banner ad
banner ad

Jean-François Carenco : « Le Grand Paris n’est pas un territoire, c’est un projet »

INTERVIEW. Après avoir participé à l’émergence de la métropole lyonnaise avec Gérard Collomb et Michel Mercier, Jean-François Carenco a mis en place depuis le 1er janvier 2016 la Métropole du Grand Paris. Et pour le préfet, cela marche ! Une conviction qu’il affiche tout au long de cet entretien.

Jean-François Carenco

La Métropole du Grand Paris vient d’être créée. Quel bilan dressez-vous de votre action ?

Ca y est, un bébé nous est donné ! La métropole est née. Nous avons posé les premières briques, c’est-à-dire les onze territoires de coopération auxquels il faut ajouter Paris. C’est le départ de l’aventure. Même si certains voudraient que tout soit parfait dès le début, réjouissons-nous déjà de cette naissance.

Finalement, les oppositions du début ont été assez facilement surmontées ?

Il y a une loi. Je l’applique. Je constate que les 209 conseillers ont été nommés, que les EPT sont en place. Clairement, cela change les choses. Aujourd’hui, nous préparons la métropole pour 2030, 2040, 2050. A terme, cela doit être la traduction démocratique et politique de ce qui se passe sur le Grand Paris où les réalisations sont gigantesques.

N’y-a-t-il pas aujourd’hui deux Grands Paris : celui des transports et l’institution ?

Non, le Grand Paris, il se fait ici. Et le Grand Paris, ce n’est pas un territoire, c’est un projet ! C’est un ensemble de réalisations qui touchent au réseau de transports, mais aussi à un ensemble de politiques en matière de logement, d’activité, de culture et de compétitivité ciblées sur l’aire urbaine de Paris. Tout cela vise à créer une vaste zone compétitive à l’échelle mondiale. A côté, vous avez une métropole qui ne couvre pas tout à fait l’aire du Grand Paris, et on peut le regretter, mais tout cela évoluera. L’important est de croire au mouvement. Dans cette transformation, il y a ceux qui regrettent le passé, ceux qui se contentent de ce qu’il y a et ceux qui font confiance aux individus pour aller de l’avant.

Vous avez travaillé sur la constitution du Grand Lyon. En arrivant à Paris, quelles différences avez-trouvé ?

La métropole du Grand Lyon répondait à une loi ordonnance. Elle a été conçue en petit comité. Avec Gérard Collomb, Michel Mercier et moi-même au nom du gouvernement, nous nous sommes mis d’accord. Nous avons écrit un texte et nous l’avons ensuite fait partager. Tandis que là, nous avons écrit un texte qui est une vraie loi parlementaire. C’est nécessairement plus compliqué de rédiger une loi dans un parlement où les 2/3 des élus ne sont pas concernés. Avec ce texte, nous avons été beaucoup moins loin qu’à Lyon où nous avons supprimé le département sur un bout du territoire.

Lyon est-il un modèle ?

Je ne me permettrais pas de le dire. Je dis juste que Lyon est bien fait et que nous avons enlevé une couche du mille-feuille sur une partie du territoire.

Mis à part Argenteuil et quelques villes de l’Essonne, les limites départementales ont été respectées. Quel rôle ont joué les présidents de Conseil généraux dans ce découpage ?

Je pense qu’ils l’approuvaient et c’était aussi ma conception. Et puis, cela a déjà été assez compliqué…

Un reproche récurrent est de ne pas avoir superposé les territoires aux contrats de développement territorial. N’est-ce pas un handicap ?

Absolument pas ! Cela n’a aucun rapport. On aurait pu faire les CDT en se mettant tout simplement autour d’une table. Or, on les a faits avec un formalisme absolu sans vraiment déboucher. Ce n’est qu’une somme de connaissances et de volonté. C’est déjà pas mal, mais les CDT n’étaient pas dans l’optique de l’action. Il s’agissait juste d’une réflexion commune pour voir ce que nous pourrions faire ensemble.

Pourtant, certains comme le Val de Bièvre espéraient que ces CDT aboutiraient à une stratégie territoriale ?

Dans le Val de Bièvre, nous allons faire un Contrat d’intérêt national (CIN) qui reprendra largement le CDT. Le CDT, c’est une vision papier des choses, et c’est d’ailleurs mon principal reproche. Mi-janvier, nous allons réunir tous les acteurs du Val de Bièvre et nous allons signer un CIN que nous appliquerons. J’essaye d’être dans l’action, dans la réalisation.

La MGP actuelle peut-elle encore être remise en cause à la suite de recours ?

Non, ces recours concernent des communautés d’agglos de grande couronne. C’est la vie, et c‘est un processus administratif normal.

Aujourd’hui, Patrick Devedjian vient de proposer une fusion des Hauts-de Seine avec les Yvelines et d’autres rapprochements de territoires sont envisagés. Quelle est votre analyse ?

Je ne fais pas de politique… On verra dans dix ans ce que cela donnera…

Ces fusions peuvent-elles remettre en cause l’équilibre de ce Grand Paris ?

