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Celle qui croise les regards

PORTRAIT. Dominique Alba dirige l’Atelier parisien d’urbanisme depuis 2012. Elle y décrypte et analyse une métropole qu’elle souhaiterait voit se bâtir avec « des attentions ». Et sans conservatisme.

photo dominique.alba

Elle est toujours allée où son instinct la guidait. Fraichement diplômée, Dominique Alba rêve de l’Institut du Monde arabe : elle intègrera l’équipe de Jean Nouvel qui décèle un talent. « Un coup de chance. Je remplissais toutes les cases : architecte, femme, jeune et je parlais anglais », modère-t-elle.

Sa carrière pourrait se dessiner dans l’illustre agence mais Dominique Alba est curieuse d’ailleurs. Elle quitte donc la ville-monde pour le développement rural subsaharien : « Mon projet était de réfléchir sur la meilleure façon de concilier ce qui est là et ce qui arrive. L’écriture architecturale m’intéressait déjà moins que la méthode. »

Une attention au “comment“ qui s’ancre au fil du temps. Après un passage à l’École des Mines de Paris, elle cofonde l’agence Roux-Alba. Elle y accompagne quantité de projets urbains, expérimentant l’ethnologie urbaine à Rennes ou la démocratie participative à Hérouville-Saint-Clair.

Progressivement, elle s’arrime aux espaces publics et rejoint finalement l’équipe du nouveau Maire de Paris, Bertrand Delanoë. Avec une conviction : pour que cette ville pluridimensionnelle soit intégratrice, il faut croiser les regards.

C’est précisément la mission de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) qu’elle intègre en 2008 et dirige depuis 2012. A ses côtés, plus de 80 géographes, architectes, ingénieurs, démographes, économistes, cartographes, géomaticiens, sociologues, mènent des réflexions prospectives, réalisent études et expertises au service de la politique urbaine : plan climat, logements sociaux, mobilité… « Au-delà d’être une boite à outils, c’est un mode d’emploi, on rend “possible“. »

Côté méthode, elle se bat avec l’énergie qui est sienne pour associer tous les utilisateurs de la ville. « Bien inventer nécessite cette générosité. J’aime quand le dire et le faire s’emmêlent », commente-t-elle.

Repères

1982 : architecte diplômée DPLG
1982-1983 : Agence Jean Nouvel
1983-1986 : développement rural au Congo, développement urbain et minier avec l’école des Mines de Paris
1986-2000 : associée au sein de l’agence Roux-Alba
2001-2003 : chargée du renouvellement urbain, de l’espace public et de l’architecture au cabinet du Maire de Paris.
2003-2011 : Directrice générale du Pavillon de l’Arsenal.
2008 : Directrice déléguée de l’Apur (Atelier parisien d’urbanisme).
2012 : Directrice générale de l’Apur

Dominique Alba aimerait voir la capitale dépoussiérée de certains préjugés. « Ce n’est pas cette ville musée née au 19e siècle. Paris a toujours beaucoup construit, notamment en bords de Seine, un vrai fleuve de métropole avec une très grande diversité architecturale. Il faut une ville vivante et active, sans conservatisme, ouverte sur les questions esthétiques. »

Pour cela, elle propose de conjuguer les temps courts de l’époque (avec des aménagements temporaires comme sur les berges de la rive gauche) aux temporalités longues, en pensant à la durée de vie des bâtiments. Et toujours observer et entendre ceux qui vivent la ville.

« A propos du Grand Paris Express, par exemple, les transports doivent aussi penser au confort particulier de ceux qui doivent rentrer tard, en particulier les femmes, aux jeunes en demande d’espaces urbains… et dans les réponses aux enjeux de la métropole post Kyoto : comment peut on faire circuler l’air entre les zones froides et chaudes ? Sur quels métabolismes dans et en dehors de Paris, les constructeurs peuvent-ils s’appuyer? »

Consciente de travailler au cœur d’une ville magique, son regard porte toujours au delà du périphérique. « On accorde à Paris un crédit historique que l’on ne prête pas à sa banlieue. C’est erroné et il faut changer cela. »

Comment s’y prendre pour bâtir la métropole intégratrice ? « Avec de l’exigence, de la gentillesse et des attentions », conclut une Dominique Alba qui semble être une synthèse de tout cela.

 

Mais que fait l’Apur ?

Créé le 3 juillet 1967 par le Conseil de Paris, l’Atelier parisien d’urbanisme a pour missions d’étudier et d’analyser les évolutions urbaines et sociétales participant à la définition des politiques publiques d’aménagement et de développement prenant en compte les exigences de la ville durable et les ambitions de la ville intelligente.

Depuis 2014, son programme de travail s’inscrit dans le cadre des évolutions liées aux nouveaux projets pour Paris, pour les communautés d’agglomération et pour la Métropole du Grand Paris. Il s’organise autour de quatre volets :

– les données et cartes de référence qui constituent le socle de la production de l’atelier et dont les sujets sont traités sur de longues durées pour assurer la fiabilité des informations délivrées et leur actualité ;

– les études, qui prennent appui sur ce socle autour de 8 thèmes : villes et formes urbaines, environnement et réseaux, espace public et mobilité, social et sociétal, habitat et logement, économie (emploi, immobilier d’entreprise, commerce, tourisme), accompagnement de la métropole et grands projets ;

– les travaux liés à l’international ;

– la diffusion en interne, vers les partenaires et plus largement tous les publics.

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