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La conquête citoyenne des fruits

PORTRAIT. La ville comestible n’est plus une utopie. Avec son projet « Vergers urbains », un réseau de pionniers plante dans tout Paris et voit plus grand.

Parvis hotel de ville

Vergers urbains sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, juin 2013. Crédit : Sébastien Goelzer

 

L’agriculture plante sa graine en ville. Loin des faramineux projets de grandes fermes urbaines, de serres géantes et totems post-modernes, l’initiative est avant tout citoyenne, relayée à petits pas par les pouvoirs publics. Les pionniers sont associatifs et oeuvrent à l’échelle locale. Il s’appellent Guerilla gardening, Toits vivants, Ville comestible… Le festival d’Agriculture Urbaine qui s’est tenu du 1er au 4 mai dans le cadre des Utopies concrètes est devenu leur vitrine emblématique. Il rebondira entre le 30 juin et le 2 juillet lors des Ateliers d’été de l’agriculture urbaine et de la biodiversité sous la Halle Pajol du 18ème arrondissement.

Micro-forêt comestible

À une centaine de mètres de là, le QG de Ville comestible et Toits vivants est empli de pots où germent des plantes, de sacs de terre et d’outils de jardinage. Sous leurs fenêtres, le petit verger urbain qu’ils ont créé fin mars, placette Pajol. « L’espace appartient au bailleur de l’immeuble, explique Sébastien Goelzer, coordinateur de Ville comestible. Les habitants voulaient en faire quelque chose, la Ville leur a conseillé de nous contacter alors que venions d’emménager ici. On a travaillé avec les associations du quartier, avec des jeunes des écoles en chantier éducatif et les habitants qui sont venus nous donner un coup de main. » Quelques mètres carrés suffisent parfois pour créer du lien social, du bien commun, des rencontres. C’est pas grand chose 9 m3 de terre, c’est pas grand chose quelques groseillers, des framboisiers, des fraisiers et des aromates, mais avec son projet « Vergers urbains », Ville comestible essaime.

Placette Pajol

Plantations, placette Pajol (18ème arr.), mars 2014. Crédit : Sébastien Goelzer

Lancé il y a deux ans de manière informelle, le projet met en réseau paysagistes, urbanistes, jardiniers, artistes, animateurs sociaux, acteurs issus des villes en transition ou de la permaculture. Il prend la forme d’un puzzle, occupant les friches et les espaces minéralisés, dès que l’occasion se présente. Quelques jours avant la placette Pajol, « Vergers urbains » investissait le square Fleury dans le 20ème arrondissement et y plantait une dizaine d’arbres (pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers…) et une quinzaine d’arbrisseaux (groseillers, caseillers) dans l’idée de constituer une petite forêt comestible. La veille, au 129 boulevard Ney, dans le 18ème arrondissement, sept arbres fruitiers étaient plantés par des enfants et leurs parents en pied d’immeuble. Plantations dans des jardins partagés, au mur à pêches de Montreuil, événement sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris avec la constitution d’une micro-forêt comestible en juin 2013, interventions pédagogiques dans les écoles, installation de bacs mobiles lors des Ateliers d’été de l’agriculture urbaine… « Vergers urbains » multiplie les interventions pour promouvoir la ville fruitière et garde « en pots » une dizaine de projets sur Paris et proche banlieue.

Square Fleury

Plantations, square Fleury (20ème arr.), mars 2014. Crédit : Sébastien Goelzer

« Les fruits vont salir les trottoirs »

Ses premiers soutiens sont les habitants qui cherchent à transformer leurs espaces communs. « Ils viennent nous voir directement, raconte Sébastien Goelzer, ou passent par les équipes de développement local dans le cadre des quartiers politique de la ville. Parfois, ce sont aussi les conseils de quartier qui nous contactent ou les bailleurs sociaux. » Le bouche à oreille fait son affaire, de proche en proche. À commencer par le quartier Pajol où sept groupes d’habitants souhaitent végétaliser leurs espaces communs. Cette idée qui fait son chemin paraissait utopique il y a à peine deux ans. « On nous opposait une quantité d’arguments, explique Sébastien Goelzer : les fruits, en tombant, vont salir les trottoirs, les passants vont glisser dessus, les gosses vont grimper aux arbres, casser les branches ou tomber… Sur la tête, évidemment. Aujourd’hui, on remarque une évolution rapide des mentalités. » En octobre dernier, Anne Hidalgo, alors candidate à la Mairie de Paris, avait dit « aimer beaucoup » l’idée de cultiver « des arbres fruitiers dans les parcs et jardins ». Mais les différents pouvoirs locaux sont en général plus sensibles à l’impact social des vergers. Sébastien Goelzer raconte : « Il y a quelques temps, Paris Habitat nous a demandé de réfléchir à la création d’un jardin partagé dans le 13ème arrondissement. Plutôt que de clôturer l’espace, nous leur avons proposé des délimitations à l’aide de saule tressé et de haies fruitières. Ils étaient plutôt réticents, mais nous ont mieux écouté lorsque l’on a insisté sur la vocation pédagogique : l’accompagnement des adhérents dans l’entretien des haies, le lien social créé par la récolte, la dimension collective du projet. Un verger crée aussi du bien commun, là où la résidentialisation a tué les relations sociales. »

Une ceinture vivrière pour le Grand Paris

Chantiers d’insertion ou participatifs, ateliers publics, vergers pédagogiques… La révolution fruitière commence sans doute par là, car on ne peut attendre des récoltes qui nourriront Paris à partir de quelques dizaines de pommiers et de pruniers. Pour Sébastien Goelzer, la cause n’est cependant pas entendue « si on se base à l’échelle du Grand Paris et que l’on défend le principe d’une ceinture vivrière. La moitié du territoire francilien est consacré à l’agriculture, mais il s’agit d’une agriculture d’exportation. Pour notre part, on souhaiterait qu’il s’agisse aussi de culture maraichère et fruitière. » Il y a moins d’un an, « Vergers urbains » reprenait ainsi en gestion un verger de 8 000 m2, à Montgé en goële, près de Roissy (77), y plantant 80 grands arbres fruitiers. Sans organisation particulière, une première récolte a pu donner près de 200 kgs de fruits. Pas de quoi inquiéter Rungis, mais l’intention de « Vergers urbains » est plutôt d’en faire un lieu ressource pour alimenter ses différents projets et un espace conservatoire pour des variétés régionales. « Des compétences ont été perdues autour des arbres fruitiers et l’on redécouvre d’anciens vergers, comme à Brétigny-sur-Orge, que les habitants souhaiteraient remettre en état », nous dit Sébastient Goelzer.

Le verger de Montgé, prés de Roissy (77). crédit : Sébastien Goelzer

Le verger de Montgé, prés de Roissy (77). crédit : Sébastien Goelzer

À la Foire de Paris qui se tient jusqu’au 11 mai, Vergers urbains expose son savoir-faire en compagnie d’autres porteurs de « végétalisation innovante » tel que « Paris sous les fraises » qui conçoit des murs végétaux vivriers, mais donne surtout rendez-vous du 30 juin au 2 juillet, Halle Pajol. La greffe est en train de prendre.

 

 

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