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Dernière ligne droite pour le projet agricole du Grand Roissy

ANALYSE. Démarrée en 2009, la démarche initiée par l’EPA Plaine de France entre dans sa dernière phase cet automne avec la réunion de toutes les parties prenantes. Objectif : intégrer l’agriculture de ce territoire dans son processus urbain pour éviter qu’elle ne disparaisse.

Schéma directeur agricole du Grand Roissy

Tandis que l’Ile-de-France subit une artificialisation de ses sols à un rythme soutenu (environ 1 500 ha/an), que cette artificialisation concerne à 90% des terres agricoles, l’Etablissement public d’aménagement Plaine de France a lancé une démarche stratégique pour le maintien des terres agricoles dans le Grand Roissy. Il faut dire que l’établissement d’aménagement pilote, dans le Val d’Oise, un projet d’urbanisation assez controversé : celui du Triangle de Gonesse qui doit laisser filer 300 ha de terres pour construire entre autres un quartier d’affaires, un méga complexe commercial (Europa City) et un golf.

Dès lors que s’est élaboré le projet urbain du Triangle, en 2009, l’EPA a donc mis en marche le projet contraire dont il donne la définition suivante : « un outil d’aide à la décision en matière d’aménagement spatial et de développement territorial. Il définira la place d’une agriculture viable dans un territoire en rapide évolution et proposera des actions pour consolider et valoriser les activités agricoles. »

Trois étapes

Trois étapes ont été instaurées. Entre 2009 et 2011, le cabinet d’étude Blezat Consulting a produit un diagnostic de l’activité agricole du Grand Roissy : types de production, impact des réformes de la PAC, du SCOT, des PLU – du SDRIF, des Grenelles de l’environnement, surfaces agricoles urbanisées ces dernières années, nombre et structures des exploitations, qualité agronomique des sols, mode de gestion, fonction sociale et environnementale de l’agriculture, impact des Périmètres Régionaux d’Intervention Foncière…

En 2012 et 2013, la SAFER Ile-de-France a défini un schéma directeur agricole qui cartographie les terres selon leur fonctionnalité actuelle et future, compte tenu des projets d’aménagement ou d’infrastructure, et propose des engagements pour maintenir une agriculture fonctionnelle à long terme.

La dernière étape a démarré le 25 septembre dernier. Elle consiste à élaborer le projet en lui-même avec l’aide de toutes les parties prenantes (professionnels, élus, usagers), e apportant « des réponses aux questions posées aujourd’hui : Pourquoi souhaitons-nous le maintien de l’agriculture dans le Grand Roissy ? Laquelle et à quelles conditions ? Comment l’agriculture peut-elle constituer un cadre de vie attrayant pour les habitants et comment peut-elle favoriser  l’équilibre socio-économique du territoire ? Comment rapprocher les mondes agricole et urbain ? Comment sensibiliser les populations aux enjeux du maintien des terres agricoles ? »

Remédier au mitage

Si ce projet peut être vu comme un élément pacificateur de la contestation qui s’est levée face à l’urbanisation du Triangle de Gonesse et, notamment, de son emblème Europa City, il existe aussi l’absolue nécessité pour l’EPA Plaine de France de maîtriser le développement urbain de son territoire. Avec l’hallucinante extension de la zone aéroportuaire, le territoire du Grand Roissy (soit une cinquantaine de collectivités) apparaît de plus en plus mité par les zones commerciales et logistiques. Déjà, dans son étude prospective de 2010, le cabinet Blezat Consulting évaluait 2 900 le nombre d’hectares réservés pour des projets urbains d’ici 2025, soit 30% de la surface agricole actuelle. Dont certains tendent à morceler les exploitations, créant ce que l’IAU IdF appelle des « ensembles agricoles peu fonctionnels » et donc difficilement sanctuarisables. Tout se passe comme si la ville avançait en deux temps : d’abord en enclavant les terres qu’elle traverse puis en les mangeant définitivement.

Projets urbains prévus en Plaine de France d'ici 2025 - Crédit : Blézat Consulting

Projets urbains prévus en Plaine de France d’ici 2025 – Crédit : Blézat Consulting

Cesser de considérer l’espace agricole comme une réserve foncière

Autre enjeu du projet : sensibiliser les élus. Blezat Consulting remarquait en 2010 un manque d’intérêt évident de leur part surtout lorsqu’il est question de mettre face à l’enjeu agricole celui plus juteux du développement économique. Or, sauvegarder les terres demande une politique extrêmement volontariste. D’ici peu, l’EPA Plaine de France devrait d’ailleurs récupérer dans son giron les territoires seine-et-marnais du Grand Roissy, soit des espaces devenus fous du point de vue du développement urbain, où les élus sont soumis à une pression sans borne des promoteurs.

Le projet a aussi son caractère résolument positif. « La première étape du projet agricole est de ne plus considérer l’espace agricole comme une réserve foncière, mais comme partie intégrante du territoire et de son armature urbaine », écrivait Blezat Consulting. En incluant au sein de la même dynamique territoriale l’urbain et l’agricole, on peut en faire des co-concepteurs de la ville. L’agriculture peut ainsi servir de structure paysagère, d’image de marque, être plus en phase avec son territoire d’adoption par l’implantation de cultures maraîchères, de la mise en place de circuits courts… Lors du comité de pilotage du 25 septembre qui lançait la dernière étape du processus, François Lefort, directeur adjoint de la Direction Départementale des Territoires du Val d’Oise, insistait sur le caractère « agri-urbain » de l’entreprise et proposait aussi d’étudier « les possibilités de diversification de la production agricole, notamment en direction de la filière des matériaux de construction biosourcés ou des bio-carburants, en fonction de la demande locale. »

Enfin en devenant consultatif cet automne le projet de l’EPA Plaine de France peut – et c’est loin d’être anecdotique -, réconcilier entre eux des élus peu investis, des agriculteurs réticents, des associations en colère et des citoyens en déshérence.

 

 

 

 

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