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La Défense se cherche une âme et passe par l’art

Le quartier d’affaires de l’ouest parisien veut valoriser la collection d’œuvres qu’il abrite en son sein. Objectifs : retenir les salariés, accroître la fréquentation touristique, séduire les entreprises ; et s’afficher comme l’une des destinations culturelles du Grand Paris.

(c) 11h45 - DEFACTO (1)

Du Pavillon des points de vue, oeuvre éphémère d’Alain Bublex : les tours, l’Araignée rouge de Calder et la sculpture de Louis-Ernest Barrias en contrebas – Crédit : 11h45 – DEFACTO

Tout part d’un concours lancé par la Préfecture de la Seine pour commémorer la douloureuse défense de Paris face aux Prussiens, lors de la guerre de 1870. Parmi la centaine d’artistes participants – dont Auguste Rodin – le choix du jury se porte sur Louis-Ernest Barrias. Son groupe sculpté, avec une femme vêtue de l’uniforme de la garde nationale (allégorie de Paris) en figure de proue, est inauguré en présence de 100 000 personnes en 1883.

Quartier éponyme, art et architecture

Trônant au centre du vaste rond-point de Courbevoie, cette « Défense » donnera son nom au quartier d’affaires qui s’érigera progressivement dans sa périphérie à partir des années 1960. Est-ce parce que l’art est inscrit dans son ADN que le site lui a toujours réservé une place privilégiée ?

Toujours est-il que 68 œuvres rejoignirent cette « Défense » emblématique, entre 1970 et 2008. Certaines signées d’auteurs prestigieux – Mirò, César, Calder, Moretti….- d’autres moins connues mais rigoureusement sélectionnées. Toutes témoignent en tout cas d’une grande diversité de courants et de formes. Fresques, statues, cheminées d’évacuation et bassins sont autant de petits cailloux blancs laissés par le surréalisme, l’abstraction, le cinétisme, l’art conceptuel ou le nouveau réalisme. On trouve même dans un recoin du quartier d’affaires un fragment du mur de Berlin !

Fragments du Mur de Berlin - © 11h45 - DEFACTO

Fragments du Mur de Berlin dans le quartier Coupole-Regnault – Crédit : 11h45 – DEFACTO

Ce musée à ciel ouvert s’est hélas progressivement effacé sous la skyline dominante de 70 tours rivalisant de prouesses architecturales. C’est ainsi que les 160 000 salariés, 20 000 habitants, 17 000 étudiants et 23 000 touristes qui chaque jour se croisent à La Défense, passent des millions de fois à côté d’œuvres d’art. Sans les voir, sans les comprendre, sans les connaitre. Trop pressés d’aller travailler, de rentrer chez eux ou de consommer.

Et s’ils prenaient enfin le temps de s’arrêter ?

« L’économie a besoin d’art et inversement »

Pour pallier à ce gâchis artistique et promouvoir un art de vivre plus contemplatif, Defacto, l’établissement public en charge de gérer, d’animer et de promouvoir La Défense, va revaloriser cette collection ; en restaurant et révélant la richesse patrimoniale et culturelle du lieu.

« Nous voulons donner une véritable identité fédératrice à cet ensemble hétérogène et exceptionnel, en le rendant plus visible et accessible, résume Marie-Célie Guillaume, Directrice générale de Defacto. Nous aimerions que les gens qui travaillent ici prennent le temps de flâner, de s’attarder…plutôt que rentrer vite chez eux. » La valeur ajoutée artistique constitue également un avantage concurrentiel pour attirer de nouvelles entreprises comme la nouvelle Euronext : « Quelques soient leurs tailles, nous considérons les nouveaux arrivants comme des VIP. Nous leurs proposons un accueil privilégié, des visites guidées, des places de parking, des espaces publics de qualité et… ce musée à ciel ouvert ! »

Il s’agit en somme d’insuffler de la vie et du liant dans un site souvent décrié comme minéral et arrogant. « Dans une France qui se méfie toujours de l’argent, La Défense est considéré comme un lieu où la puissance financière et le CAC 40 dominent. Nous sommes pourtant convaincus que l’économie a besoin d’art et inversement. Et notre richesse artistique n’a pas d’équivalent dans les autres quartiers d’affaires européens ! Voilà pourquoi nous voulons marier et mettre en musique architecture, art et économie. »

Doubles lignes indéterminées - Bernar Venet © 11h45 - Defacto (1)

Doubles lignes indéterminées, de Bernar Venet, dans le quartier Michelet – Crédit : 11h45 – DEFACTO

Questions de points de vue

Pour cela, l’établissement public a débloqué 5 M€ et enclenché différentes actions. Parmi elles, l’amélioration progressive de la signalétique. Installés sur les sols, des cartels (plaques informatives) renseigneront le passant en français, anglais et chinois sur l’œuvre, son auteur, et renverra aux œuvres proches par un système graphique de flèches. Autre initiative : des visites guidées thématiques (dédiées aux enfants, aux salariés…) pour prendre les marcheurs par la main et leur faire (re)découvrir leur univers quotidien ; en suivant l’axe central – aligné sur l’Arc de triomphe – ou en explorant divers quartiers. De nuit, les œuvres seront mises en lumière pour rendre la collection visible à toute heure. À noter enfin, la conception d’une œuvre éphémère pour accompagner le projet et valoriser les chantiers de restauration – partielle ou complète, préventive ou curative – programmés.

Le Pavillon des points de vue, conçu par l’artiste Alain Bublex, s’est ainsi posé en juin en contreplongée de la sculpture inaugurale de Louis-Ernest Barrias – à tout seigneur tout honneur. D’accès libre toute la journée, il informe le visiteur sur l’œuvre, la collection et les travaux menés. Mieux, i lui offre deux « points de vue » inédits : l’un à l’intérieur, cadré par une baie vitrée donnant sur l’œuvre en restauration ; l’autre en terrasse d’où l’on voit l’œuvre intégrée dans son environnement. La restauration terminée, le pavillon est démonté, déplacé puis adapté au chantier suivant.

Reste à savoir si les 220 000 passants journaliers s’empareront de ces œuvres pour réenchanter leur quotidien ; et s’ils se souviendront que le plus grand quartier d’affaires d’Europe est aussi le plus vaste quartier piéton, la première place d’Europe. Où l’art, la lenteur et l’amour sont dorénavant les bienvenus.

Carte-mentale-des-69-oeuvres-d'art---Paris-La-Défense-Art-Collection

Carte mentale des 69 oeuvres d’art – Crédit : DEFACTO

Géré par Defacto, Paris La Défense Art Collection c’est :

69 œuvres d’arts
45 ans d’histoire de l’art dans l’espace public,
57 artistes
5 M€ de budget

Calendrier de l’œuvre éphémère d’Alain Bublex :
De juin à août 2015 : en balcon sur la place de la Statue de La Défense ;
De septembre à novembre 2015 : face à la restauration du Pouce de César ;
De décembre 2015 à février 2016 : entre Doubles lignes indéterminées de Bernard Venet et Le Moretti de Raymond Moretti.

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