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Investissements étrangers : le Grand Paris commence à porter ses fruits

En 2014, l’attractivité de l’Île-de-France pour les investisseurs étrangers est reparti à la hausse. Transports, immobilier, nouvelles technologies, tourisme : la capitale et sa région ont trouvé un nouveau souffle. En espérant qu’il soit pérenne.

Issy-les-Moulineaux, Microsoft

À Issy-les-Moulineaux, un écosystème pour les entreprises de nouvelles technologies. Au premier plan, Microsoft.

Dans un climat de crise économique, l’image du Grand Paris semble parvenir à échapper à la morosité. Selon l’étude KPMG – Paris-Ile de France Capitale économique, la ville est redevenue la 3ème place mondiale la plus attractive pour les investissements étrangers en 2014, devant New York, Hong Kong ou Sao Polo. Alors même que dans le monde, les investissements dits “Greenfield”, générateurs de forte croissance, ont tendance à stagner. L’Europe de l’Ouest a connu une baisse de 15 % de ses investissements directs internationaux entre 2013 et 2014, tandis que l’Île-de-France a vu son attractivité croître de 32% : 368 projets d’investissements directs internationaux ont été concrétisés en Ile-de-France en 2014 contre 279 l’année précédénte. Les projets en provenance des Etats-Unis sont de retour. Ils ont presque doublé en 2014 et représentent près d’un tiers des investissements réalisés en Ile-de-France.

Les signaux sont tout aussi positifs concernant l’implantation des fonctions stratégiques : Paris est passé de la 8ème à la 3ème place en un an. C’est la plus forte progression du classement, aux côtés de Dublin, qui se place en cinquième position. L’embellie est réelle, puisqu’il y a trois ans, les sièges sociaux, le marketing, la R&D et les départements financiers snobaient Paris et la capitale enregistrait une baisse de 37% sur ce segment. Pendant ce temps, Londres, grande concurrente, caracolait en tête des villes les plus attrayantes pour les capitaux étrangers. Les rives de la Tamise restent les plus attractives en Europe mais la tendance s’est nettement améliorée pour l’Ile-de-France.

Paris et sa région possèdent de réels atouts : infrastructures de transports, universités et centre de recherche et sa place de première métropole économique européenne peuplée de plus de 11 millions d’habitants. Mais ce regain très récent est-il durable ? La métropole francilienne doit s’appuyer sur ses nombreux points forts pour espérer inscrire cette attractivité dans le temps.

« Les grandes métropoles se battent à coups d’aéroport »

Pour mettre en avant les atouts de l’Île-de-France, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France et Paris Région Entreprises viennent de lancer Paris Région Map, une plateforme de données géolocalisées accessible gratuitement. Mission : “offrir des informations sur les marchés, les savoir-faire, les compétences, les technologies porteuses ou les territoires clefs de l’économie francilienne” à destinations des investisseurs internationaux. De quoi mettre toutes les chances de son côté.

Car dans beaucoup de secteurs économiques, Paris est bien positionnée. Celui des nouvelles technologies représente un tiers des projets d’investissement en 2014, soit une évolution de 60% en un an. Les technologies de l’information et de la communication constituent une part importante (environ 40%) des projets soutenus Paris Développement, structure de prospection et de promotion financée à 95% par la ville de Paris et des investisseurs privés. Viennent ensuite le secteur des services et conseils, les industries créatives et le tourisme.

Autre atout, « Paris conserve la plus forte concentration des sièges sociaux selon le classement Fortune 500, note Karine Bidart, directrice de Paris Développement. Et le premier parc immobilier tertiaire en Europe avec 50 millions de mètres carrés. »

Mais la lutte est féroce parmi les métropoles européennes : Berlin est devenue la ville la plus attractive en matière d’immobilier commercial. Selon le rapport publié conjointement par l’Urban Land Institute et le cabinet de conseil PriceWaterhouseCoopers (PwC) au début de l’année, l’attrait économique de la ville de Paris perd de son éclat auprès des investisseurs immobiliers, à la différence d’autres capitales bien plus éprouvées, du fait de la crise, telles que Madrid ou Athènes. Paris est relégué à une lointaine 24ème place, une perte de dix places par rapport à l’année précédente, juste derrière Lyon, 23ème.

