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Grand Paris : accélérer ou mourir ?

ANALYSE. Construire le Grand Paris Express en moins de vingt ans, produire en masse et rapidement des logements, accélérer l’attractivité des territoires… Les acteurs économiques de la métropole en veulent plus et plus vite. Sauf que le temps des collectivités est un temps long.

Grand Paris : accélérer ou mourir

 

Ce jeudi 13 février, Paris Île-de-France Capitale Économique (Paris IDF CE), outil de promotion à l’international de la CCI Paris Île-de-France, organisait son 1er forum sur le Grand Paris, baptisé « Innover pour réussir ». Résolument positif, donc. Mais en fait d’un débat sur l’innovation qui a tourné autour de sujets plutôt attendus comme la smart city et la transition énergétique, le cœur de ce forum en a plutôt été la vitesse de construction du projet Grand Paris. Les entrepreneurs sont pressés. La concurrence internationale et urbaine fait rage. Directeur général de Cisco France, Robert Vassoyan l’a dit à sa manière : « La course à l’innovation est plus grande entre les métropoles aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a quelques années entre les grandes entreprises. » En ouverture et en conclusion du forum, le président de Paris IDF CE, Pierre Simon, a martelé ces mauvais chiffres de la croissance : 2,7% pour le Grand Londres sur les dix dernières années, 0,8% pour Paris Île-de-France. « Si rien ne change, sur la base des tendances actuelles en termes de PIB, Paris perdra 5 rangs en 15 ans dans les classement des métropoles internationales et passera de la 3ème à la 8ème place. »

« 20 ans, c’est trop long »

Accélérer. Tel est le maître-mot. L’orateur le plus en verve sur la question fut sans doute Guillaume Poitrinal, président du Conseil de la Simplification. « Lorsque j’étais étudiant, le code de l’urbanisme faisait 1 000 pages, il en compte aujourd’hui 3 000, et on lui a adjoint un code de l’environnement. » Lourdeurs réglementaires, donc, mais aussi lenteur des projets : « Qu’ont en commun le projet des Halles et celui de la reconversion de l’hôpital Boucicaut ? 16 années pour se faire. » Guillaume Poitrinal fut membre du comité de pilotage pour les Halles, il s’est souvenu avec lassitude des réunions « tous les jeudis soirs, pendant trois ans. » Et a fini par en appeler à une révolution pour le Grand Paris Express : « 20 ans, c’est trop long. Il faut le faire plus vite. » Applaudissements dans la salle.

Pour sa dernière allocution publique, Etienne Guyot, encore président du directoire de la Société du Grand Paris, n’a pas relevé. L’homme, au long de son mandat, s’est évertué à accomplir une démarche de concertation qui prend du temps.

Il a préféré souligné les « 67 milliards de retombées économiques que créeront le Grand Paris Express », rappelé que son investissement est « une fois et demi supérieur à celui du plan Marshall de 1947 », et a plaidé pour le savoir-faire de la SGP : « En 2020, 500 métropoles dans le monde auront plus d’un million d’habitants. La moitié d’entre elles ne possède aucun réseau ferré urbain. Le Grand Paris Express peut être une vitrine de l’excellence française en la matière. »

Peut-on faire bien et vite ?

Le préfet d’Île-de-France, Jean Daubigny, a estimé qu’effectivement « pour le Grand Paris, on n’est pas loin d’avoir besoin d’un big bang. » Sauf que… « Les investissements sont tels, les techniques financières sont si complexes, qu’il y a là un frein à aller plus vite. » Sauf que… « Pour aller vite, pour prendre des décisions politiques rapides, il faut un consensus. Et pour faire consensus, il faut du temps. » Sauf que… « Nous ne sommes plus en 1900 quand on construisait un métro en éventrant les rues de Paris. Imaginez des axes entiers du Grand Paris fermés pendant deux ans ! »

Peu de chances donc que l’appel de Guillaume Poitrinal soit suivi d’effets.

Des outils pour le logement

Pour le logement au moins, il y aurait peut-être matière à accélérer un peu le bidule. Pour Jean-Luc Poidevin, directeur général à Nexity, « il ne s’agit même pas d’aller plus vite, il s’agit d’urgence. » Mais « construire coûte trop cher », a rappelé le président de l’AFTRP, Thierry Lajoie.

