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Le Grand Paris réajuste son offre hôtelière

Alors que se profilent les JO 2024, et, au-delà, l’Exposition Universelle 2025, l’Île-de-France, l’une des destinations les plus visitées au monde, doit augmenter et diversifier son offre hôtelière pour tenir son rang. Pour ce secteur en mutation, le Grand Paris présente des opportunités et des interactions à ne pas négliger.

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À mi-chemin entre hôtel et auberge de jeunesse, le Generator, dans le XXe arrondissement s’est ouvert début 2015.

Avec 30 millions de visiteurs par an, Paris et l’Île-de-France forment l’une des premières destinations du tourisme mondial. Dans un contexte fortement concurrentiel, elle ambitionne de conforter durablement un leadership dont les retombées économiques concernent directement 500 000 emplois, et un revenu non négligeable pour les communes, via la taxe de séjour. Pour atteindre cet objectif, la Stratégie Régionale de Développement du Tourisme et des Loisirs d’Île-de-France 2011-2016 listait en 2011 les grands axes de travail. Environnement, gouvernance, marketing global, transports… Mais aussi hébergement. À l’heure du Grand Paris, le paysage hôtelier se doit d’être à la hauteur des attentes et du rang de la destination.

Saturation en vue

Car il ne parvient pas toujours à faire face à l’afflux de visiteurs. Si la région capitale compte 151 106 chambres, celles-ci connaissent en effet un fort taux de saturation, autour de 80%, et notamment lors des grands congrès et salons. Un état des lieux problématique, voué à s’amplifier. « D’ici 20 ans, nous prévoyons 10 à 15 000 visiteurs supplémentaires. L’offre hôtelière, même si elle est l’une des plus puissante au monde, va connaître de plus en plus de problème de saturation. » explique François Navarro, directeur général du Comité Régional du Tourisme Île-de-France. Pour enrayer ce phénomène bien identifié, la Stratégie Régionale 2011-2016 a fixé pour objectif la création de 20 000 chambres à horizon 2020. À l’heure du bilan, François Navarro est plutôt positif : « Il y a eu des destructions mais aussi des créations de chambres. La Région a été active avec le Fonds de Développement Touristique Régional, qui permet aux investisseurs de saisir la Région et sert de rampe de lancement pour des projets. » Deux mille chambres ont ainsi été financées.

La Ville de Paris a également oeuvré dans ce sens. Son Plan Hôtelier Métropolitain, lancé en 2008, participe à l’effort avec la volonté de permettre la création de 7 000 chambres supplémentaires à la même échéance, en proposant des emprises permettant de développer des unités hôtelières sur les terrains municipaux ou dans les grandes zones d’aménagement. Le dispositif est efficace : en mai 2014, l’objectif est déjà atteint, et même dépassé, comme le relève François Mohrt, chargé d’études pour l’APUR dans une note relative au Plan :

« Contrairement à sa banlieue, où l’on trouve de grands complexes hôteliers, Paris est caractérisé par une forte présence de petits hôtels indépendants. Ces derniers ont souvent du mal à faire face aux remises aux normes. Le Plan Hôtelier Métropolitain avait pour but d’anticiper d’éventuelles fermetures. Aujourd’hui, la situation est stable, et on remarque une montée en gamme, avec une augmentation des 3 et 4 étoiles. »

Plus de lits pour les jeunes

Synonyme de qualité, Paris ne parvient cependant pas à faire oublier les lacunes de sa destination. Elle est perçue comme une ville trop chère par les jeunes et les familles, pourtant essentiels à son dynamisme. En cause, une offre insuffisante. En 2011, la métropole comptait 3 500 lits à destination des jeunes, évidemment saturés, contre 10 000 à Barcelone ou Londres. « Les critères du Fond de Développement Touristique Régional ont été fondé sur ce constat. Des ouvertures comme celle de Generator, place du Colonel Fabien, font du bien à la destination », déclare François Navarro. Diversifier l’offre fait également partie des préoccupations de la Ville de Paris, qui avance désormais le chiffre de 12 000 chambres supplémentaires en 2020, forte des six ouvertures effectives d’établissements accompagnées par son dispositif. Et si l’Hôtel Molitor et son emblématique piscine ont attiré les feux des projecteurs, on trouve parmi eux l’Auberge de Jeunesse Pajol, une Maison Internationale de séjour au sein de la ZAC Joseph Bedier et un accessible B&B, Porte des Lilas. Quatorze ouvertures futures sont en outre actées.

