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Bien-être étudiant : Paris rayonne dans le monde mais pas en France

Article 5/9 du Dossier | Le Grand Paris universitaire

Paris a la classe internationale question étudiants. Mais dès qu’il s’agit de comparer la capitale avec les autres grandes villes françaises, tout s’écroule. Sauf qu’on ne sait plus trop bien ce que l’on compare…

image qs

L’indice « Big Mac » calcule le coût de la vie dans les villes. Issue de la présentation de QS pour Paris, l’illustration ne sort pas de l’imaginaire « Amélie Poulain » diffusé à l’étranger.

Le 25 novembre dernier, le classement annuel du spécialiste britannique en la matière, QS, propulsait, pour la troisième année consécutive, Paris en tête des villes où il fait bon étudier. QS étudie 116 villes autour de 18 indicateurs répartis en 5 branches : le classement des universités (que QS étudie par ailleurs, voir ici), la diversité étudiante, l’attractivité de la ville, l’activité des entreprises et le coût de la vie. Même si Paris n’obtient aucune première place parmi ces 5 catégories (son meilleur classement concerne le niveau de ses universités où elle se classe 2e derrière Londres), elle devance, avec 412 points au classement général, Melbourne, Londres, Sydney et Hong-Kong, dans l’ordre. Ce qui a permis à la maire de Paris, Anne Hidalgo, de commenter que cette première place «marque le résultat de notre politique volontariste et ambitieuse pour construire une ville innovante, attractive et ouverte sur le monde ».

Deux jours plus tard, le 27 novembre, le cabinet Ernst & Young et Paris Ile-de-France capitale économique (association créée par la chambre de commerce et d’industrie de Paris pour promouvoir la capitale française à l’international) publiaient un autre classement, basé peu ou prou sur les mêmes critères (classement global des universités, environnement étudiant, opportunités professionnelles post-diplôme, qualité de vie, coût de la vie) et mettant en concurrence 44 villes. Celui-ci attribuait à Paris la 3e place derrière Londres et Singapour.

classement QS

Le classement de QS

 

Paris 1er, Paris 3e, Paris 13e

Sans doute faut-il voir dans ces deux classements des différences de méthodologie, notamment au niveau de la pondération des indicateurs. Ceci étant, il est amusant de constater que les Anglais classent Paris 1er et Londres 3e et que les Français font exactement le contraire. Mais la différence pour Paris n’est franchement pas énorme. Elle est beaucoup plus conséquente lorsque l’on compare ces classements avec celui réalisé par le magazine L’Étudiant publié, pour la huitième année consécutive, en septembre 2014. L’Étudiant ne compare pas les villes mondiales, mais 40 villes françaises. Et Paris arrive en 13e position, devancée par des métropoles telles que Lyon (6e), Aix-Marseille (9e) ou Lille (11e), le trio de tête étant composé de Toulouse, Montpellier et Grenoble. Pour son classement, l’Étudiant a retenu 36 critères répartis en huit thématiques : culture, emploi, environnement, études, international, logement, sport, transport. Sur le logement, Paris arrive en dernière position et 35e en ce qui concerne le transport ; la capitale est en revanche 1ère sur la thématique internationale et 2e pour la culture.

classement EY

Le classement d’Ernst & Young

 

Où sont passés les 300 000 étudiants ?

On se dit donc que si Paris arrive en tête du classement QS, qu’en serait-il alors de Toulouse qui pourrait le survoler ? Le fait est que les classements internationaux ne prennent en comptent que “les villes les plus importantes“ des “pays les plus importants“, qu’ils sont surtout réalisés pour attiser la concurrence entre les grandes métropoles comme le reconnaît celui de Ernst & Young et qu’ils suivent ainsi une méthodologie propre. Mais le paradoxe n’est pas là. Le classement QS, par exemple, ne prend bizarrement en compte que Paris intra-muros et ses 300 000 étudiants tout en intégrant dans son classement des universités l’École Polytechnique qui se trouve à Saclay ou l’ENS qui est encore à Cachan. Soit un mélange des échelles tel qu’on ne sait plus trop de quoi l’on parle. Paris ? Le Grand Paris ? La région ? QS prend-il en compte l’attractivité de Villetaneuse, le coût de la vie à Neuilly-sur-Seine ? Où sont passés les 300 000 autres étudiants d’Île-de-France ?

Pour le coup, le classement de l’Étudiant est un peu plus clair avec une échelle bien définie : l’aire urbaine définie par l’INSEE et son rayonnement régional. Ainsi ce ne sont donc plus 300 000 étudiants pris en compte, mais 635 353, soit l’ensemble de la population étudiante francilienne. On comprend dès lors pourquoi Paris se classe si mal sur le transport et l’accès au logement : les étudiants rencontrent ici les mêmes problèmes que le reste de la population. Et question qualité de vie, de nombreuses grandes villes de province ont largement prouvé qu’elles étaient supérieures à la métropole parisienne.

classement etudiant

Le classement du magazine L’Etudiant. L’ensemble des données est disponible sur Tableau public.

 

« Moindre attraction du pôle parisien »

Enfin, on peut s’interroger sur la pertinence de ne pas prendre en compte les réalités de la métropole parisienne dans les classements internationaux à l’heure du Grand Paris. Et, inversement, à trop se focaliser sur la compétition internationale, on en oublie que la métropole parisienne est aujourd’hui fortement challengée par les autres métropoles françaises. En 2007, dans un article intitulé « Paris et le système universitaire français : mythes et réalités », les géographes Myriam Baron et Sandrine Berroir écrivaient : « Plutôt que le centre du système universitaire français, la région capitale apparaît de plus en plus comme une enclave, un isolat avec ses fonctionnements spécifiques, cette façon de se suffire à lui-même et surtout cette attractivité globale moins importante qu’attendue. La stabilisation du processus de déconcentration de l’équipement universitaire sur le territoire métropolitain, la croissance des formations à finalités professionnelles dans le paysage universitaire et, au niveau des seuls troisièmes cycles, l’érosion continue des formations à la recherche au profit des formations professionnelles ont confirmé la moindre attraction du pôle parisien au profit des pôles universitaires importants de province. Ce que vient confirmer le fait que moins la ville compte d’habitants, autrement dit plus sa place dans la hiérarchie urbaine est modeste, moins il y de chances que l’agglomération parisienne constitue la destination de référence pour les étudiants qui changent de lieu d’étude au cours de leur parcours de formation. »

 

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