banner ad
banner ad

Celle qui anticipe les flux urbains

PORTRAIT. Depuis cinq ans, Lionelle Maschino est la vigie qui, chez Veolia, éclaire les enjeux et les avancées du Grand Paris. Elle explique pourquoi les grandes entreprises doivent s’inclure dans l’aménagement urbain de la grande métropole. Avec les collectivités et au bénéfice des habitants.

Lionelle Maschino

 

 

 

 

 

Ingénieure en chimie, Lionelle Maschino a toujours voulu se consacrer aux métiers de l’environnement. Elle s’y dédie d’ailleurs entièrement pendant 40 ans. Début de carrière à la SETUDE (Société d’études des techniques de l’urbanisme et de l’environnement), filiale de la Compagnie générale des eaux (devenue Veolia en 2004) qu’elle préside à partir de 1990.

« Pendant ces années là, la France s’équipait, notamment sous l’impulsion de la loi sur l’eau de 1964. Certaines Régions n’étaient même pas alimentées en eau potable. Nous avons ainsi déployé de nombreux projets d’aménagement avec les collectivités territoriales. Avec le développement de Veolia, d’autres métiers très opérationnels, toujours autour de la notion de flux, se sont ajoutés : le câble, la santé, l’environnement, la propreté, la télévision par câble… », se souvient-elle.

Femme de contact et d’expression, elle est parallèlement nommée adjointe au directeur de la Communication et des Relations Extérieures au sein de la Compagnie générale des eaux. Elle participera pendant ces années à la création de la Générale d’Images, filiale du Groupe chargée d’alimenter en images les réseaux câblés des villes.
Pour avancer, cette femme discrète et décidée détient plusieurs cordes à son arc : esprit d’entreprise, sens de l’échange et de la communication ; et une bonne connaissance des concurrents. « Avec Suez, nous avions même créé une société partenariale à 50/50, avant qu’elle ne soit dénoncée par Bruxelles. Dommage car c’est toujours intéressant d’étudier la culture des autres… »

« Une photographie du Grand Paris »

C’est en 2010 que la DG du Groupe missionne Lionelle Maschino sur le Grand Paris. « Veolia avait anticipé la dimension qu’allait prendre ce projet, plutôt confidentiel au départ. Les décideurs ont considéré que j’avais la vision transversale nécessaire et la connaissance des réseaux, des métiers et des territoires – notamment des Hauts de Seine et des Yvelines. L’enjeu principal était alors d’obtenir une « photographie » du Grand Paris et d’y être présent », résume-t-elle. En interne, c’est passionnant de voir comment une entreprise, positionnée sur l’eau, l’énergie et la propreté, appréhende un projet de dimension européenne, sortant des sentiers battus. Ce type de projet en économie circulaire est passionnant. Probablement l’un des plus beaux de ma carrière. »

Côté externe, l’ingénieure entrepreneuse apprendra à surmonter de nombreux obstacles.

Premièrement, ceux liés aux enjeux de gouvernance et de territoire. « La temporalité politique est hélas plus courte que celle exigée par d’aussi vastes projets que le Grand Paris », regrette-t-elle avant d’énumérer cependant les grandes avancées de ces dernières années : la loi de création du Grand Paris ou la fondation de la Société du Grand Paris pour la mettre en musique. « J’ai donc envie de dire stop au Grand Paris bashing ! L’argent est là et les équipes sont au travail ! »
Deuxième type d’obstacle : les levées de boucliers dès lors que s’ébauchent des tentatives de coopération public/privé. « Les entreprises apportent pourtant leurs expériences et savoir-faire en matière de gestion de projet, de recherche, d’innovation ou de ressources humaines », souligne-t-elle.

Malgré les difficultés et les résistances culturelles, Veolia est dorénavant présent sur le Grand Paris.

Repères

1969 : Ingénieure chimiste au CNRS, elle décide de se consacrer aux métiers de l’environnement.
1969-2010 : Attachée de direction, Secrétaire générale, Administrateur directeur général puis PDG (en 1990) de SETUDE (Société d’études des techniques de l’urbanisme et de l’environnement), filiale de la Compagnie générale des eaux, puis de Veolia.
1988 : intègre en parallèle la Compagnie générale des eaux, comme adjointe au Directeur de la Communication et des relations extérieures. Participe à la création de Générale d’Images filiale du Groupe chargée d’alimenter en images les réseaux câblés des villes.
2006 : DG de la SEVESC (Société des eaux de Versailles et de Saint Cloud)
2012 : Chevalier de la légion d’honneur.
2010-2015 : Directrice de la mission Métropole du Grand Paris, au sein de la Direction des collectivités publiques et des affaires européennes de Veolia. Objectifs : favoriser l’émergence de synergies et de complémentarités entre les quatre métiers du Groupe : Eau, propreté, énergie et transport) sur le territoire du Grand Paris et de la Vallée de la Seine.