Côté transports, le Grand Paris apporte des réponses concrètes pour faire de la capitale une ville en mouvement. De nouvelles infrastructures vont voir le jour avec une ligne qui reliera les deux grandes plateformes aéroportuaires, Roissy et Orly. « Londres, Dubaï, Singapour, Shanghai : les pays et les grandes métropoles se battent à coups d’aéroport, constate François-Xavier Deflou, directeur général de Seine-et-Marne Développement. Pour un territoire comme le nôtre, qui reste périphérique dans le Grand Paris, l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle nous permet de nous y raccrocher. Les Asiatiques, qui y atterrissent souvent, l’identifient parfaitement. »

Accélération-du-Grand-Paris-2024

« Le Val d’Oise n’est pas facile à positionner sur une carte, mais quand on explique que l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle s’y trouve en partie, et que le département est situé au cœur des réseaux de transport parisiens, alors l’intérêt augmente considérablement », confirme Jean-François Benon, directeur du Comité d’expansion économique du Val d’Oise (CEEVO). Rien de surprenant en effet. Les nœuds de transport facilitent la logistique et les flux de main-d’œuvre. Ils sont donc vecteurs d’activité économique. Les projets de transport portés par le Grand Paris constituent une promesse de taille pour de futurs investisseurs. « Nous sommes le département où les aménagements démarrent en premier avec la réalisation de la ligne 15 sud. Dix gares de ce nouveau tronçon se trouvent sur le territoire du département. Et chaque station génère des surfaces habitables et de nouvelles implantations d’entreprises », se félicite Pierre Paumel, directeur de projet prospection et promotion à l’agence de développement du Val-de-Marne.

Axe Pekin-Istanbul

L’Asie, nouvel eldorado ? Sans aucun doute. Selon l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), la présence d’entreprises chinoises croît régulièrement depuis plusieurs années dans l’Hexagone. En 2014, les investissements provenant de l’Asie, notamment du Japon et de la Chine, ont progressé de 54% sur un an, plutôt dans les secteurs du commerce, de l’e-commerce et des services aux entreprises. Et Paris n’a pas encore atteint le niveau de ses concurrentes européennes en matière d’investissements en provenance d’Extrême-Orient : les marges de progression existent pour attirer de nouvelles mannes financières. Et les touristes aussi ! Dans les quinze ans à venir, la capitale française devrait compter 50% de visiteurs en plus, dont une majorité issue de la classe moyenne chinoise.

Graphique investisseurs Ile de France

Qui investit en Île-de-France ? (source Paris Region, 2014)

Des géants des télécoms comme Huawei ou ZTE sont arrivés en France ces dernières années et les sociétés chinoises y emploient maintenant plus de 12 000 personnes. Les liens qui se tissent trouvent souvent leur concrétisation à long terme. « La meilleure solution pour attirer les investisseurs étrangers est de tisser des relations qui durent », estime Jean-François Benon. Le Val-d’Oise a noué un partenariat avec le Japon depuis plus de deux décennies, en se jumelant notamment avec la région d’Osaka. La méthode de travail consiste à prospecter auprès des entreprises en croissance, à aider les entreprises à s’implanter en leur trouvant des terrains et des locaux, puis animer la communauté d’investisseurs étrangers issus d’un même pays, via des soirées dédiées ou des événements culturels. Le Val-d’Oise accueille ainsi le festival du film contemporain japonais.

L’idée est que les chefs d’entreprises sont les meilleurs ambassadeurs du territoire où ils ont installé leur activité. Le lien doit donc être entretenu soigneusement, sur le long terme.

« Les Français ont parfois l’image de personnes aimant faire des coups en affaire. C’est tout le contraire qui fonctionne : la régularité, le sérieux, la fidélité », estime Jean-François Benon.

Cette politique a permis au Val-d’Oise de se doter, avec le temps, d’un vrai tropisme japonais : la France compte plus de 400 sociétés japonaises sur son territoire et soixante d’entre elles sont installées dans le département. Ainsi une entreprise comme Kubota, originaire d’Osaka et spécialisée dans les tracteurs et les travaux publics, a implanté son siège européen à Argenteuil il y a quatre ans. La PME, arrivée au début des années 1990, compte aujourd’hui 400 salariés dans le département.

Et les horizons s’élargissent. Il y a trois ans, le Val-d’Oise a aussi accueilli le siège du constructeur turc d’autocars et de blindés, Otokar. Les capitaux turcs ne sont qu’à quelques heures de vol, et Paris, comme Istanbul, constitue un poumon d’activité central en France. Les entreprises turques ne sont pas dépaysées par la géographie économique hexagonale, très centralisée comme dans leur pays. La France cherche à renforcer ses relations économiques avec Istanbul, dont elle est le troisième partenaire économique européen. La région Ile-de-France est en bonne place, comme le montre l’installation récente d’un centre de recherche par l’équipementier automobile Martur à Vélizy (Yvelines).

368 : nombre d’implantations d’entreprises internationales en Île-de-France en 2014, contre 279 en 2013 (+32%)
159 : nombre de centres de décision implantés en Ile-de-France en 2014, soit 43% des investissements
19% : notoriété du Grand Paris en Europe, contre 11% en Amérique, 7% dans les pays du Golfe, 3% en Asie.
2ème : position du Grand Paris pour la qualité de vie, 3ème en matière d’infrastructures, 4ème pour la disponibilité de ressources humaines qualifiées et la qualité de l’enseignement, 5ème pour la stabilité politique et sécurité juridique.

