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Celle qui exporte l’attractivité du Grand Paris

PORTRAIT. Citoyenne du monde, Chiara Corazza dirige depuis 2002 Paris-Île-France Capitale Économique. Sa mission : valoriser les atouts et les « pépites » du Grand Paris auprès des grands investisseurs étrangers. Avec un succès grandissant.

Photo C CORAZZA

Interviewer Chiara Corazza c’est embarquer pour un grand voyage. À peine arrivée de Rome à Paris en mars 1985, elle rencontre Michel Giraud, président de la Région Île-de-France. Il est séduit par ses diplômes, son carnet d’adresses internationales et sa pratique de cinq langues. La jeune femme, au départ sceptique, passera in fine « 17 fabuleuses années » à la tête des affaires internationales de la Région. Sa première mission : créer Metropolis, association mondiale de grandes métropoles. L’objectif était de partager les meilleures expériences en matière de gestion urbaine et d’en faire profiter les métropoles.

Ouverture internationale au service de la Région Capitale

« Dans les années 1980, les métropoles croissaient avec l’arrivée des ruraux. Le monde a ainsi commencé à raisonner plus en termes de métropoles, et moins d’États. Dès lors, l’enjeu des villes était d’attirer capitaux et talents. À la Région, nous étions précurseurs. C’était déjà le temps des métropoles. Nous disposions d’une expertise solide en gestion urbaine et services publics : eau, transports, déchets, infrastructures, télécoms… »

À son initiative, sont signés une vingtaine d’accords bilatéraux, le premier entre « Paritachi » (le « Grand Paris » avant la lettre) et Pékin invente une coopération « 100% économique », bien plus opérationnelle que les traditionnels jumelages culturels.
D’autres ont suivi avec Tokyo, Moscou, Madrid, Montréal, Manille, Buenos Aires, Santiago du Chili, Dakar, Johannesburg ou New Delhi… qui lui font traverser le monde. En plus d’aider à l’internationalisation des entreprises, elle agit pour l’éducation et la formation. Elle a ainsi contribué à ouvrir des écoles de gestion à Hanoï, Varsovie, Beyrouth ou Moscou. Avec sa sœur, Anna Corazza-Bild, en Bosnie pendant toute la guerre, elle engage la reconstruction d’un lycée de Sarajevo.

« De retour de Tananarive, encore en proie à la peste et au choléra, je me suis aussi démenée pour permettre aux enfants de retourner à l’école. Résultat : la Région a contribué à restaurer les 22 lycées malgaches. Là on se sent utile ! ». Elle s’est aussi battue pour la mise en place d’un service performant d’ambulances à Bagdad ou la réhabilitation du seul poumon vert d’un Beyrouth ravagé par la guerre, le Bois de Pin. « L’aide au développement se conjuguait souvent avec l’économie : nos accords internationaux ouvraient la voie aux entreprises compétentes », précise Chiara Corazza.

Aux côtés de cette politique de coopération naissent les premières actions centrées sur l’attractivité. Elle évoque notamment son travail de lobbying en faveur de l’installation d’Eurodisney en Île-de-France. « Le patron de Disney préférait Barcelone et les élus locaux étaient très frileux. Mais avec l’appui de Laurent Fabius – seul gouvernant de l’époque à en mesurer l’opportunité pour la métropole et la France – nous y sommes parvenus ! »

Les grandes entreprises mobilisées pour l’attractivité de la «Région Capitale »

Paris Île-de-France est la première région économique européenne : près d’un emploi sur cinq y dépend directement des investissements internationaux. Et la concurrence des autres grandes métropoles mondiales devient de plus en plus intense. « Les villes du « Tiers Monde » se sont transformées en puissances émergentes. En Asie, au Moyen-Orient, en Amérique Latine, des métropoles de premier plan se sont bâties, où se développent des centres de recherche de pointe, des multinationales et qui bénéficient de marché en forte croissance. Elles sont devenues des concurrentes directes pour Paris Île-de-France ».

Mais ce changement est aussi pour Chiara une formidable opportunité.

