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Et si le Grand Paris, c’était le PEROU ?

Le Pôle d’exploration des ressources urbaines (PEROU) lance une consultation internationale pour un centre d’hébergement de sans-abris dans Paris. Et veut contribuer à inverser le regard sur les « inhabitants » de la rue.

PEROU

À bien des égards, la ville est hostile. Tel est le constat du PEROU, Pôle d’exploration des ressources urbaines. Elle est hostile dans ses aménagements, son mobilier urbain, comme l’a montré l’artiste Hadrien Sayf avec son « Repos du fakir ». Elle est hostile parce qu’elle déménage sans cesse ses populations précaires. Hostile parce que l’œil rivé sur les classements d’attractivité. Hostile parce que « gouvernée par le zèle du luxe, l’impératif touristique et la tentation du tout privé ». Elle finit par être hostile, même lorsqu’elle veut bien faire.

« Pas de foncier à Paris »

Ainsi, en 2009, l’association des Enfants du Canal remporte un appel à projet lancé par l’État, la Région Île-de-France et la Mairie de Paris pour la création de 28 places d’hébergement dans Paris intra-muros. En jeu : le financement du fonctionnement d’un centre d’hébergement, pas sa création. Les Enfants du Canal doivent donc trouver un lieu pour sa construction. Or, très vite, la Mairie de Paris, dans sa version « ville hostile », décrète qu’il n’existe pas de foncier disponible intra-muros. Il faut s’éloigner. Plutôt, après le périph’… « Mais, comme le remarque Merril Sinéus, architecte et chargée de mission au PEROU, l’action des Enfants du Canal est extrêmement localisée, liée aux quartiers au sein desquels ils agissent. » Les belles intentions restent donc lettres mortes.

Né en 2012, le PEROU, qui mobilise une diversité de personnes (architectes, urbanistes, paysagistes, artistes…) autour de la précarité urbaine et sous la houlette du politologue Sébastien Thiery, entre en contact avec les Enfants du Canal afin de trouver une solution. « D’une part, on s’est dit qu’il n’existait aucune raison valable pour rejeter les personnes les plus défavorisées à l’extérieur de Paris, explique Merril Sineus. D’autre part, on est parti de l’idée qu’il existait forcément du foncier disponible dans Paris, même temporaire, même en phase d’attente. » Avec l’association Echelle inconnue et des étudiants de l’école d’architecture de Paris, ils arpentent le sud-est de la ville, discutent avec le voisinage, parlent aux sans-abri « qui connaissent mieux que personne les lieux vides », et dénichent 150 terrains sur trois arrondissements. Des petits, des grands, en cœur d’îlot, en hauteur, entre deux bâtiments…

« Paris sera grand par sa citoyenneté »

De ces 150 possibilités, le PEROU en retient quatre comme « autant d’hypothèses foncières symbolisant les grandes typologies rencontrées », et lance, en écho à celle de 2008, l’idée d’une consultation internationale pour la création de ce centre d’hébergement. Au « Paris sera grand par son étendue, et son emprise territoriale fera sa majesté en ce nouveau millénaire » de 2008, le PEROU répond : « Paris sera grand par sa citoyenneté, et sa capacité à faire mille œuvres d’hospitalité fera sa majesté. »

Engagée le 22 avril 2014, la consultation prendra fin le 1er septembre. Un jury composé pour moitié d’anciens sans-abris, aujourd’hui résidents des Enfants du Canal, sélectionnera dix projets lauréats qui seront exposés au Pavillon de l’Arsenal. Pourront-ils trouver une concrétisation ? « L’idée est effectivement, par la consultation, de motiver les acteurs du secteur social, répond Merril Sinéus, d’ouvrir un dialogue sur ce type d’innovation. » Parce qu’il s’agit bien d’inventer une autre manière de faire la ville, de travailler autrement l’insertion des sans-abris : « Aujourd’hui, le mode d’action c’est la prise en charge. On construit un centre, on y place des personnes et on y installe une association pour le gérer. Notre idée est de bâtir un lieu en collaboration avec ceux qui vont y vivre et qui ont souvent une problématique d’habitat particulière. La conception même de l’espace, la participation à sa création ou au montage du projet est un processus qui offre déjà un horizon à la sortie de rue. »

