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Développement de la Cité Universitaire : « un travail d’acrobate », selon Bruno Fortier

Article 4/9 du Dossier | Le Grand Paris universitaire

INTERVIEW. L’architecte Bruno Fortier a été désigné en août dernier pour coordonner le réaménagement de la Cité internationale universitaire de Paris (CiuP). D’ici 2020, dix nouveaux bâtiments doivent y être construits et son parc requalifié.

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À quel moment de l’histoire de la Cité Universitaire intervient cette opération de réaménagement ?

Le grand moment pour la construction des maisons internationales de la Cité U est lié à ses débuts, les années 1910-1940. Ils ont alors bâti toutes ces maisons pittoresques, néoclassiques ou régionales, du côté du boulevard Jourdan : la maison du Japon, la fondation Deutch de la Meurthe… Le Corbusier a lui-même construit deux bâtiments à cet endroit. A l’origine, le parc était aussi plus grand, il a été raboté ensuite par le périphérique dans les années 1960. Cela reste un très grand domaine puisqu’il forme avec le parc Montsouris le plus grand espace vert de Paris, hors bois de Boulogne et de Vincennes. Mais il a un peu vieilli, et a beaucoup souffert lors des tempêtes de 1999. Depuis dix ans, la Cité U souhaite le réhabiliter. Mais l’élément déclencheur a été la décision de l’État d’y construire de nouvelles maisons et 1 800 logements étudiants.

Plusieurs études ont été menées, la première par Bernard Reichen et Philippe Robert, la deuxième par des paysagistes et la troisième par l’agence TVK. Tous ces gens ont conclu que le mieux était d’implanter les nouveaux bâtiments en bordure du périphérique, en laissant le parc intact en son centre et même en l’agrandissant un peu. Le programme de la consultation a été lancé il y a neuf mois, nous avons été désignés et le projet démarre. Tout ça dans le cadre des financements du Plan Campus.

Comment s’organise votre intervention ?

On intervient sur trois plans. D’abord, on doit assurer une liaison nouvelle entre les deux parties du parc que coupe la rue David Weil, entre le boulevard Jourdan et le périphérique. Une première idée avait été de supprimer cette coupure en remplaçant la rue par un tunnel routier. Mais cela a été jugé trop couteux, d’autant qu’on a là un important systèmes de réseaux enterrés. On a donc opté pour un pont… afin que les joggeurs puissent continuer à courir d’un parc à l’autre en faisant une grande boucle…

La deuxième partie de notre travail consiste à réhabiliter le parc. Il manque entre 500 et 1 000 arbres qui ont été abattus par la tempête de 1999, et les tracés se sont un peu effacés. Si des financements sont débloqués, on doit le rajeunir, planter, revoir les allées, la signalétique, et réaliser un plan lumières.

Enfin, mais c’est par là que nous allons commencer parce que des maisons de la Chine et de la Corée vont arriver bientôt, nous devons construire de nouveaux bâtiments sur des terrains doublement compliqués. D’une part, parce qu’ils sont proches du bruit, d’autre part parce qu’il s’agit de parcelles très étroites. Le tout, en essayant de ne pas installer une muraille qui fermerait le parc, il faut lui garder une certaine porosité avec Gentilly et Montrouge. C’est un travail d’acrobate.

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Plan de la CiuP

Certains évoquent un risque de bétonnage du parc.

La gageure est effectivement de construire ces nouveaux logements sans entamer les espaces verts. Ceci étant, les décisions ont été prises dans ce sens puisque le parc sera agrandi avec les terrains proches de la rue David Weil redonnés par la ville de Paris. C’est vrai qu’il sera entamé du côté périphérique où l’on va construire, mais sur des bandes de trente mètres.

Le parc aurait-il pu passer par dessus le périphérique ?

Le domaine a été coupé par le périphérique et il en reste encore un morceau de l’autre côté. Reichen souhaitait étendre le parc côté banlieue, TVK aussi. Mais il n’y a pas l’argent pour faire ça aujourd’hui. D’autant que le périphérique, à cet endroit, est au même niveau que le parc, il faudrait passer par-dessus, ce qui boucherait l’horizon.

Allez-vous choisir les architectes qui construiront les maisons ?

Cela va être compliqué. Je ne sais pas si l’on pourra imposer à la Chine ou à la Corée le choix des architectes. Peut-être vont-ils procéder à un concours international. Je n’ai pas le pouvoir de dire qui va construire.

Mais vous avez en charge la coordination architecturale du projet. Vous avez donc la main sur les implantations des constructions.

