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Le Grand Paris est-il magique ?

OPINION. Le Grand Paris est magique.
Le mot réinvente le territoire.

Une région à bout de souffle, mal foutue, attractive et répulsive à la fois. Une grande ville qui ne se renouvelle plus, qui agit comme une centrifugeuse sociale, coupable de muséification… Et hop ! Le Grand Paris ! L’expression a créé un imaginaire puissant sur quelque chose qui existe déjà. Autrement dit, une zone agglomérée d’abord, un fait métropolitain ensuite, une région-capitale enfin. La zone agglomérée est géographique, réelle, tangible. Le fait métropolitain relève d’une organisation de flux, de réseaux et de ressources (transports, énergies, richesses…). La région-capitale est un territoire économique résonnant à l’échelle mondiale. Aucune expression ne correspond à l’autre. Mais le Grand Paris met tout le monde d’accord. Quand on en parle on parle de tout ça à la fois.

Tout ce que l’Île-de-France compte de décideurs et d’acteurs politiques, économiques et médiatiques s’y est engouffré. À lui seul, le Grand Paris a pu créer et mettre en œuvre des quantités de projets urbains, un énorme réseau de transport, un label, des institutions publiques, un ministère, des livres, des idées, des réflexions métropolitaines, des articles de journaux par centaines, des divisions spécialisés dans des multinationales, des lois et maintenant des rêves et des espoirs pour des citoyens en manque d’horizon. Bref, le Grand Paris a une dimension magique. En le remettant au goût du jour en 2008, Nicolas Sarkozy remportait une bataille sur le front de l’imaginaire alors que lui, le pragmatique, en a tant perdu sur le front des réalités. Son quinquennat nous avait sorti d’autres lapins du chapeau, comme le Grenelle de l’environnement. La mise en scène de son retour politique est aussi orchestrée par le fantasme. C’est très puissant, il le sait. Pas assez puissant toutefois pour bâtir une nouvelle Rome.

Car à force de magie, on bute sur le réel. Qu’est-ce que le Grand Paris ? Bien malin celui qui peut en donner une solide définition. L’homme de la rue en reste circonspect. Or, il est temps que ce Grand Paris se fasse avec lui, le Grand Parisien, ou bien il restera une division de multimationale. Et là, un gouvernement particulièrement pragmatique a trouvé le truc : l’institution. Il en fait un territoire délimité. Il met des frontières. Il siffle la fin de la récré. Le Grand Paris va devenir tangible, réservé, contracté. Ni une zone agglomérée (plus large), ni un fait métropolitain (plus large aussi), ni une région-capitale (encore plus large). Le Grand Paris sera une assemblée d’élus métropolitains. On saura dorénavant de quoi on parle. Mais on se rapellera encore vaguement (ou peut-etre bien plus fortement) qu’il ne s’était pas construit à partir d’un réseau de transport, de clusters ou d’une nouvelle entité administrative. Il s’était d’abord construit sur l’imaginaire de chacun.

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