Mais non ! Arrêtez de faire de l’institutionnalisme. Ce qui compte, c’est l’action ! Et pas les regroupements. C’est d’avoir des territoires pertinents pour l’action sachant qu’aucun politique, aucun haut fonctionnaire, aucune structure ne sait travailler tout seul. C’est mon message. Le débat Etat-Collectivités locales est un débat de vieillard. Le débat public-privé n’est plus un débat. Regardons ce qui se passe dans les autres métropoles du monde. Nous sommes dans une concurrence féroce. Le sujet est de se rassembler autour de projets. Et cela marche. Regardez la construction de logements en Ile-de-France. En 2015, nous sommes à plus de 30 000 logements sociaux (dont 25% de PLAI), soit cent de moins qu’en 2013 qui était la meilleure année depuis vingt ans. C’est ça la réalité ! En 2015, nous en sommes à 68 000 permis de construire, 3% de mieux qu’en 2014, et à 63 100 logements mis en chantier, soit une hausse de 10,6% sur 2014. On nous dit que c’est la crise ! Mais ce n’est plus vrai. Ces chiffres montrent que cela marche.

Mais ces constructions sont inégalement réparties…

Il y a 40 villes carencées en Ile-de-France. Sur plus de mille. Et vous m’en faites un fromage. S’il y a des rééquilibrages à faire, faisons-les. Mais s’il y a une bonne nouvelle, annonçons là et arrêtons ce France bashing.

Quelles conditions permettraient de tenir l’objectif de 70 000 logements promis depuis si longtemps ?

70 000 logements, c’est un chiffre mythique qui n’est sorti d’aucune analyse sérieuse. Nous en sommes à 68 000. C’est un chiffre historiquement haut. Vous devriez sourire.

Quel rôle devra jouer l’Etat pour faire grandir la métropole ?

Le rôle de l’Etat est de l’accompagner, d’être son précepteur. Nous allons avancer doucement.

La loi est là pour nous aider même si à terme nous n’en resterons pas là. Mais ce sera au législateur d’en décider, même si je regarde vers Lyon.

Et la Mission de préfiguration ?

Elle disparaîtra le 22 janvier.

A peine élue, Valérie Pécresse endosse le costume de Jean-Paul Huchon pour fustiger la métropole. Ces deux entités peuvent-elles être complémentaires ou à terme la région est-elle vouée à disparaitre ?

Elles sont complémentaires. Quand vous allez à Saint-Arnoult ou à Provins, vous n’avez pas vraiment l’impression d’être dans une métropole. La région incarne la volonté d’un territoire. Après, il y des régions et des métropoles dans toutes les régions françaises. Et même si Paris est vaste, cela ne fait que 7 millions d’habitants sur douze. Certains travaillent avec les Conseils généraux, d’autres avec la métropole. Je n’ai aucun doute que cela va marcher. Un préfet est là pour rassembler, pour construire, abattre des montagnes pour que les réalisations soient là. Je suis dévoué corps et âme à cette mission et j’ai le sentiment que ces territoires, cette métropole sont en train de bouger.

Et pour le partage des compétences ?

La loi les a partagées.

Est-ce une chance pour la métropole d’avoir un premier ministre francilien ?

Nécessairement, un premier ministre qui s’intéresse à la région capitale fait avancer les choses. Mais c’est aussi sa politique. Je ne veux pas laisser croire qu’il s’intéresse à la capitale uniquement parce qu’il est d’Evry. Ce serait réduire l’ambition du gouvernement pour cette région.

A Lyon, une couche administrative a été supprimée. Peut-on enfin espérer une rationalisation dans les intercommunalités ?

Pas avec le découpage actuel. Essayons déjà de nous satisfaire de ce que nous avons et qui est une grande avancée dans la compétition internationale. Ce qui compte dans la vie publique, aujourd’hui, c’est de donner du travail, des logements et d’avoir une culture qui rassemble. Ce sont les 3 sujets qui préoccupent les gens. Créer de la valeur, créer du lien social, créer de l’émotion culturelle, c’est ce qui en train de se passer sous nos yeux. Nous venons de faire la loi. Appliquons là avant d’en rediscuter et arrêtons de nous regarder le nombril pour voir qu’autour de nous, si on n’y prend garde, on se fera dévorer. Mais les premiers résultats montrent que ce n’est pas demain la veille.

Parmi vos autres dossiers, vous avez entrepris de lutter contre la fraude au détachement de salariés. Quels sont les résultats ?

Une vingtaine d’entreprises sont déjà concernées. Nous avons créé des équipes au niveau de l’URSSAF et de l’inspection régionale du travail, mais ce n’est pas au préfet de cibler des entreprises.

La région confiera-t-elle à la ville les dimanches du maire ?

Paris est la seule ville où c’est le préfet qui en décide. Moi, je ferai ce qu’on me demandera. Je ne me sens pas plus puissant en ayant cette compétence.

On dit que vous n’avez pas la langue dans votre poche. Est-ce un handicap pour un préfet ?

Il faut que je me surveille de temps en temps…

(avec Olivier Delahaye)

A LIRE SUR GRAND PARIS METROPOLE

×

Envoyer un commentaire