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Le Grand Paris Express, moelle épinière digitale de la métropole

Article 6/8 du Dossier | Grand Paris numérique

SYNTHÈSE. Faut-il le renommer Grand Digital Express ? Une chose est sûre, le métro du Grand Paris ne sera pas qu’un métro. La Société du Grand Paris a créé l’un des événements du festival Futur en Seine vendredi 16 juin en rassemblant les acteurs du numérique autour de la présentation des résultats de son Appel à manifestation d’intérêt sur la dimension numérique du Grand Paris Express. Résumé des échanges.

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Extrait du film : « Voyage dans les gares du Grand Paris » – Crédit : Sensual City Studio

« On a enfin rattrapé le présent ». André Santini, maire d’une ville (Issy-les-Moulineaux) qui a fait du numérique sa marque de fabrique, et président du Conseil de surveillance de la Société du Grand Paris (SGP), se félicitait sans ostentation vendredi matin de la digitalisation du métro Grand Paris Express. Comme si la chose paraissait entendue…

Le 5 décembre 2013, la SGP avait lancé un Appel à manifestation d’intérêt sur la dimension numérique du nouveau métro. Clôt le 21 février, il a donné lieu à 115 contributions issues de 170 organismes différents : publics, privés, associatifs, acteurs de la filière numérique, mais aussi des secteurs de l’énergie, de la construction ou de l’environnement… « On a plus de 1 000 pages de contributions, résumait Jérôme Coutant, responsable numérique de la SGP. Un vrai Big Data ! » Pour Jean-Baptiste Roger, directeur de La Fonderie, agence numérique de la Région île-de-France, « C’est un document de niveau mondial. Toutes les questions importantes sont ici soulevées et offrent des perspectives extraordinaires. »

Le réseau, c’est aussi du réseau

L’idée est toute simple, et donc forcément bonne. Elle dit : profitons de ce que l’on construit un réseau de transport pour déployer à grande échelle le réseau numérique. Elle dit : installons de la fibre optique le long du tracé, prévoyons des data centers près des gares, du très haut débit, de la géolocalisation, valorisons les données voyageurs, créons des espaces de travail partagé, des living labs… Bref, mutualisons. Bref, connectons le physique au digital.

Bref, comme le proclamait Philippe Yvin, président du directoire de la SGP : « Faisons du Grand Paris Express un grand canal d’irrigation numérique des 153 communes desservies et des 160 000 entreprises qui se situent à proximité de ses gares. »

Les conrtibuteurs – en particulier les opérateurs télécom – ont souligné la formidable opportunité que représentait cette boucle ferroviaire en rocade pour créer une réserve de puissance et de sécurité de l’énergie numérique, permettant aussi de compléter l’offre de fibre optique et de contribuer à réduire la fracture numérique. « La connection, c’est la question de départ, soulignait Jean-Baptiste Roger. Même s’il n’y a plus de zone blanche en Île-de-France, il reste des inégalités en matière de débit. » Jacques-François Marchandise, co-fondateur de la Fondation Internet nouvelle génération (FING), de compléter : « Les infrastructures, si l’on s’y prend bien, cela fabrique du vivre ensemble. »

De gauche à droite : Stéphane Distinguin, Jacques-François Marchandise, Jean-Baptiste Roger, le 16 juin 2014, Futur en Seine

De gauche à droite : Stéphane Distinguin, Jacques-François Marchandise, Jean-Baptiste Roger, le 16 juin 2014, Futur en Seine

La gare de toutes les attentions

Tout part de la gare. Didier Bense, membre du directoire de la SGP, commence aussi par là : « La question du numérique s’est imposée d’elle-même à partir du moment où on voulait déployer des services en gares. » De fait, les contributions se sont largement emparées du sujet, jusqu’à faire de la gare « le cerveau du quartier ». Francis Jutant, directeur scientifique à l’Institut Mines Telecom, la voit aussi « comme un croisement de deux mobilités : la mobilité réelle et la mobilité virtuelle. » Une synapse où s’invite non seulement le mouvement, le voyage, mais aussi le commerce, le service, le travail… « La gare, comme tiers-lieu, prévient Jérôme Coutant. Pas un simple routeur qui diffuse personnes et données, mais un point de rencontres et d’expérimentation. » Télétravail, fab labs, living labs, coworking, toutes les nouvelles manières de faire en ville sont convoquées.

Lorsque Jean-Baptiste Roger explique que les attentes des entreprises se basent avant tout sur deux points, le transport et Internet, on saisit alors le devenir des gares : qui est mieux connecté qu’une gare au réseau de transport ? Qui peut être aussi bien connecté à Internet qu’une gare si elle se trouve à l’intersection de vastes réseaux de fibre optique et d’un maillage de data centers ?