Comment a t-elle réussi à mener à bien cette mission spéciale et un peu floue ?

« Je n’ai jamais eu d’idées toutes faites et pense avoir contribué à apporter la dimension « services urbains » au Grand Paris. Avec des décideurs économiques, nous avons réfléchi et travaillé au sein d’un club informel ; et nous nous sommes aperçus que beaucoup de liens existaient entre nous. J’ai par ailleurs créé et développé sept numéros de la Revue du Grand Paris, un support édité par Véolia pour apporter des éclairages pluriels et inédits sur la métropole parisienne. »

Et de rappeler la place cruciale des entreprises dans l’aménagement urbain. « Il est fréquent de stigmatiser les seules entreprises du CAC 40. Pourtant dans leur cortège, beaucoup de PME et TPE travaillent et prospèrent. Le Grand Paris est un formidable catalyseur pour des industriels innovants qui contribuent à faire bouger les lignes ! C’est un sujet de société qui ne peut être préempté par l’État et s’arrêter aux seules thématiques du transport et du logement. Comment concevoir une gare sans penser à la gestion de l’eau, des énergies, des déchets ? Ma chance était que personne n’attendait Veolia sur le Grand Paris. Et il fallait bien quelqu’un pour dire par exemple « qui s’occupera des 35 tonnes de déchets générés par les titanesques chantiers ? »
Pour Lionelle Mascino, il y a de toutes façons une extraordinaire opportunité de création d’emplois et de croissance économique autour du projet métropolitain. Si la mission Grand Paris qu’elle dirige, auparavant dotée de 4 personnes, a peu à peu « réduit sa voilure », elle continuera jusque fin 2015 de défricher, d’anticiper, de s’informer sur le projet et sur la ville en général.

« Un miracle permanent »

Agilité, plasticité, vision, connaissances des besoins des habitants de demain… Lionelle Maschino détient les atouts nécessaires pour comprendre et influer sur le projet métropolitain. Sans oublier sa passion de l’histoire. « Je suis de ceux qui pensent qu’il faut créer l’avenir sur les bases du passé. Savoir comment l’on fait une ville est véritablement passionnant. Cela nécessite une bonne curiosité et une certaine bibliographie. Sans technologies numériques ou autres, les anciens en savaient parfois plus que nous. La ville est un miracle permanent qui mobilise toute l’ingéniosité humaine. C’est fou la capacité de l’être humain à s’installer dans un endroit hostile et inhabitable et en faire un lieu de vie, raccordé à l’eau, la lumière, etc. »

Elle revient d’ailleurs de New-York dont elle s’extasie de l’inventivité et des réaménagements urbains, notamment la Highline Park, ancienne voie ferrée réhabilitée en jardins suspendus. « Seul bémol : l’exclusion du centre des personnes défavorisées. Une gentifrication qui a déjà touché Paris et à laquelle le Grand Paris doit prêter attention », alerte-t-elle.

Réservée sur son parcours personnel, on saura simplement que ses grands-parents étaient des « Russes blancs » arrivés à Marseille en 1913. Qu’elle-même a grandi dans la banlieue d’Alger que sa famille et elle ont quittée un an avant l’indépendance. De ces mobilités familiales, elle a conservé des valeurs, une ouverture, le respect des pays d’accueil, une envie de construire et une capacité de « mesurer sa chance », comme elle le dit avec pudeur.
Serait-ce une capacité féminine ? « Je ne suis pas convaincue que les femmes aient des compétences spécifiques. J’ai pu en revanche observer combien elles investissent le pouvoir différemment ; souvent de façon pragmatique sans mener de luttes. Celles qui fabriquent les enfants ont aussi envie que les projets qu’elles investissent, fonctionnent. Elles sont agiles et savent trier l’utile de l’inutile. Elles sont en recherche permanente de solutions ET elles ont l’envie que ça fonctionne. »

Prochains projets ? Lionelle Maschino n’en manque pas. Tel le Candide de Voltaire, elle continuera de cultiver son jardin dans les Yvelines. Tout en alimentant son inextinguible appétit des villes.

A LIRE SUR GRAND PARIS METROPOLE

×

Envoyer un commentaire