Le foncier surtout : « Il représente 30% du coût de la construction dans le Grand Paris. » il faut donc un choc foncier, « massifier l’offre foncière, sortir d’une vision immuable de la ville, remplacer la procédure par le mode projet. L’intelligence de l’urbanisme de projet est accélérateur de volume et de qualité. »

L’avocat spécialisé Frédéric Nouel a pu se féliciter que le logement soit devenu « une priorité politique à tous les étages, de la commune à l’État en passant par les départements ». Mais voilà, les recours contre les opérations immobilières pleuvent. Certes, deux ordonnances de juillet 2013 permettent d’encadrer les délais de ces recours et de punir les recours abusifs. Mais les tribunaux administratifs continuent de crouler sous les procédures. Et la nature des recours a changé : « En Île-de-France, ils sont de plus en plus le fait de communes qui attaquent les communes voisines sur leurs projets », s’est désespèré Frédéric Nouel. La Métropole du  Grand Paris pourrait y mettre un terme. Après tout, comme l’a rappelé Thierry Lajoie, « elle a été enfantée par le problème du logement. »

Et elle possèdera son outil : Grand Paris Aménagement, successeur de l’AFTRP, voulu par la ministre de l’Égalité des territoires, Cécile Duflot. Celle-ci a pu conclure le forum en modérant par ailleurs les ambitions de l’État : « Il faudra redéfinir les périmètres opérationnels et les modalités d’intervention de l’État dans l’aménagement du Grand Paris. Les outils seront modernisés afin de construire davantage et de s’adapter au nouveau cadre institutionnel issu de la loi de décentralisation. Mais nous ne sommes heureusement plus à l’époque où l’État, en la personne de Paul Delouvrier, pouvait décider de créer des villes nouvelles où bon lui semblait. La décentralisation est passée par là et la future Métropole du Grand Paris et les nouvelles agglomérations de grande couronne disposeront de l’ensemble des compétences pour mener une politique active en faveur de l’aménagement et de la construction de logements. »

Rayonner plus vite

Est-ce qu’accélérer, ce serait accélérer l’attractivité ? Paris Île-de-France Capitale économique le croit, mettant en avant trois « pépites ». Trois territoires. Trois anciennes zones mal aimées et maudites. Saclay, La Défense, Marne-la-Vallée. Plaine venteuse, ville sur dalle, ville nouvelle. Des vilains petits canards des années 60 qui tiennent leur revanche.

Saclay a fêté plein de bonnes nouvelles en 2013. Ligne 18 du Grand Paris Express confirmée par Matignon, centre R&D d’EDF qui s’appellera EDF Lab Paris Saclay, création de plusieurs instituts de recherche… La plaine venteuse a le vent en poupe. Même Polytechnique revendique aujourd’hui son implantation à Saclay, ce qui pour Dominique Vernay, président du Campus Paris Saclay, « constitue une vraie révolution. »

La Défense, elle, est en pleine transformation. Urbaine, mais surtout humaine.

« Il faut positionner l’Arche au centre de l’espace du quartier, a prôné le directeur de l’EPADESA, Hugues Parant. Un espace constitué d’équipements de vie, comme ceux que se donnent les autres quartiers d’affaire depuis dix ans. Puisqu’on ne peut pas les faire sur la dalle, on les fera derrière. » Comprenez : de l’autre côté de l’Arche, vers Nanterre, où se construit déjà l’Arena 92, le stade voulu par Jacky Lorenzetti, président du club de rugby Racing 92.

Encore mal aimée, souffrant d’une « entrée de ville » déshumanisée aussi bien dans ses axes routiers que dans ses espaces souterrains, La Défense ne se tourne plus vers les hauteurs de ses tours mais vers l’horizontalité de ses espaces publics.

Quant à Marne-la-Vallée, l’ancienne ville nouvelle qui n’a bien longtemps connu la gloire que pour héberger un parc d’attractions américain, la voici propulsée fer de lance de la ville durable. La Cité Descartes commence à y rayonner, les incubateurs s’y développent, et elle aimerait que le futur « Institut de la Ville durable », préconisé par Jean-Marc Ayrault s’y implante. Mais elle a un problème. Son nom. Marne-la-Vallée, à l’international, ça ne parle à personne. « Le nom, c’est Paris, a insisté Chiara Corazza, directrice générale de Paris IDF CE. » Alors si Saclay a pu devenir Paris-Saclay, si La Défense se nomme dorénavant Paris-La Défense, pourquoi Marne-la-Vallée ne s’appellerait pas Paris-Marne-la-Vallée ? Faire du marketing territorial, c’est ça aussi accélérer le mouvement.

 

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