« La richesse générée ne demande qu’à être réinvestie dans des métropoles comme Paris Île-de-France, qui bénéficient d’un environnement politique et juridique particulièrement sûr et apprécié, d’infrastructures très performantes et d’une image unique dans le monde. Sans compter des pôles d’excellence dans les hautes technologies et dans l’enseignement supérieur. »

Encore fallait-il convaincre pouvoirs publics et, surtout, les entreprises de jouer le jeu de l’attractivité. Pour cela il fallait aussi un instrument innovant. C’est en ce sens que Chiara Corazza a transformé Paris-Île de France Capitale Économique (PCE), dont elle est le directeur général depuis 2002. Elle introduit ainsi les road-shows[1] ou la participation aux délégations d’hommes d’affaires qui parlent directement à d’autres hommes d’affaires pour mieux les convaincre.

« PCE a inventé un nouveau mode de promotion internationale, qui place les grands groupes au cœur de l’action en faveur de l’attractivité. Elle mobilise leurs compétences et fédère leurs énergies », dit-elle avec fierté. Au Conseil d’Administration de la RATP où elle siège depuis 2014, Chiara Corazza apporte ainsi sa connaissance internationale du monde des entreprises et des collectivités territoriales.

Repères

1959 : naissance à Parme
1979 : rédactrice au Daily American
1981 : journaliste politique et économie internationale à « Il Globo »
1984 : doctorat en droit (Université de Rome) sous la direction de Giuliano Amato
1985 : arrivée en France, nommée conseiller pour les Affaires internationales du président de la Région Île-de-France
1992 : directeur des Affaires internationales de la Région Île-de-France
1999 : directeur des Affaires Internationales de Paris 2008 (Candidature aux Jeux Olympiques)
Depuis 2002 : directeur général de Paris-Île de France Capitale Économique
Depuis 2012 : membre du Conseil d’Administration d’APRIL et de l’AIWF (Arab International Women’s Forum)
Depuis 2014 : membre du Conseil d’Administration de la RATP
Chevalier de la Légion d’Honneur.

Aujourd’hui, PCE s’est assignée trois missions :

  1. Trouver des capitaux et des talents. « Dans un contexte où la concurrence entre métropoles s’exacerbe, nous démontrons que nous sommes une global city qui bouge et innove ; dans les transports, les logements, l’efficacité énergétique, la sécurité, la formation, l’e-santé… Nous devons devenir une Smart City de référence en capitalisant notamment sur nos atouts… reste à assembler les capitaux ».
    Même exigence pour les infrastructures : «Les 200 km du futur métro du Grand Paris devront représenter ce qui se fait de mieux, avec des technologies numériques partout. Les gares seront des lieux de vie et d’information. Nous devons être la vitrine du monde ! »
    Autour de la table, Chiara Corazza peut compter sur la crème des entreprises françaises et internationales : Engie, Vinci, Cisco, BNP…
  1. Associer les fonds souverains au développement du Grand Paris. « Nous sommes un territoire extrêmement bien aménagé où la plupart des infrastructures sont, contrairement à d’autres pays, financées par l’Etat. Il faut en faire un argument de poids auprès des investisseurs internationaux. »
    Ces infrastructures relient et valorisent ce que Chiara Corazza nomme « les pépites du Grand Paris » : Paris-La Défense (centre d’affaires), Paris-Saclay (hautes technologies), Paris-Orly (biotechnologies), Paris-Roissy (logistique), Paris-Marne-la-Vallée (développement durable), Paris-Le Bourget (aéronautique) et Paris-Pleyel (industries de la création).
    « Paris n’est pas seulement une ville lumière, c’est un territoire innovant, doté de grandes écoles et plus diversifié que Londres. Nous avons tout ! Reste à le faire savoir !» Chiara Corazza tient à son indépendance financière : « Nous fonctionnons sans un centime d’argent public. Notre utilité est citoyenne, basée sur l’intérêt général, mais ce sont les entreprises qui nous financent. Nous ne subissons ainsi aucune pression, exceptée celle que nous nous mettons nous même ! »
  1. Démontrer à l’étranger qu’une dynamique irréversible a été enclenchée. « Notre message aux investisseurs est celui-ci : lancé par Nicolas Sarkozy, le Grand Paris est plus que jamais d’actualité. Le Gouvernement joue la continuité, l’efficacité et le pragmatisme. Alors venez ! Et soyez tranquilles : il n’y aura pas de millefeuille administratif ».
    Autre priorité : le benchmarking international. « Se savoir fort, attractif, n’empêche pas, au contraire, de rester ouvert à ce qui se fait ailleurs. Nous étions déjà les premiers à le faire dans les années 1990 et plus que jamais nous continuons. Mais s’inspirer des meilleures pratiques ne veut pas dire faire du « copier-coller » !
    Et côté bilan, Chiara Corazza peut être satisfaite : +42% d’investissement sur Paris Île-de-France en 2014 et la troisième place au podium mondial. Le crédit-impôt recherche pour lequel elle s’est battue y est pour quelque chose. « C’est encourageant mais il faut continuer : accélérer notamment la liaison Charles-de-Gaulle Express et ne pas opposer les modes de transport les uns aux autres. Nos querelles de clocher sont aberrantes : l’enjeu est européen, l’enjeu est mondial ! Augmenter la croissance de 1% et créer 1 million d’emplois c’est possible », dit-elle avant d’expliquer : « Je voyage beaucoup depuis mon enfance et je suis de plus en plus convaincue que nous vivons dans un pays formidable. Paris est 3ème en 2014. Mais il faut persévérer face à la concurrence internationale. Il y a tellement d’argent disponible dans le monde : à nous de le capter ! Nous pouvons plus que jamais être la métropole-phare du 21e siècle. »