L’hôtellerie à l’assaut des territoires du Grand Paris

Dans la cadre de son plan Hôtelier, la Ville de Paris entreprend de nouveaux projets, comme sur la ZAC Paul Bourget, avec la Tour Triangle, la Samaritaine… D’autres sites sont actuellement à l’étude. « Nous travaillons désormais avec les communes limitrophes et la Métropole du Grand Paris pour partager les enjeux et avoir une approche concertée de l’hébergement touristique. Nous souhaitons développer des liens et des synergies avec les territoires de la Métropole, à l’instar de la convention de coopération passée entre Paris et Plaine Commune, afin d’identifier communément des opportunités foncières, qui pourront, via le réseau de l’agence Paris&Co être présentées à des investisseurs. » nous y explique-t-on. « La Ville de Paris souhaite un certain desserrement », analyse François Mohrt, qui pointe une très forte disparité.

Hotels Ile de France chiffres clefs

Source : Dirrecte Chiffres clef, 2015

Paris compte 78 000 chambres contre 14 000 dans les Hauts-de-Seine, 11 000 en Seine-Saint-Denis, 15 000 en Seine-et-Marne. Des départements comme les Yvelines, l’Essonne ou le Val-de-Marne plafonnent, eux, à 8 000. « L’enjeu est bien de convaincre les visiteurs qu’ils peuvent faire un bon séjour à Paris sans y dormir. » pointe François Navarro. Voilà pourquoi un hôtel a été financé par le Fond de Développement à Clichy, par exemple. Le nouveau Schéma de Transport du Grand Paris a évidemment un rôle à jouer, en désenclavant et en rendant plus accessibles des territoires proches de Paris intra-muros. Le CRT a d’ailleurs lancé début novembre une grande étude sur les besoins hôteliers autour des futures gares du Grand Paris Express. Les résultats lui permettront de faire des recommandations pertinentes aux investisseurs.

Depuis un an environ, le SIGHAT, un système d’informations géographiques développé par le CRT, aide par ailleurs les grands groupes hôteliers à la prise de décision. Décrire le territoire et donner son avenir, avec des éléments objectifs est l’une des clés essentielles pour faciliter les investissements au sein de territoires peu touristiques, où la rentabilité peut être longue à atteindre. Face à cette difficulté, François Navarro  est optimiste. « Aujourd’hui, les hôteliers ont compris que Paris intra-muros était saturé et que l’avenir de la destination était clairement en dehors de son centre. » affirme-t-il. De grands investisseurs comme Accor à Orly, Auchan avec Europa City au Triangle de Gonesse, ou Pierre & Vacances et Disney qui ouvrent fin 2016 Villages Nature, l’ont d’ores et déjà compris. Et si la candidature de Paris est retenue, les JO 2024 pourraient accélérer le mouvement. En dehors de Saint-Denis, plutôt bien pourvue grâce aux hôtels du Stade de France, il va en effet falloir construire à Vaires-sur-Marne, qui va accueillir toutes les épreuves d’eau, à Saint-Quentin en Yvelines où se dérouleront les épreuves de cyclisme, ou à Versailles, choisie pour l’équitation, pour répondre aux besoins d’hébergements générés par l’événement.

Un secteur qui doit se réinventer

L’hôtellerie pourra-t-elle s’appuyer sur le Grand Paris comme marque touristique ? Les sites les plus visités, Disney, Versailles ou Fontainebleau, sont tous en Grande Couronne. « Pour nous, le bon échelon, c’est la Région », affirme François Navarro. « Il ne peut pas s’instaurer une Ligue 1 avec Paris et la Petite Couronne et une Ligue 2 au-delà de la Petite Couronne », poursuit-il, tout en rappelant l’existence d’un Comité du Territoire qui regroupe Paris et les sept départements pour agir et communiquer de manière synchronisée. Reste que le tourisme industriel en Seine-Saint Denis, ou Pantin, futur « Brooklyn », peuvent permettre au Grand Paris d’exister comme destination urbaine et de faire émerger une nouvelle offre, y compris hôtelière.