La ville hospitalière

Ainsi, sur la centaine de candidats déjà inscrits pour répondre à la consultation, le PEROU n’attend pas qu’il n’émane d’eux uniquement des projets architecturaux. « Les projets peuvent être de l’ordre de la programmation, explique Merril Sinéus, comment on organise un centre d’hébergement de manière alternative. On peut avoir des propositions juridiques sur la façon de gérer une occupation temporaire ou d’autres plus urbaines sur le rapport du centre au quartier, sa manière de faire vivre le quartier. » En somme il s’agit aussi de faire évoluer l’expression « acteurs de la ville » qui ne représentent bien souvent que techniciens, élus, urbanistes, entreprises ou experts pour y intégrer les plus « inhabitants » des citoyens. Ce serait même la condition pour créer la ville hospitalière que le PEROU appelle de ses vœux.

 

LES QUATRE HYPOTHÈSES FONCIÈRES
(extraits du site : http://www.perou-parisdelhospitalite.org)

Sur un toit
Magasins Généraux, 26, quai d’Austerlitz, Paris 13
Propriétaire : Ports de Paris
« La toiture qui nous intéresse ici est celle des anciens Magasins Généraux du port d’Austerlitz, construits au début du 20e siècle pour favoriser les échanges entre les chemins de fer et le fleuve.
Le bâtiment, aujourd’hui entièrement utilisé en bureaux par Ports de Paris et VNF, sera réhabilitée en surface de bureaux à louer. »

PEROU Hypothese 1

Sur un hôpital désaffecté
Hôpital Saint-Vincent de Paul, 82 avenue Denfert-Rochereau, Paris 14
Propriétaire : Assistance publique – Hôpitaux de Paris
« L’hôpital Saint-Vincent de Paul est, depuis la fin de l’année 2011, en grande partie désaffecté, à l’exception des locaux utilisés provisoirement par une école de sages-femmes. Les services ont été déplacés à partir de 2004 vers d’autres établissements parisiens. »

PEROU hypothese 2

Sur la petite ceinture
Petite ceinture, de la rue Jacques Baudry à la rue de Danzig, Paris 15
Propriétaire : RFF
« Aujourd’hui la ligne de Petite Ceinture comprend 23 kilomètres de voies ferrées. La partie Ouest a fait l’objet d’une convention d’utilisation entre le propriétaire, Réseau ferré de France (RFF) et la Ville de Paris, dans le but d’occuper temporairement le terrain, d’en conserver les qualités paysagères et naturelles, puis de l’ouvrir au public. Le site repéré ici se situe à l’extrémité Est de la promenade récemment aménagée dans le 15e arrondissement. La quasi totalité de la section se développe en galerie ouverte, tunnels ou tranchées encaissées. Aucun projet n’a été encore décidé pour ce tronçon. »

PEROU hypothese 3

Sur la cour d’une ancienne école
102, 104, 108 rue Castagnary, Paris 15
Propriétaire : Pitch Promotion
« La rue Castagnary, qui longe la voie ferrée menant jusqu’à la gare Montparnasse, a longtemps été délaissée. Elle est devenue une sorte de zone en attente de projet urbain, sans commerce, avec un habitat ancien, parfois dégradé.
Un projet de rénovation est prévu pour le secteur du 102, 104, 108 rue Castagnary / 9 rue du Bessin / 3 impasse du Bocage. Il s’agirait principalement de la construction d’un EHPAD d’une centaine de places, ainsi que d’un terrain de sport pour les écoles du quartier. »

PEROU hypothese 4

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