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Bienvenüe : la pièce du puzzle qui manquait à la Cité Descartes ?

Article 6/9 du Dossier | Le Grand Paris universitaire

Dernier bâtiment achevé du cluster Descartes, à Marne-la-Vallée, l’Espace Bienvenüe se veut un vecteur de transversalité scientifique, un outil de pointe en matière de recherche sur la ville durable et un objet d’identité pour faire vivre un campus qui se cherche.

 

Espace Bienvenüe à la Cité Descartes

Les deux bâtiments de l’Espace Bienvenüe : l’immeuble et la voûte. Crédit : Luc Boegly

 

Le bâtiment attend toujours son inauguration officielle. Depuis novembre 2012, l’Espace Bienvenüe est pourtant occupé par plusieurs acteurs majeurs de la recherche scientifique urbaine réunis au sein du Pôle scientifique et technique Paris Est, dont l’IFSTTAR. Les retards dans l’achèvement du projet ont d’ailleurs valu quelques crispations du côté de scientifiques travaillant en plein chantier. Pour l’architecte du bâtiment, Jean-Philippe Pargade, les difficultés sont venues « des exigences d’un programme surdéterminé avec la mise au point d’équipements de très haute technologie. Conformer l’architecture à un tel programme est de toute façon complexe, sans oublier qu’il faut aussi dépasser la seule fonctionnalité du bâtiment pour en aborder l’ergonomie, son confort d’usage et permettre à tout un panel de scientifiques de travailler ensemble. »

Oubliées les tensions, Bienvenüe (en hommage au concepteur du métropolitain, Fulgence Bienvenüe) a vocation à être un outil de premier rang.

Espace Bienvenüe à la Cité Descartes

Le bâtiment sur sa façade nord qui donne boulevard Newton. Crédit : Sergio Grazia

Tête de pont

La Cité Descartes a plus de 30 ans, mais elle s’aménage encore. Tête de pont de la vaste ville nouvelle de Marne-la-Vallée, ses terrains étaient destinés à accueillir Disneyland dans le schéma directeur de 1976. Rejeté par la municipalité de Champs-sur-Marne, le parc de loisirs sera finalement implanté un peu plus à l’est. À Champs, on a opté pour la recherche sur la ville. Plus exactement, sur la ville durable. On y d’abord installé l’Université Paris Est à laquelle sont venues se greffer une quinzaine de grandes écoles, des laboratoires de recherche, un parc d’activités, un incubateur d’entreprises innovantes… Au total, 20 000 étudiants, 3 000 enseignants et chercheurs, 500 ingénieurs et techniciens, 3 000 salariés. L’ensemble forme un cluster, idée chère à l’ex-ministre du Grand Paris, Christian Blanc, qui a très tôt souhaité le relier à d’autres (La Défense, Saclay, Roissy…) grâce à une boucle de métro rapide devenu ensuite le Grand Paris Express. Pour ce GPE, la Société du Grand Paris y implantera une gare en 2020, Noisy-Champs, aujourd’hui station du RER A, devenant pour le coup l’un des grands nœuds d’interconnexion de l’est parisien.

Plan aérien de la Cité Descartes

Plan aérien de la Cité Descartes. Au premier plan, le Bienvenüe encore en travaux.

Aujourd’hui, les aménités urbaines laissent à désirer. Comme le dit Jean-Philippe Pargade, « nous sommes dans une ville nouvelle où il y a beaucoup de “nouvelle“ et pas beaucoup de “ville“. » De larges avenues où la voiture règne en maître, des bâtiments qui vieillissent mal et d’autres qui émergent, comme le superbe Coriolis, le futur siège de l’Institut technologique FCBA et donc le Bienvenüe.

Sérendipité

En fait, le bâtiment est double et communicant. Un monolithe rectangulaire aux panneaux noirs (qui pourraient devenir des panneaux solaires) au sud et façade blanche au nord, entrecoupé de patios, pour les espaces tertiaires + une voûte entièrement et continuellement végétalisée sur son toit et sous laquelle ont été rassemblées les espaces communs (bibliothèque, restaurant, salle de sport) mais aussi les laboratoires et une dalle d’essai monumentale.

