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« Il y a deux mondes : la métropole et ce qui se passe autour »

INTERVIEW. L’événement ne fait guère parler de lui. Il est pourtant tout à fait nouveau. Durant deux jours, les 28 et 29 janvier, les maires de communes rurales de toute l’Europe vont se retrouver à Metz, aux Assises européennes des maires des territoires ruraux, pour discuter des enjeux de leurs territoires et de leur place au sein l’Union. L’occasion de s’entretenir avec l’un d’eux, Jacques Drouhin, maire de Flagy (Seine-et-Marne) et président de l’association des maires ruraux de Seine-et-Marne.

Jacques Drouhin, maire de Flagy (77)

Comment les maire des communes rurales regardent la construction du Grand Paris ?

Nous avons eu l’occasion de participer à un certain nombre de réunions et de débats sur ce sujet, notamment les élus seine-et-marnais. Ce qui en ressort c’est le sentiment d’être largement oublié. Il y a bien deux mondes : la métropole et ses millions d’habitants et tout ce qui se passe autour. Alors, on se dit que c’est clairement à nous de prendre en main nos destinées, de créer nos propres projets. On se dit que nous sommes en mesure de construire notre propre identité plutôt que de faire partie d’un grand ensemble où l’on ne serait que des faire-valoir.

Nous n’avons ni la même identité géographique, ni les mêmes projets économiques ou sociaux. Au fond, nous ne sommes pas considérés comme des Franciliens.

Culturellement, vous ne vous sentez pas franciliens ?

Non. Et nos administrés non plus lorsqu’on les interroge. Ils n’utilisent même jamais ce mot. Ils peuvent se sentir seine-et-marnais ou essonniens, mais pas franciliens.

Pour vous, le Grand Paris ne va donc rien changer ?

Absolument rien. Nous intégrer dans un projet surdimensionné par rapport à ce que nous souhaitons pour nous serait une hérésie. Il faut au contraire que nous ayons cette capacité à prendre à notre compte les projets locaux. On est en train de louper une marche, la plus stable, celle de la proximité et on déstabilise tous ceux qu’il l’empruntaient. Avec les mégastructures que sont les métropoles ou les supra communautés de communes, on va dans le mur. De notre côté, nous souhaitons travailler sur des projets qui on du sens, sur les SCOT ou sur les Parcs naturels régionaux. Ce sont des entités qui nous conviennent, avec lesquelles nous pouvons dynamiser nos territoires à partir de leurs réalités.

Je sillonne beaucoup la Seine-et-Marne. De ce que j’entends chez les élus des territoires ruraux et chez les populations, on peut s’attendre à des retours très violents lors des prochaines élections par rapport à la manière dont on est en train de poser l’avenir de nos territoires.

Qu’il s’agisse de la réforme des rythmes scolaires, de la loi sur les métropole et maintenant du redécoupage cantonal, l’exaspération est grande. La fusion des cantons, c’est une manière d’agrandir les communautés de communes de demain et de perdre en proximité. Peut-être veut-on copier l’Allemagne et ses Länders ? Peut-être considère-t-on que les 36 000 communes françaises sont obsolètes et côutent cher ? Mais une métropole comme celle du Grand Paris, il va falloir une sacrée armée de salariés pour la faire tourner. Le coût qu’elle va représenter sera à mon avis bien plus grand que ce que peut coûter un maire rural dont les projets économiques et sociaux ont du sens.

À quelle échelle souhaitez travailler ?

À une échelle humaine, celle des intercommunalités. Dès qu’on dépasse Melun, on trouve des intercos dont les projets économiques sont cohérents. Plutôt que de vouloir créer des systèmes de transports qui ramènent encore plus les populations vers la métropole, nous voulons développer l’emploi local. Par la création de centres de télétravail, par exemple, qui évitent aux salariés de se déplacer. Par la mise en place de prêts d’honneur qui permettent aux artisans de se développer. Nous savons dynamiser nos territoires, nous n’avons pas besoin de la métropole pour ça.

Les assises européennes qui se tiennent ces jours-ci sont-elles un moyen de vous faire entendre jusqu’à Bruxelles ?

L’union fait la force. Lorsque nous sommes invités à des débats, nous avons souvent le sentiment d’être pris pour des farfelus. Les grands experts, nos énarques, Bruxelles… Écoutent-ils encore les gens qui ont du bon sens et peuvent faire des propositions ? De pouvoir échanger durant deux jours à un niveau européen, c’est effectivement une belle initiative. Mais il faudra une continuité, constituer des groupes de réflexion pour imaginer comment dans une Europe élargie les territoires ruraux peuvent contribuer à son développement. De toute manière, il faut que l’on soit solidaires.

Cette solidarité existe-t-elle en Île-de-France ?

Au niveau de la Seine-et-Marne, en tout cas, je peux vous dire que je n’ai jamais eu autant d’adhésions à notre association. Il y a un vrai désir de solidarité, mais en étant dans le combat et la promotion de nos territoires et non sur la défensive.

Vous sentez-vous encore bien représentés par le Sénat ?

On nous a toujours soutenu que le Sénat était le représentant des collectivités rurales, mais au final c’est juste une boîte de résonnace car le dernier mot revient toujours à l’Assemblée. S’il devait disparaître, lui ou le Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui ne sont que des structures consultatives, je pense que cela ne nous ferait ni chaud ni froid.

 

 

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