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Denys Pouillard : « La Métropole va se recroqueviller sur son périmètre »

Article 7/22 du Dossier | Création de la Métropole du Grand Paris

POINT DE VUE. Denys Pouillard est directeur de l’Observatoire de la vie politique et parlementaire et conseiller du Cercle Colbert, organe de réflexion sur la gestion des collectivités locales.

Denys Pouillard regard

Que vous inspire la création ainsi faite de la Métropole de Paris ?

La Métropole du Grand Paris n’est pas le meilleur exemple de la simplicité. Alors que le législateur a abouti pour le Grand Lyon a construire juridiquement une Métropole « parfaite », c’est-à-dire un ensemble cohérent de compétences et particulièrement pour son périmètre une unité administrative qui a fait disparaître dès le 1er janvier de cette année l’existence départementale. Ainsi, la Métropole de Lyon est devenue une collectivité territoriale. La Métropole de Paris ne l’est pas ! La Métropole conserve ses départements de la petite couronne plus par conservatisme politique que par réflexion constitutionnelle. Rien n’empêchait de faire pour Paris…ce qui a été fait pour Lyon.

Ce qui est à craindre est la « main basse » des intérêts politiques partisans sur un schéma économique et d’aménagement qui aurait nécessité l’association de plus de société civile, plus de participation citoyenne, plus de compétences professionnelles à son élaboration. Tournons- nous vers Berlin, Londres etc…Est-ce le Labour, le Spd, la Cdu, le parti conservateur qui s’arrachent le monopole de la gouvernance ?

Qu’en attendez-vous ou que peut-on en attendre ?

Nous allons entrer dans une période transitoire du 1er janvier 2016 jusqu’aux élections municipales de mars 2020. Les Métropoles vont se mettre à l’essai et particulièrement la Métropole de Paris comme celle d’Aix-Marseille. Il va falloir faire cohabiter des gouvernances de nuances politiques différentes et dont les axes de réforme divergent majoritairement. Pour la Métropole de Paris, sa gouvernance ne peut échapper à la prédominance de la ville de Paris mais aussi au pouvoir politique de la région.

Gauche et droite vont devoir bâtir un intérêt général qui est celui de l’intérêt de la Métropole. Un pari qui n‘est pas perdu d’avance mais qui, sans avoir présent à l’esprit qu’on n’imagine pas l’avenir avec un personnel politique et son administration qui demeurerait dans les vieilles « culottes de peau » du passé des trois départements actuels, demeure risqué.

Le challenge mérite mieux : l’emploi, les transports, l’aménagement urbain, la propreté au cœur d’une Métropole monde… voilà l’intérêt général. Les idées ne manquent pas tant en réalisation urbaine qu’en matière d’économie à réaliser. L’exemple du logement est patent : alors que les villes de la banlieue parisienne regorgent d’emprises de voirie au dessus desquelles la construction de petites unités est réalisable et autour desquelles, l’aménagement environnemental est faisable, les gouvernants s’excitent, souvent en accord avec des intérêts privés, à dilapider un foncier gratuit au profit d’acquisitions onéreuses, aboutissant à des incohérences dans la mixité sociale, tant souhaitée !

Quelle est votre vision du Grand Paris?

L’Île-de-France court le risque de devenir une région « morte ». La grande particularité de cette région est la composition des sillons historiques et naturels de ses deux fleuves principaux. L’Île-de-France sans l’axe Seine (Le Havre-Rouen-Paris ) ne débouche sur rien. La France ne peut se suffire à deux aéroports concentrés dans une même région pour accueillir le Monde. La Métropole va se recroqueviller sur son périmètre, loin des grandes artères fluviales, routières mais aussi des voies navigables canalisées, pourtant indispensable tant au commerce qu’au développement durable de l’économie francilienne. Au lieu « d’étaler » le développement, le logement, le transport, l’emploi, on va continuer à raisonner en terme de géographie circulaire, ne cessant de construire des enceintes, de véritables « murs », parfois même anti sociaux.

Il est vrai que la région « ouverte », latérale et verticale, qui viserait loin, vers les Pays-de-Loire et le grand Ouest, le Nord européen, le grand Est sarrois et rhénan contrarierait les petites et grandes manœuvres politiciennes !

Denys Pouillard

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