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Laurent Petit : « Les couches de Surmoi du Grand Paris étouffent son Ça »

Article 18/22 du Dossier | Création de la Métropole du Grand Paris

POINT DE VUE. Après une brève carrière d’ingénieur, Laurent Petit s’est réinventé psychanalyste urbain, au carrefour de la science, de la poésie et du spectacle de rue militant. Avec son collectif l’Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine, il couche les villes sur le divan, détecte les névroses urbaines et propose des solutions thérapeutiques.

regard Laurent Petit

Que vous inspire la création ainsi faite de la Métropole du Grand Paris ?

En psychanalyse urbaine, quelque soit le cas d’étude, on attend de mener une enquête approfondie avant de prononcer le moindre avis. Concernant le Grand Paris, nous n’avons pas encore été sollicités pour mener une psychanalyse urbaine digne de ce nom. Par contre, nous avons étudié cinq villes situées non loin de la capitale : deux villes nouvelles (Cergy-Pontoise et Sénart), une ville qui s’est régénérée par elle-même (Vélizy-Villacoublay), une ville très ancrée historiquement (Saint-Denis) et une ville qui n’a pas eu de chance dans la vie (Drancy) Chacun de ces cas nous a montré comme le Ça urbain, c’est-à-dire la pulsion qu’a toute ville de vouloir se développer à l’infini, était géré par un Surmoi, c’est-à-dire l’administration comme forme de pouvoir. Ce dernier peut être extrêmement présent comme le montre le cas des villes nouvelles : c’est l’État lui-même qui a fait naître ces entités urbaines.

À vrai dire, concernant la Métropole du Grand Paris, on a de loin l’impression que les couches de Surmoi chargées de réguler l’entité urbaine naissante sont très imbriquées les unes dans les autres et qu’elles ne s’entendent pas du tout entre elles. Les différentes strates de Surmoi semblent donc se paralyser mutuellement au point de totalement étouffer le Ça, la pulsion de vie venue jadis des habitants.

Que peut-on attendre de cette Métropole ?

En creusant un peu la question, on peut de toutes façons se demander si les projets de grandes métropoles de ce type ne sont pas suicidaires, à plus ou moins long terme. L’épuisement annoncé des ressources énergétiques et minérales, la fin des circuits de distributions de nourriture, l’effondrement probable d’à peu près toutes les administrations et les violences urbaines que cela va générer vont bientôt vider les villes de leurs populations. Elles vont fort naturellement avoir envie de se réfugier dans les campagnes. Faut-il dès lors continuer à s’écharper sur le projet d’une future ville-fantôme ? Ne vaudrait-il pas mieux encourager le Ça urbain à se régénérer dans les campagnes pour devenir un Ça post-urbain ? Et à ce compte-là, ne serait-il pas préférable de s’interroger sur ce que pourrait être une instance de régulation post-urbaine, un Surmoi campagnard, pour éviter à tout prix que de nouvelles villes se bâtissent à la campagne ?

Quelle vision du Grand Paris défendez-vous ?

Vu l’impossibilité criante du projet et les lourdes menaces qui pèsent sur l’avenir au niveau environnemental, on pourrait rêver d’un acte fort et audacieux qui consisterait à interdire définitivement la circulation sur le boulevard périphérique qui ceinture la ville de Paris. Débarrassé de toutes ces automobiles, le vaste terrain mis à jour serait alors investi par des milliers de réfugiés. Ils improviseraient à leur manière ce qui constituerait l’architecture et l’urbanisme de demain. C’est-à-dire une architecture entièrement basée sur l’utilisation de matériaux de récupération, pour mettre en pratique une vraie politique d’inventivité, de respect de l’environnement, tout en favorisant la mise en place d’une vraie cohésion sociale.

Il y a en effet fort à parier que se mettraient vite en place, et une nouvelle vie collective, et de nouveaux commerces, et de nouvelles activités plus basées sur l’entente et la solidarité que ce que l’on a pu connaître par le passé. En imaginant ainsi une zone de non-droit, une zone festive, d’expérimentations en tous genres, ce boulevard périphérique réaménagé constituerait une belle répétition générale avant l’exode urbain massif qui surviendra bientôt. Il essaimera ainsi toutes les innovations mises en pratique sur cet endroit qu’on pourrait rebaptiser par exemple le XXIème, ce qui résonnerait bien avec toutes les transformations qui devront se faire durant le siècle du même nom, et qui est le nôtre/Le Nôtre, après tout….

Crédit : Vincent Lucas

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1 Comment on "Laurent Petit : « Les couches de Surmoi du Grand Paris étouffent son Ça »"

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  1. Mic46 dit :

    Il faut arrêter la fumette, aucun camp de Roms basé sur l’économie de récupération n’a inventé la convivialité du futur , il faut aller hors des 6e , et 7 e arrondissement

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