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EuropaCity, un débat qui s’annonce houleux

Organisé par la CNDP, le débat public sur EuropaCity aura lieu du 15 mars au 30 juin. Les opposants semblent ultra minoritaires, mais ce projet dont la viabilité reste à démontrer pourrait agréger tous ceux qui refusent le bétonnage de zones agricoles…

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Extrait d’une animation pour EuropaCity. Crédit : EuropaCity

Lancé en 2006, ce projet estimé à près de trois milliards d’euros est né sous de bonnes étoiles. Lancé par Immochan, filiale immobilière du groupe Auchan, il a reçu l’appui des plus hautes autorités nationales et régionales. Soutenu par la droite comme par la gauche, il fait partie des 22 projets qui ont reçu en 2011 le Label Grand Paris avec le soutien de Maurice Leroy, ministre de la Ville, et de Patrick Braouezec, président de Plaine Commune. En février 2016, ce projet a encore été appuyé par la CCI. Jean-Paul Vermès, son président, affirme : « L’objectif est d’apporter à EuropaCity toute notre expertise en termes de prospective, notamment sur les nouvelles formes de commerce, mais aussi en matière de formation et d’accompagnement des entreprises. »

Les promesses d’Immochan

Pour séduire investisseurs et décideurs, amadouer récalcitrants et opposants, le groupe s’y est pris bien en amont. Il communique abondamment dans les médias, ne lésinant ni sur les plaquettes luxueuses, ni sur la construction d’un site alléchant. Conscient des résistances qu’il pourrait rencontrer, le directeur du projet, Christophe Dalstein, ne manque jamais une occasion de montrer patte blanche, affirmant par exemple : « Le débat public, que nous avons souhaité, constituera une nouvelle étape clé dans le processus de co-construction constitutif du projet. Cette démarche collaborative s’inscrit dans la volonté d’Europa City d’impliquer l’ensemble des acteurs locaux et publics. » Consultations, sondages, appel au dialogue constructif, tout est fait pour déminer le terrain.

Et les promesses du groupe vont de pair. S’engageant à démarrer les travaux en 2019 pour une ouverture en 2024, Immochan prévoit de construire deux salles de spectacle, une salle pour le cirque contemporain, un centre culturel pour enfants et même une résidence d’artistes ! Concernant les 150 000 m2 consacrés aux loisirs, il veut bâtir un parc aquatique, un parc d’attraction, un parc des neiges, un parc d’aventures… Ajoutons-y 20 000 m2 pour les congrès et séminaires, 2 700 chambres d’hôtels, 20 000 m2 de restaurants et 230 000 m2 de commerces. « Ce sera le plus gros projet d’un investisseur privé en France depuis la construction du parc Disneyland Paris en 1992 », souligne Christophe Dalstein, s’engageant à investir 3,1 milliards d’euros, dont 2,6 milliards à la seule charge du maître d’ouvrage. Surtout, en ces temps de chômage récurrent, il promet de créer 12 500 emplois directs (6 300 emplois indirects) pendant les 4 ans de la phase de construction et 11 500 emplois directs (5 900 emplois indirects) en phase d’exploitation. Mais pour quels dommages collatéraux ?

Pléthore de centres commerciaux

La tendance actuelle est à ce que l’on appelle le retailtainment, contraction de retail (commerce) et d’entertainment (divertissement). Même si l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France (IAU) demeure sceptique sur la capacité des Franciliens à associer loisirs et commerce, c’est le cœur du projet d’Immochan. Mais ce super centre commercial va émerger au milieu des champs et il devra trouver sa clientèle bien au-delà de la région francilienne pour être rentable. De plus, sa zone de chalandise est déjà saturée de centres en tous genres et Aéroville, lancé près de Roissy, n’est pas le succès attendu. Les dommages qu’entrainera cette guerre des grandes surfaces est l’une des raisons invoquées par certains opposants.