Dalle d'essai du Pôle scientifique et technique Paris Est

La dalle d’essai : un outil de mesure géant pour les recherches en génie civil. Crédit : Laurent Delahousse – IFSTTAR

Une dualité architecturale entre l’angle et la courbe, entre le rationnel/fonctionnel et l’échange/improvisation, entre la pensée élaborée et la sérendipité. Jean-Philippe Pargade explique : « Il fallait définir un moteur architectural pour créer le lien social, rassembler des équipes scientifiques qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble pour qu’elles aient des idées ensemble et trouver les meilleures continuités entre elles. »

Directrice générale de l’IFSTTAR, Hélène Jacquot Guimbal insiste : « Avec l’École des Ponts, nous vivons ensemble, nous partageons les outils de travail, ce campus est un lieu où l’on réfléchit de manière globale. » « Que les élèves de l’École des Ponts soient en contact direct avec les chercheurs de l’IFSTTAR ou que ceux de l’école d’architecture puissent rencontrer des ingénieurs, c’est quand même très intéressant, poursuit Jean-Philippe Pargade. Le monde de la recherche est assez confidentiel. Regrouper les équipes au sein d’un même lieu plus ouvert, cela participe à valoriser leurs activités. » C’est aussi une tendance que l’on retrouvera bientôt avec le centre R&D d’EDF à Saclay : créer des bâtiments-totems qui donnent de la visibilité à un monde qui a l’habitude d’être discret, qui disent : voyez, c’est ici que ça se passe.

Campus

L’autre point fort de Bienvenüe est sa vocation à faire campus. En délimitant l’espace par cet effort de construction à 95 millions d’euros face au bâtiment de verre de l’École des Ponts ParisTech, les concepteurs veulent créer une nouvelle centralité à la Cité Descartes, « un anticyclone urbain » comme le résume Jean-Philippe Pargade. L’architecte a pris pour référence le campus américain de Charlottesville, fondé par Thomas Jefferson qui en donnait la définition suivante : « l’autorité de la nature et le pouvoir de la raison. »

Voûte de l'Espace Bienvenüe, Cité Descartes

La « vague végétale » sur la voute participe au campus créé sur la droite entre le Bienvenüe et le bâtiment de l’École des Ponts. Au fond, l’immeuble Coriolis. Crédit : Sergio Grazia

Soit un espace public auquel participe la longue promenade ondulée et végétale installée sur le toit de la voute. Encore « minéralisé » par des parkings, il a vocation à se requalifier peu à peu, à composer de nouvelles relations urbaines et à participer à mettre en cohérence la Cité Descartes en la reconnectant à son contexte, notamment les bois de Grâce et de La Grange situés tout à côté. Reste à se l’approprier pour que ceux qui travaillent sur la ville durable aient aussi le sentiment de vivre dans une ville vivante. En installant un restaurant dans l’immeuble Bienvenüe et en fermant celui de l’École des Ponts, s’opèrent déjà tout naturellement des migrations pour le déjeuner. L’appel du ventre. Un début.

 

Repères

25 000 m2 de bureaux
10 000 m2 de laboratoires (chimie, optique, matériaux)
Une dalle d’essai de 500 m2
Un centre de conférences (amphithéâtre de 250 places et salles de réunion)
Un restaurant de 1 700 places
1 200 chercheurs et étudiants
Coût : 95 millions d’euros

Installé dans l’Espace Bienvenüe, le Pôle scientifique et technique Paris-Est rassemble des équipes de :

  • l’IFSTTAR (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux), issu en 2011 de la fusion de l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (Inrets) et du Laboratoire central des ponts et chaussées (LCPC),
  • l’Ecole des Ponts Paris Tech,
  • le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment)
  • le PRES Université Paris Est.

Se sont aussi installés au Bienvenüe :

  • l’Institut d’urbanisme de Paris,
  • le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema),
  • l’Institut français d’urbanisme.

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