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Grand Paris Express : mieux vaut ne pas creuser à l’aveuglette

Le sous-sol parisien est truffé de tuyaux. Pour construire son super métro, la Société du Grand Paris doit explorer et connaître ces réseaux. Pas simple…

Ecoute de l'onde électrique

Années 1960 : des agents EDF écoutent l’onde électrique. Crédit : RTE

Sous les pavés, le câblage. Mais aussi des conduites et des tuyaux en tous genres, plus ou moins volumineux, plus ou moins profonds. Une toile d’araignée s’étend sous les pieds des Franciliens, tissée depuis le 19e siècle pour acheminer l’eau, le gaz, l’électricité, le chauffage, le téléphone et maintenant les données numériques. ErDF gère ainsi 78 500 km de lignes haute et basse tension en région parisienne ; avec 8 300 km de conduites, Veolia alimente le plus grand service d’eau français.

La RATP s’y est cassé les dents

Les chantiers des futures lignes souterraines du Grand Paris vont forcément croiser ces réseaux à moult reprises. Les points chauds seront les futures gares et sites de maintenance. Lors de leur construction, mieux vaudrait éviter de trancher dans le vif. Au pire ce serait dangereux, s’il s’agit d’une conduite de gaz ou d’électricité. Au mieux, l’erreur stoppe net les travaux en cours. C’est ce qui est arrivé en octobre dernier au tunnelier de la future ligne 14 de la RATP, qui creuse entre Saint-Lazare et Saint-Ouen. L’engin s’est échoué sur un chantier de chauffage urbain, engagé justement pour dévier le réseau CPCU situé sur l’itinéraire du futur métro… L’affaire a fait un de peu de bruit. La difficulté de repérer les réseaux enterrés, alliée aux contentieux liés aux expropriations, a repoussé d’au moins deux ans l’ouverture de cette ligne à 1,38 milliard d’euros initiée il y a cinq ans.

Reproduite à l’échelle des 205 km de voies qui seront creusées d’ici 2030 pour le Grand Paris Express (GPE) et l’extension des lignes existantes, cette mésaventure deviendrait gravissime. Pour conjurer le risque, une seule solution : collecter le plus d’informations possible sur ces réseaux enterrés. Ce qui équivaut parfois à chercher une aiguille dans une botte de foin.

Tunnelier ligne 12

Tunnelier pour le prolongement de la ligne 12 du métro, depuis la station Porte de la Chapelle vers Aubervilliers, en 2010. Crédit : RATP

Les réseaux, commune par commune

La Société du Grand Paris (SGP), établissement public et maître d’ouvrage du GPE, a engagé cette démarche en 2012. D’abord pour définir la méthode globale, ensuite pour l’appliquer à l’itinéraire de la ligne 15 Sud (1), une pionnière qui devra embarquer ses premiers voyageurs dès 2020. La SGP a commencé par demander à tous les grands concessionnaires franciliens (2) de lui fournir leurs cartes, ce qu’apparemment ils ont fait. Les sociétés de maîtrise d’œuvre de la ligne 15, Setec et Sytrra (3) ont ensuite affiné les approches. « Setec et Sytra fournissent une vision complète des réseaux de chaque concessionnaire, commune par commune, sur le tracé de la ligne 15 Sud. Nous signons alors une convention avec les concessionnaires, pour déterminer notamment l’ampleur des travaux de déviation », explique Thierry Huyghues-Beaufond, responsable des infrastructures et des méthodes constructives à la SGP. Pour que les informations soient partagées entre tous les protagonistes, un site internet recense les concessionnaires présents dans les 22 communes concernées.

Les « clandestins »

Les conventions sur les travaux préparatoires permettent aussi d’en préciser l’importance et donc le coût. On sait déjà qu’à l’échelle du projet global, il sera colossal : 100 millions d’euros selon l’estimation de Philippe Yvin, président de la SGP. Sur la 15 Sud, il est encore trop tôt pour en déterminer le montant précis. Cela dit, certains concessionnaires qui effectuent les travaux mais sont remboursés intégralement par la SGP, en ont déjà un bon aperçu. ErDF les évalue à 3,5 millions d’euros. « Lorsque les dévoiements seront indispensables, nous essaierons de mutualiser au maximum les coûts avec d’autres concessionnaires, par exemple avec Orange », promet Philippe André, adjoint au directeur délégué raccordement d’ErDf. L’entreprise ne compte pas extraire l’intégralité de son réseau : « En dehors de l’emprise des gares, nos câbles seront parfois mis sous coffrage, un appareillage provisoire qui les sécurisera jusqu’à la phase de construction. »

Le problème, ce sont les fameuses aiguilles dans la botte de foin. En l’occurrence, les réseaux que Thierry Huyghues-Beaufond appelle « clandestins », par exemple la fibre optique hébergée dans d’autres enveloppes, comme Telcité-Naxos qui utilise les infrastructures métro et RER, mais pas seulement : « On peut aussi rencontrer des difficultés avec les réseaux fins, l’éclairage public, la signalisation routière, souvent spécifiques à chaque commune et dont les plans manquent de précision ou ne sont pas à jour. »

Classe C

Et quand les réseaux sont enfin repérés, les problèmes ne sont pas finis : les tuyaux ne sont pas toujours à la verticale du tracé sur la carte ! La cartographie réglementaire comprend en effet trois échelles de précision : moins de 50 cm (classe A), entre 0,50 et 1,50 m (classse B) et au delà d’1,50 m (classe C). Or la classe C semble la règle et la A, l’exception. Sur la 15 Sud qui encore une fois constitue un bel échantillon des futures difficultés pour l’ensemble des futures lignes, Thierry Huyghues-Beaufond estime que « les réseaux identifiés étant souvent en classe C, il est nécessaire d’effectuer une reconnaissance sur place. »

Voilà la dernière cartouche : réaliser des fouilles là où le concessionnaire est dans le flou ; sur la 15 Sud, trente-trois sites à problèmes ont ainsi été désignés. Les sondages sont en cours et tout doit être terminé cet été. Ce qui sonnera la fin d’une longue enquête, commencée en novembre 2013 par Sytra, Setec et les concessionnaires. La ligne 15 Sud servira sans doute de test pour les suivantes. À l’avenir, les études préparatoires aux travaux de déviation de réseaux « ne devraient pas dépasser un an », estime Thierry Huyghues-Beaufond. Et pour l’instant, les chantiers de déviation ont commencé pour de bon à deux endroits, Champigny-sur-Marne et Issy-les-Moulineaux. Sur l’ensemble du tracé, ces déviations ou la sécurisation de l’existant devront prendre fin mi-2016. Si tout a bien été pensé, les gares pourront plus tard être édifiées sans faire fuiter une conduite de gaz ou inonder le quartier.

 

(1) C’est la première moitié du futur métro périphérique francilien. Longue de 33 km, la ligne 15 Sud reliera Pont-de-Sèvres à Noisy-Champs. Elle comptera 16 gares et traversera 22 communes.

(2) Le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif), le Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap), Veolia, RTE (réseau électrique haute tension), ERDF (distributeur d’électricité), GRDF (gaz), GRT Gaz, CPCU (chauffage urbain), SFR, Orange, Numéricable, Colt (réseaux de données)…

(3) La société Setec est en charge de la maîtrise d’œuvre sur le tronçon entre Pont-de-Sèvres et Villejuif-Louis-Aragon ; Sytra s’occupe du deuxième tronçon jusqu’à Noisy-Champs.

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