En 2014, le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis (CD93) se prononçait ainsi contre. Si les écologistes affirment que le secteur est déjà saturé avec Aéroville et O’Parinor, ils s’y opposent surtout car « ce sont des terres agricoles, parmi les plus fertiles d’Île-de-France qui seront livrées au bitume et au béton. » Du côté de l’UDI, Stéphane Salini, actuel vice-président de la Région et ancien président du groupe UDI au CD93, affirme : « Il faut une autre ambition économique sur ce site qu’un énième centre commercial qui risque de cannibaliser ceux qui existent déjà. Quant aux emplois proposés, ils seront de faible valeur ajoutée. La Seine-Saint-Denis mérite mieux. » Une crainte que partagent Les amis de la terre : « Il est fort à craindre que les emplois créés ne compensent pas ceux détruits dans les centres commerciaux et les villes avoisinantes. »

Favorable, comme la majorité des élus du Val d’Oise, Arnaud Bazin, président de son Conseil départemental, estime que la disparition des écologistes dans l’exécutif régional lève un obstacle, mais il devra compter sur l’opposition des deux communes qui jouxtent le Triangle de Gonesse : Tremblay-en-France et Aulnay s/Bois, inquiètes de ce projet compte-tenu des centres commerciaux existants et de l’enjeu de la reconversion du site de PSA.

Une fréquentation surestimée ?

Avançant masqué pour mieux cacher son énorme centre commercial, Immochan préfère présenter EuropaCity comme « La nouvelle destination des loisirs du Grand Paris ». Jacqueline Lorthiois, urbaniste et socio-économiste, rappelle que les « 30 millions de visiteurs attendus représentent la totalité de la fréquentation de tous les parcs d’attractions en France dont le plus gros, EuroDisney, première destination touristique d’Europe, accueille 15 millions de visiteurs, loin devant le Puy du Fou et ses 2 millions »  ! Elle rappelle aussi que les seuls équipements qui dépassent 30 millions de visiteurs sont le Forum des Halles (47 millions) et les Quatre-Temps à la Défense (40 millions). EuropaCity, bien desservi mais excentré, aura de la peine à concurrencer ces locomotives. Pour l’IAU, ces implantations en grande couronne sont purement opportunistes, les investisseurs profitant d’un foncier disponible jugé peu onéreux. « Mais cet effet d’opportunité provoque un grignotage des terres préjudiciables au développement durable. Elle va aussi à l’inverse de l’une des grandes tendances observées : la proximité ».

Destruction de terres agricoles

À l’heure du développement durable, ce projet n’est pas vraiment en phase même si ses promoteurs affirment que 100% des besoins en énergie seront produits sur place et qu’ils sont prêts à renoncer à la piste de ski en cas d’opposition. Au nom d’un emploi aléatoire, doit-on bétonner 80 hectares de terres agricoles et sans doute bien plus lorsque le projet sera réalisé ? Dans Médiapart, Jacqueline Lorthiois affirme : « Il ne paraît pas farfelu d’imaginer que d’ici à 2020, le géant de la grande distribution puisse renoncer à son projet : conjoncture économique difficile, conditions bancaires défavorables ou encore réorientations stratégiques du groupe ».

Mais ce sera trop tard, car « ce sont des centaines de millions (voire des milliards) d’euros que les pouvoirs publics s’apprêtent à engager pour réaliser les infrastructures nécessaires à Europacity. » Pour cette raison, France Nature Environnement estime que le site fait partie des 104 « zones à défendre » (Zad) au même titre que Sivens, Notre-Dame-des-Landes ou Roybon. Le débat public permettra donc à chacun d’affuter ses arguments, emplois contre environnement, mais il est possible que le Triangle de Gonesse devienne un nouveau triangle des Bermudes, une de ces ZAD tenue par les irréductibles…

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1 Comment on "EuropaCity, un débat qui s’annonce houleux"

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  1. Eric Immo dit :

    Bon contenu, un sujet plutôt sensé

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