Président du comité stratégique de la SGP et maire de Cachan, Jean-Yves Le Bouillonnec, explique que la stratégie de la CA du Val-de-Bièvre qui accueillera trois gares du GPE dès 2020 consiste « en un développement fort des centres de télétravail afin que les gens puissent travailler au plus près de chez eux. » L’enjeu est important pour bon nombre de territoires qui en ont assez de voir leurs forces vives partir alimenter les caisses d’Issy-les-Moulineaux ou de Levallois-Perret. Les garder, c’est développer du commerce, de la vie de quartier, l’économie. Pourtant, la stratégie porte en elle un paradoxe puisqu’il s’agirait alors de construire un métro qui permettrait l’implantation de télécentres afin que les habitants travaillent près de chez eux et… ne prennent plus le métro !

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Extrait du film : « Voyage dans les gares du Grand Paris » – Crédit : Sensual City Studio

Rester ouvert

« Surtout ne finissez pas les gares ! », a supplié Marie-Vorgan Le Barzic, délégué général de Silicon Sentier. Derrière cette demande provocatrice pointe l’idée que leurs usages sont encore à inventer. Les acteurs du numérique font depuis longtemps l’expérience de l’obsolescence rapide des technologies, et tous s’accordent sur ce point. Jérôme Coutant : « La gare doit anticiper ce que sera l’innovation dans quelques années. » Jean-Louis Marchand, président du pôle de compétitivité Advancity : « Le risque pour les gares c’est qu’elles soient obsolètes avant d’être ouvertes. » Jacques-François Marchandise : « Construisons les infrastructures les plus agnostiques possibles. La clef est de prévoir qu’il y aura de l’imprévu. » Francis Jutant : « L’enjeu n’est pas de trouver une solution à un problème mais de considérer qu’un problème évolue. »

Le Grand Paris Express, accompli dans sa dimension physique, sera donc un « work in progress » dans sa dimension digitale, avec la difficulté de combiner les deux : « Ce serait un peu comme la pierre philosophale », remarquait Stéphane Distinguin, président du pôle de compétitivité Cap Digital. Dans cette perspective, la question des données et de leur ouverture paraît fondamentale. Pour Francis Jutant, « c’est la première marche, forcément nécessaire. »

Tout autant que des trains, le Grand Paris Express va les faire circuler. « Il faut donc en créer les conditions, rappelait Jérôme Coutant. Le message que l’on a reçu des contributions, c’est : ouvrez les données, et commencez par les votres. »

En tant qu’entreprise publique, la Société du Grand Paris n’a d’autre choix que de se plier au jeu de l’ouverture des données. Si les données voyageurs ne seront connues qu’à partir de 2020, quand le métro sera mis en service, celles concernant sa conception et les prévisions de trafic seront bientôt mises en ligne

La grosse affaire

« Si l’on part du principe que l’on doit imaginer des solidarités de destin, il est évident que le Grand Paris Express possède une solidarité de destin avec le développement numérique », soulignait Stéphane Distinguin. Sans parler de retard francilien en la matière, le chantier colossal du métro offre l’opportunité d’une accélération sans égal du numérique.

« Le Grand Paris Express ne passera pas plusieurs fois, il faut monter dedans maintenant », disait à propos Stéphane Distinguin. Et Jean-Baptiste Roger de confirmer : « Cela pourrait être la grosse affaire du numérique français, ce réseau de transport. »

Avec son « petit » Appel à manifestation d’intérêt, la SGP a levé un lièvre. Elle s’attendait à des propositions d’ordre technique, elle a reçu des idées stratégiques, une « vision sur le voyage et le territoire », selon les mots de Jérôme Coutant. Lui-même en est surpris : « Le projet est beaucoup plus ambitieux que ce que l’on croyait, il s’agit de construire la métropole intelligente avec le Grand Paris Express comme moelle épinière digitale. »

Philippe Yvin, le 16 juin 2014, Futur en Seine

Philippe Yvin, le 16 juin 2014, Futur en Seine

Reste qu’effectivement, il semble nécessaire de ne pas considérer la « grosse affaire » comme un repère de geeks. « On n’est pas dans le techno push, dixit Jacques-François Marchandise. Le numérique qui nous intéresse, c’est celui qui relie, qui pose la question du développement des territoires. » « Il faut être intelligible et parler aux gens », soutient Stéphane Distinguin.
Pour confirmer l’essai et « maintenir le bon niveau d’implication », selon les mots de Séphane Distinguin, la SGP se prépare quelques chantiers, annoncés ce vendredi par Philippe Yvin :

  • définir un cahier des charges concernant la fibre optique, le réseau mobile et les data centers,
  • arrêter fin 2014 le modèle juridique et financier du réseau numérique du Grand Paris Express,
  • lancer un programme de soutien à l’innovation et à l’expérimentation pour favoriser le travail des développeurs et des entreprises intéressés,
  • mettre en place un laboratoire du Grand Paris Express au cœur de l’écoquartier de Saint-Ouen.

De la question d’implanter des services en gare et de concevoir des aides à la mobilité, le projet numérique du Grand Paris Express s’est ainsi soudainement mué, selon les propos du président de la FING, Philippe Lemoine, en « un projet qui fixe l’imaginaire ».

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