Féminité et goût de l’action

Femme d’influence, Chiara Corazza est aussi maman : « Je me suis arrêtée trois jours à la naissance de ma fille et quatre à celle de mon garçon. Je ne les ai pas négligés et ils ont fait de beaux parcours, mais je travaillais 20h/24… J’avais envie de m’investir au développement international de la Région. »

Et de poursuivre : « Je suis une femme d’action. Etre efficace est ma seule source de fierté. S’il faut être convaincante, je sais l’être », assure celle qui finit par accepter la légion d’honneur car c’est « son modèle », Christine Lagarde, qui l’a lui remise en 2009.

Elle éprouve une solidarité instinctive à l’égard des femmes. « Il y a souvent de la complicité entre nous. Je suis d’ailleurs heureuse de siéger au Conseil d’Administration l’AIWF (Arab International Women’s Forum). Présidé par une Palestinienne formidable, cette association promeut l’épanouissement des femmes du monde arabe. En plus de défendre un accès plus large à l’éducation, notamment supérieure, nous accompagnons et valorisons les entrepreneuses. Je me vois souvent comme un pont entre l’Orient et l’Occident. Pour que les femmes respirent, créent leur business, accèdent au financement. J’ai une chance folle, j’ai parcouru le monde : pas comme une touriste, mais pour créer des écoles de management à la française, développer des services urbains, encourager les transferts de savoir-faire, travailler avec les décideurs au plus haut niveau, et surtout rencontrer des gens formidables. »

Une vie de voyages où la métropole parisienne n’est jamais loin.

Qui est Paris-Île de France Capitale Économique ?

Association loi 1901, elle a été créée par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris et regroupe plus d’une centaine de grandes entreprises franciliennes, françaises et internationales.
« Ambassadeur économique » de la région capitale, c’est une passerelle privilégiée entre le public et le privé. Parmi ses principales missions : attirer de nouveaux investisseurs étrangers en Île-de-France et renforcer son attractivité par des actions de lobbying auprès des décideurs politiques et économiques, françaises et internationales. Elle est un acteur majeur du Grand Paris.

[1] Suite de présentations de nature commerciale ou financière qui s’effectuent dans un nombre limité de grandes villes et auxquelles participent généralement des hauts dirigeants de l’entreprise concernée et des experts du domaine.

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