D’une certaine manière. On a un problème de bruit dans le parc, à cause du périphérique. Les nouveaux bâtiments peuvent y remédier partiellement, mais cela dépend de leur disposition. Nos prédécesseurs avaient conçu des implantations de principe des bâtiments en peigne, disposés de manière perpendiculaire au périphérique. Mais sur le plan acoustique, cela ne fonctionne pas bien. Ça m’embêtait aussi parce qu’on n’avait plus d’espace vert entre les bâtiments et le périphérique. On va donc demander aux architectes de préserver un cordon boisé entre les deux, que l’on plantera, de manière à ce que du périphérique on puisse sentir la présence du parc.

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Prévisuel 3 D montrant l’emplacement possible des futurs bâtiments le long du périphérique – Crédit CiuP

Votre rôle consiste aussi à assurer l’homogénéité des nouvelles maisons tout en faisant en sorte qu’elles soient différentes. N’est-ce-pas un peu paradoxal ?

Oui, et je m’interroge beaucoup là-dessus. La tradition de la Cité est que chaque maison soit différente. C’était tout à fait nouveau en 1910, ça l’est beaucoup moins aujourd’hui. De nos jours, les architectes s’efforcent tous de faire quelque chose de différent. Moins ça se ressemble, plus c’est repérable et plus le projet semble réussi. La différence est partout exacerbée. Faut-il s’engager là-dedans ? Que feriez-vous, vous ?

Je garderais la diversité.

Ok, mais baladez-vous dans la métropole ou faites juste un tour de périph et vous vous rendrez compte à quel point la diversité est radicale depuis 40 ans. Vous n’êtes donc pas très original par rapport à ce que tout le monde fait.

Vous voyez la difficulté dans laquelle nous sommes : doit-on apporter une certaine affinité de ton, de matière, de rythme, auquel cas on contredit l’idée initiale de la Cité ou doit-on travailler sur la différence, quitte à faire comme tout le monde ?

J’avoue que je n’ai pas encore tranché. Mais je pense qu’étant donné l’ambiance actuelle, je ne pourrai pas demander à différents architectes de travailler exactement sur la même chose.

La Cité Universitaire n’a-t-elle pas une image désuète aujourd’hui ?

Je pense que c’est sa chance. Vous entrez dans une hétérotopie dès que vous y mettez les pieds, une sorte d’univers parallèle, avec ses maisons début de siècle parfois étranges, comme issues de contes de fées, ses jardins colorés, même si cela s’est un peu affadi au fil du temps.

Il n’existe aucune autre cité-jardin de cette taille dans Paris, cela ne ressemble à aucun autre morceau de ville, c’est une sorte de parenthèse.

D’ailleurs, ce n’est pas de l’haussmannien puisqu’il s’agit d’un système de pavillons tous détachés les uns des autres et non pas d’un tissu continu. Bernard Reichen le comparait à un banc de poissons.

Y a-t-il quelque chose qui vous tient particulièrement à cœur dans ce projet ?

Ce serait de pouvoir le faire en entier. Ce qui reste des crédits du plan Campus est très mesuré, les financements ne permettent pas de réaliser pour l’instant tout ce qu’on a proposé. Il y a une première tranche de 10 millions de travaux, peut-être une deuxième de 6 millions, mais si l’on voulait vraiment rajeunir cet endroit il faudrait beaucoup plus.

C’est dans l’air du temps d’habiter un parc.

C’est la tarte à la crème de tous les projets actuels. Certains grands ensembles des années 1960 ont été réhabilités dans ce sens, cela peut se faire avec le temps. Dans notre cas, le parc était là, c’est une tradition de la Cité. La difficulté tient dans le fait de préserver cette tradition, de construire des bâtiments sur des bandes de trente mètres sans créer de fermeture sur le périphérique. Sans créer quelque chose d’éprouvant, mais de garder de la légèreté. Et de faire tout de même 1 800 logements étudiants.

 

Chiffres et planning
Une dotation de 22 M€ au titre du Plan Campus pour mener à bien la première phase de l’opération d’aménagement
10 nouvelles maisons
1 800 nouveaux logements soit une augmentation de la capacité d’accueil de la Cité internationale de 30%

Les travaux démarreront dès l’obtention du permis d’aménager, prévu pour 2015. Ils se dérouleront en deux phases :
2016-2018 : viabilisation des parcelles constructibles, modernisation des équipements sportifs et amélioration des liaisons entre les parties est et ouest de la Cité ;
2019-2020 : amplification et requalification du parc.

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