“Nouvelle” Rome

Autre atout de la capitale pour attirer les capitaux étrangers : ses nombreuses universités et les pôles de compétitivité. « Ils sont huit en Ile-de-France. Le principe des clusters, qui mélangent recherche, enseignement et entreprises, est très bien identifié à l’étranger », constate Karine Bidart. En juillet 2014, un ancien employé de Facebook, Jeff Hammerbacher, a implanté sa start-up Cloudera à Paris pour y piloter toute son activité en Europe du Sud. Spécialisée dans le big data, Cloudera agrège toutes les données dont les grandes entreprises ont besoin pour leur développement. Ce secteur est en pleine explosion en France grâce notamment au pôle universitaire Paris-Saclay, Silicon Valley à la française entre l’Essonne et les Yvelines.

Selon l’AFII, les pôles de compétitivité constituent un facteur d’attractivité pour 85% des investisseurs étrangers. En 2009, Microsoft décidait de regrouper à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) les 1 700 collaborateurs de Microsoft France, la R&D et les opérations internationales. Les raisons du leader mondial du logiciel ? « S’implanter dans un environnement dynamique en termes de nouvelles technologies, à proximité d’autres leaders du secteur (Cisco, HP, Intel, France Telecom R&D) et se rapprocher de nos principaux clients, partenaires et interlocuteurs de la société numérique ». La présence du pôle de compétitivité Cap Digital dans le sud de Paris ainsi que la ligne T1 du tramway passant à Issy-les-Moulineaux n’y ont pas été pour rien. Plus largement, les Hauts-de-Seine arrivent en tête en matière d’investissements étrangers : le département accueille 18% des entreprises étrangères de l’Ile-de-France, soit 2 700 entreprises. Majoritairement américaines ou britanniques, elles emploient un quart des salariés du département et sont attirées principalement par le quartier d’affaires de La Défense (voir encadré).

Alors, le Grand Paris est-il une « nouvelle Rome » ou une « nouvelle Californie » ? Le terme a l’avantage d’évoquer à la fois l’importance historique du lieu, son intention de rester un pôle économique très attractif, tout en gardant sa place de numéro un du tourisme mondial. Dans ce secteur, Paris veut se doter des solutions d’hébergement nécessaires pour doubler sa fréquentation touristique d’ici à 2025. Comme nulle autre ville au monde, la capitale française a la chance d’attirer pour son cadre de vie et sa culture. En matière d’attractivité économique, les dernières assurances politiques données autour de la réalisation des projets du Grand Paris ont sans aucun doute contribué à conforter les investisseurs dans leur choix de miser sur l’Ile-de-France.

 

La Défense retrouve une dynamique

Cinquante ans après sa création, la Défense a besoin d’un lifting pour redevenir attractive aux yeux des investisseurs internationaux. La City de Londres est le quartier d’affaires le plus attractif en Europe, suivi de Francfort, qui est passé devant La Défense, et et les Espagnols d’Azca, à Madrid, sont en faction. En 2014, l’horizon s’est un peu clairci. Le quartier d’affaires des Hauts-de-Seine a signé sa meilleure performance depuis 2008. Plus de 230 000 m² de bureaux commercialisés, 1,8 milliard d’euros d’investissement (soit 15% du total francilien) : le marché de La Défense a retrouvé des couleurs. Symbole de ce nouvel élan, la plus grande transaction a été réalisée par le fond de pension texan Lone Star, qui a acquis l’immeuble Cœur Défense d’une surface de 180 000m².

Majunga project

L’année dernière, les loyers se sont légèrement assagis et, surtout, les avantages accordés aux nouveaux locataires ont représenté jusqu’à 30% d’économie, selon l’EPADESA. Thalès vient d’installer son siège social dans la tour Carpe Diem, sortie de terre en 2013. À partir du 1er avril, KPMG investira la tour Eqho, entièrement rénovée. Axa Investment Managers occupera les 18 premiers étages de la tour Majunga, sortie de terre en 2014. Et, en 2015, Euronext quittera le quartier de la Bourse, à Paris, pour s’installer dans les 10 000 m2 de Praetorium, immeuble situé au pied de la tour Dexia. Il était vide depuis sa livraison en 2009. Enfin, Generali doit déposer cette année un permis de construire pour bâtir un gratte-ciel qui sera occupé par Saint-Gobain en 2019-2020. Mais le stock de bureaux vides reste très important (plus de 400 000m2) et les transports sont toujours saturés. Plus de huit salariés sur dix travaillant à la Défense arrivent via des métros ou tramways surchargés. Le chantier de la ligne Eole, qui prolongera le RER E à l’ouest entre Mantes-la-Jolie et la Défense, doit être lancé cette année pour une mise en service prévue en 2020 et 2022.

 

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