voies hors d’eau, sur lesquelles se raccrochent des « promenades hautes » piétonnes reliant les équipements et assurant l’accès aux immeubles, une nouvelle forme de ville, capable de s’adapter aux effets de la montée des eaux, verra le jour.

 

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