Au printemps 2015, l’État a d’ailleurs validé un contrat de destination à l’échelle du Grand Paris intitulé « Paris, ville augmentée ». Il regroupe l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris, les Comités départementaux des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne et la RATP. Au-delà des problématiques de gouvernance et de périmètre, l’hôtellerie du Grand Paris doit faire face à des enjeux inhérents à ce secteur d’activité, comme l’environnement, ou les mutations induites par le digital. La stratégie 2017-2022 pilotée par la Région les prendra en compte pour ajuster ses objectifs. Dans son viseur, l’éventualité des JO 2024 ou de l’Exposition Universelle 2025. Car de nouveaux acteurs entrent en jeu. Selon le CRT, qui va lancer au 1er trimestre 2016 une grande consultation de l’ensemble des professionnels du tourisme en préambule, l’hébergement collaboratif type Airbnb est aujourd’hui choisi par 6% des visiteurs de l’Île-de-France. Ce chiffre est sans nul doute voué à croître d’ici 2024. « La collaboration avec Airbnb est obligatoire. C’est un des acteurs importants. Les hôteliers estiment qu’il y a une concurrence déloyale, mais Airbnb ne peut pas être exclu des discussions. Par exemple, si Paris est choisie pour les JO 2024, nous proposerons une Charte de bonne conduite pour éviter la flambée des prix aux hôteliers, et aussi à Airbnb », avance ainsi François Navarro.

Le secteur doit aussi se réinventer, et innover toujours plus. « La montée en gamme du niveau de diplôme des métiers du tourisme avec la création de formations et d’écoles est l’un des nouveaux enjeux pour l’hôtellerie. On le voit avec l’incubateur Welcome City Lab de Paris Seine Co et le cluster tourisme Paris Val d’Europe », note François Mohrt, de l’APUR. « Les hôteliers ont fait un travail formidable. Il y a sans doute encore des efforts à faire et nous les accompagnerons sur la qualité de l’accueil et la connaissance du territoire mais nous ne pouvons pas faire semblant que le paysage n’est pas en train de changer », renchérit François Navarro. Les perspectives ne manquent pas. Preuve en est avec l’appel à projet « Réinventez Paris », lancé par la Ville de Paris. Bains douches Castagnary, Gare Masséna, ZAC Clichy-Batignolles, Triangle Eole… 23 sites sont appelés à devenir des modèles de la ville du futur. Et auraient, visiblement, remportés un grand succès auprès des porteurs de projets hôteliers.

À La Défense, le Melia a finalement pu être construit

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Tripadvisor le classe parmi les 10 meilleurs hôtels à La Défense. Ouvert depuis le 16 février 2015, le Melia est venu renforcer une offre de quatre étoiles qui comprenait déjà notamment un Novotel, un Hilton et un Mercure.

Son architecte, Claude Vasconi (décédé en 2009), avait gagné dès 2001 le concours pour ce qui devait être alors un hôtel Méridien dont l’ouverture était prévue en 2004. Sujet à de nombreux recours, le projet voit d’abord le renoncement de son premier investisseur, Allianz (à l’époque AGF). Il est repris ensuite par Carlyle qui choisit la chaîne hôtelière Radisson pour l’exploiter. Mais en 2008, en pleine crise financière, Carlyle jette l’éponge. Et c’est finalement Union Investment Real Estate qui investit, choisissant la chaîne hôtelière espagnole Melia Hotels International (360 hôtels dans le monde). Le démarrage des travaux ne commence alors qu’en 2012, travaux qui coûteront 71 M€.

Situé à l’entrée de Paris, côté est, au pied de la tour First, le Melia monte à 67 m sur 19 étages, compte 369 chambres, dont 29 suites, un espace fitness et un bar panoramique. En juin, son taux d’occupation était de 65%, avec une forte proportion de visiteurs étrangers (Benelux, Allemagne…).

O.D.

 

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